30 juillet 2012
Vacances
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Général | Commentaires (2) | Tags : pause, blog en vacances, repos |
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28 juillet 2012
Stentor
"D'origine thrace, Stentor, dont le nom propre provenait des verbes grecs « gémir bruyamment » et « mugir », était le crieur officiel des armées grecques lors de la guerre de Troie. Très ingénieux, il était le premier à s'être servi du coquillage d'une conque en guise de trompette, mais il était surtout connu, selon Homère, pour avoir une « voix de bronze » et faire « autant de bruit que cinquante hommes ».
Trompette stentorphonique
Pendant la guerre de Troie, alors que les grecs semblaient désabusés, la déesse Héra prit l'apparence du « magnanime » et du « valeureux » Stentor pour parler avec force et détermination aux soldats, ce qui stimula leur ardeur et leur courage: « Honte à vous, ô Argiens, fiers d'être beaux, mais couverts d'opprobre! Aussi longtemps que le divin Achille se rua dans la mêlée, jamais les Troyens n'osèrent passer les portes Dardaniennes; et, maintenant, voici qu'ils combattent loin d'Illios, devant les nefs creuses! »
Mais être doté d'une voix aussi puissante finit par porter préjudice à Stentor, puisqu'après la guerre, il dut affronter Hermès, le messager des dieux, au cours d'une lutte vocale, lors de laquelle il succomba.
Ainsi, « avoir une voix de stentor » est une expression utilisée dès l'Antiquité pour signifier qu'une personne possède une voix naturellement puissante, forte et parfaitement audible, capable de couvrir de manière retentissante celles de toutes les personnes qui l'entourent.
On dit aussi d'une personne qui possède « un bel organe » qu'elle est un stentor."
Julien ARBOIS, Petit Dico des Expressions Historiques, Paris, City éditions, 2012
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27 juillet 2012
Musique d'ambiance
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26 juillet 2012
Philosophie
Saint Augustin (354-430) occupe une place primordiale parmi les philosophes et les souverains spirituels de toute la chrétienté.
Né à Taghaste (Souk Ahras), en Numidie (à l’Est de l’Algérie actuelle), il étudia à Madaure. Il devint évêque d’Hippone dès 396, combattit le schisme donatiste (le donatisme désigne une doctrine chrétienne schismatique puis hérétique qui prit son essor dans le diocèse d'Afrique romaine aux IVe et Ve siècles. Il tire son nom de Donatus évêque de Cellae Nigrae (Cases-Noires) en Numidie. Le principal point d’achoppement des donatistes avec l’Église officielle concernait le refus de validité des sacrements délivrés par les évêques qui avaient failli lors des persécutions de Dioclétien (303-305). Cette position fut condamnée en 313 au concile de Rome. Wikipédia). Jusqu’à sa mort, il ne cessa de s’inquiéter du débarquement des Vandales en Afrique du Nord et d’écrire des psaumes, un millier de poèmes chantés encore de nos jours dans les Eglises. Outre l’incontestable autorité théologique dont il jouit dans le monde chrétien, Saint Augustin est aussi un brillant musicologue qui a non seulement montré son talent de théoricien dans « De Musica », mais aussi en créant la première Scola-Ecclésia musicale avec des programmes comportant l’utilisation des chants berbères. Son influence a été telle qu’elle a marqué profondément la pensée chrétienne et son œuvre a quelque chose d’universel. Toute sa pensée s’articule autour du thème majeur de Dieu et de la destinée humaine. Ses ouvrages, ses sermons et ses lettres sont parmi les plus traduits au monde.
Il n'est guère surprenant que Saint Augustin, un homme qui cherchait, entre autres, à percer le secret du temps nous ait laissé des textes qui, s'ils nous semblent un peu lourds dans leur traduction française, figurent parmi les visions les plus lucides de tous les temps. On y décèle une véritable tentative de formulation de notions très complexes et pourtant profondément existentielles. Nul doute que les interrogations de l'homme et sa quête spirituelle soient en rapports directs avec sa vision de la musique, art du présent par excellence, mais art du passé dans la mémoire, et art du devenir dans son déroulement. On sent poindre dans le texte qui suit les notions de causalité si importantes dans la musique. Ainsi, si ce texte n'a pas pour objet immédiat l'art des sons, on peut cependant aisément y nourrir une réflexion sur l'essence même de la musique.
"Seigneur, qui êtes toute mon espérance, permettez-moi je vous prie d’approfondir encore davantage cette difficulté, sans que je sois troublé dans l’attention d’esprit que j’y apporte. Je désire savoir où sont les choses futures et les passées et si l’on peut dire qu’elles sont. Que si cette connaissance est au-dessus de moi, au moins je suis assuré qu’en quelque lieu qu’elles soient, elles n’y sont ni futures ni passées, mais présentes, puisque si elles sont futures, elles n’y sont pas encore, et que si elles ont passées, elles n’y sont plus. En quelque lieu donc qu’elles soient, et quelles qu’elles puissent être, elles n’y sont que présentes. Ainsi, lorsqu’on nous raconte des choses passées, si on les rapporte selon la vérité, on les tire de la mémoire et non pas des choses mêmes qui sont passées, mais des paroles qu’on a conçues à partir des images de ces mêmes choses, qui en passant par nos sens ont imprimé dans notre esprit comme leurs traces et leurs vestiges. Car mon enfance, laquelle n’est plus, est dans le temps passé qui n’est plus non plus. Mais lorsque je m’en souviens, et que j’en raconte quelque chose, c’est sans doute dans le temps présent que je considère son image, parce qu’elle est encore dans ma mémoire.
