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29 mars 2015

Tokenisme…?

 

Il y a quelques jours, lors d’une bourse aux livres et au cd’s à l’U3A de Liège, j’ai fait l’acquisition, pour une bouchée de pain, du superbe coffret que RCA/SONY avait publié en 2011 consacré à la magnifique soprano Leontyne Price. Je ne sais pas ce qui avait poussé le propriétaire de ces quelques 14 cd’s à s’en débarrasser, mais je n’ai pas hésité un seconde à l’acheter, je l’avais négligé lors de sa sortie car j’avais déjà quelques enregistrements présents dans ce coffret. En découvrant ce matin avec beaucoup d’émotions quelques unes des merveilles que je n’avais jamais entendues, je me suis souvenu que mes premières larmes provoquées par la musique, je les devais aux grands airs de Puccini chantés par cette cantatrice exceptionnelle à plus d’un titre.

 

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Comme le signale le bref texte du livret, Leontyne Price était amoureuse de sa propre voix : « J’étais folle de ma voix, elle était splendide », dit-elle… non pas seulement avec ce narcissisme que possèdent un peu tous les musiciens, mais surtout avec cette fierté d’avoir été, en 1961, la première vedette noire du Metropolitain Opera de New York au moment où elle venait de recevoir une exceptionnelle ovation de trois quart d’heure à l’issue d’un Trovatore de légende où elle incarnait Leonora. « J’avais l’impression d’être dans ma maison, c’était la première fois de ma vie que je ressentais cette approbation totale », témoigne-t-elle.

 

 

Si son succès était absolument mérité, elle avait cependant conscience d’être la représentante dans la musique de l’exception ethnique qui se développait aux USA suite aux revendications de Martin Luther King et de la communauté noire qui désirait participer à la vie publique américaine. Le terme Tokenism, apparu quelques temps plus tard, et désignant l’alibi ethnique destiné à donner quelques rôles, souvent secondaires, aux ethnies minoritaires en se donnant bonne conscience, fut appliqué plusieurs fois à notre chanteuse. Il faut dire que ce n’est que six ans auparavant que la première chanteuse noire , la contralto Marian Anderson, avait fait ses débuts au MET, suscitant la fierté de son directeur… et l’amertume des plus conservateurs des clients de la grande maison. Tout à fait lucide, Leontyne Price savait que malgré ses immenses succès, elle n’avait jamais été totalement acceptée. Bien longtemps plus tard, en 1973, et alors que sa carrière était à son sommet, elle expliquait que son parcours professionnel ne pouvait s’envisager que sur la toile de fond du mouvement des droits civiques des Noirs américains. Elle n’oublia jamais que c’est comme une diva noire qu’elle avait fait les unes de la presse aux débuts de sa carrière.

 

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Née en 1927, sa carrière s’étend de 1952 à 1985. Elle fait merveille d’abord en Amérique avant que Herbert von Karajan, qui l’entendit au Carnegie Hall, la fasse venir à l’Opéra de Vienne en 1958 pour chanter Aïda. La suite est connue : Covent Garden, la Scala de Milan, Festival de Salzbourg,… les scènes les plus prestigieuses du monde ! Sa discographie est vaste et elle est la plupart du temps encensée par la critique. On dit d’elle qu’elle est la plus grande interprète de Verdi du 20ème siècle, qu’elle est le « Stradivarius des cantatrices » !

 

 

Car sa voix est unique qui, comme toutes les grandes voix, se reconnaît immédiatement. D’une technique infaillible (c’est déjà ce qui impressionnait ses professeurs et collègues lors de ses débuts), dotée d’un art exceptionnel de la respiration (à peine audible dans les enregistrements) et d’une tenue impeccable des phrases musicales les plus longues, elle se qualifiait elle-même de soprano lyrique au grand son… Peu importe la classification, à vrai dire puisque à son écoute, c’est l’éblouissement total, l’émotion à l’état pur. Verdi, Puccini, quelques Mozart et quelques Strauss, Gershwin et Barber… puis quelques perles rares comme l’air de Didon de Purcell, bouleversant et pas démodé pour un sou, Haendel, Glück, Dvorak, Korngold ou Menotti… tout un monde fabuleux et un chant universel à cent lieues des mesquineries tokenistes… à écouter sans modération !

 

 

Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Discothèque idéale? | Commentaires (0) | Tags : leontyne price, rca, opéra, soprano, box met, tokenism | |  Facebook |