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20 novembre 2014

Le grand concert


Nicolas de Staël (1914-1955)  est considéré comme l'un des maîtres de  l'art abstrait en France après la Seconde Guerre mondiale. Ses origines russes et sa mort précoce ont entretenu autour de lui la légende de l'artiste maudit. En réalité, sa peinture, d'apparence abstraite mais toujours fondée sur la perception du monde réel – peinture en quête d'harmonie colorée et de sensualité de la pâte –, a connu le succès dès le vivant de l'artiste et a marqué durablement ce qu'on  appelle alors l'« École de Paris ».

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Nicolas De Staël en 1954

 



Dans ses œuvres, De Staël touche à l’essence de la nature morte qui renvoie à la fugacité de l’existence. C’est dans la résonance que prennent ses objets toujours au bord de leur abîme que le peintre rejoint les plus grands maîtres du genre.

Assailli en permanence par le doute, tiraillé entre l'illumination et le désespoir, il s'installe à Antibes en1954, dans un atelier ouvert sur la mer. En six mois, il réalise plus de 300 toiles! Des natures mortes, des paysages, des scènes sur le port, un bateau, un vol de mouettes, une carafe sur une étagère. Solitaire et n'ayant plus la force d'achever ses tableaux parmi lesquels « Le Concert », il se jette du haut de la terrasse de son immeuble à Antibes le 16 mars 1955.

 

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Le Concert (Le grand concert), 1955
Huile sur toile, 3,50 x 6 m
Musée Picasso, Antibes



Nicolas De Staël aimait la musique, les titres de ses tableaux le rappellent. Les Musiciens, souvenir de Sydney Bechet, 1953, est un hommage au célèbre compositeur de jazz. Deux grandes toiles, intitulées Les Indes galantes, 1953, s’inspirent de l’opéra ballet les Indes Galantes de Rameau qui, après deux cents ans, était repris au palais Garnier le 18 juin 1952.

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De Staël, les Indes galantes, 1953

 

 



Inspirée par des œuvres de Webern et de Schoenberg entendues à Paris le 5 mars 1955, Le Concert, immense toile, où seules figurent, sur un fond rouge, la masse sombre d’un piano et celle ocre délavée d’une contrebasse entre une multitude de pupitres et de partitions d’un blanc-gris diaphane, fait percevoir la dimension du silence. La contrebasse, qui ne présente ici aucune caractéristique instrumentale particulière rappelle les meules de foin peintes par Claude Monet vers 1890.

 

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Dans La Peinture cubiste, Jean Paulhan (1884-1968) remarque qu’en anglais les natures mortes s’appellent “silences”. Ce temps suspendu et irrévocablement mort, ce temps d’arrêt et de silence si propre à ce genre pictural, De Staël le fait étrangement sentir dans cette œuvre qui s’appelle paradoxalement  Concert. Un concert qui n’est qu’une présentation d’instruments silencieux,  dans un espace d’où toute présence humaine est bannie, où le temps s’est arrêté, et où seule vibre la couleur, avec ses coulures, l’épanchement de l’ocre jaune de la contrebasse sur le blanc qui l’entoure, les réserves de blanc autour de la silhouette noire du piano: la peinture dans sa dimension de silence.

Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Arts, Musique | Commentaires (0) | Tags : rameau, de staël, indes galantes | |  Facebook |