J’avoue, mon Dieu, que j’ignore si c’est de la même sorte qu’on prédit l’avenir, l’image de ce qui n’est point encore étant déjà, et se présentant à notre esprit. Mais je sais bien que nous prévenons souvent par notre passé nos actions à venir, et que cette préméditation est présente, encore que l’action que nous préméditons ne le soit pas, parce qu’elle n’est pas encore advenue, et qu’elle ne sera que quand nous aurons entrepris, et commencerons de faire cette action que nous avions préméditée, parce qu’alors elle ne sera plus future, mais présente.
En quelque sorte donc qu’arrive ce pressentiment secret des choses futures, on ne saurait voir que ce qui est. Or ce qui est déjà, n’est point à venir, mais présent. Ainsi lorsqu’on dit qu’on voit les choses futures, ce ne saurait être elles-mêmes, puisqu’elles ne sont pas encore ; mais c’est peut-être leur cause ou leur signe que l’on voit lesquels sont déjà. Ainsi, ce qui donne moyen de prédire les choses à venir, n’est pas à venir, mais présent à ceux qui le voient, et qui s’en servent pour concevoir l’avenir : comme aussi la pensée dont ils les conçoivent est déjà dans leur esprit, quoique ce qu’ils conçoivent et qu’ils prédisent ne soit pas encore.
Entre un si grand nombre de choses qui m’en peuvent fournir des exemples, je veux ici en rapporter un. Lorsque j’aperçois l’aurore, je prévois aussitôt que le soleil va se lever : ce que j’aperçois est présent, et ce que je prédis est à venir, non pas le soleil qui est déjà, mais son lever qui n’est pas encore ; et je ne pourrais le prédire si je ne l’imaginais pas dans mon esprit, ainsi que je fais maintenant lorsque j’en parle. Mais cette aurore même laquelle je vois dans le ciel, n’est pas le lever du soleil encore qu’elle le précède, ni cette imagination que je conçois dans mon esprit n’est pas non plus ce lever ; mais ce sont deux choses lesquelles sont présentes, qui me font prédire le lever du soleil qui est à venir. Par conséquent, les choses futures ne sont point encore ; et si elles ne sont point encore, elles ne sont point ; et si elles ne sont point, elles ne peuvent en aucune sorte être vues ; mais elles peuvent être prédites par les choses présentes qui sont déjà, et qui sont vues."
Saint Augustin, La création du Monde et les Temps, En quelle sorte le temps passé et l’avenir sont présents.
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Musique | Commentaires (0) | Tags : saint augustin, philosophie |
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25 juillet 2012
les ailes de l’âme
« L’amour ne peut pas donner une idée de la musique.
La musique peut en donner une de l’amour.
Pourquoi séparer l’une de l’autre ? Ce sont les deux ailes de l’âme ».
Hector Berlioz

24 juillet 2012
Henri Beyle
23 juillet 2012
La peur du bruit
Tout est bruit pour qui a peur ! Voilà une déclaration qui ne me laisse pas indifférent et qui souligne une bonne part de l’aversion du public pour les phénomènes sonores qui les dépassent ou qu’ils ne peuvent pas prévoir. Serait-ce une forme de peur qui les empêche d’aborder sereinement la musique contemporaine ? Serait-ce la même raison que celle qui pousse les potentiels auditeurs à fuir les bruits de la ville ? L’homme serait-il conditionné à n’écouter que des choses consonantes et prévisibles ? La question des rapports entre les sons et les bruits mérite d’être posée, sans tabou, sans a priori.
Partant du constat que ce qui trouble bien souvent l’auditeur et le met mal à l’aise réside dans la manière dont les événements sonores se présentent à lui dans leur répartition dans le temps, je faisais la comparaison avec des musiques très écoutées et appréciées par les auditeurs « moyens » (pas de référence péjorative dans le terme « moyen » !). On écoute facilement des musiques prévisibles, au cours desquels, les mélodies en annoncent d’autres, où les harmonies ne sont pas trop tendues, ou la dynamique n’est pas trop extrême et où l’orchestration reste « classique ». Cela s’applique non seulement à des classiques comme Vivaldi et une grande part des baroques, mais aussi, par exemple à de nombreuses chansons du domaine de la variété.
Par contre, ce qui perturbe l’auditeur, ce ont les musiques accidentées, celles qui l’empêchent de percevoir le temps comme un continuum confortable. Entrent alors en ligne de compte des œuvres mal aimées car mal comprises, une grande part des œuvres contemporaines dont le segment de temps qu’elles utilisent est mis à rude épreuve. Il en va de même pour les bruits de la ville. Outre le fond sonore continu, les événements qui se déroulent sous nos oreilles semblent aléatoires et imprévisibles. Ils génèrent donc un stress qui peut devenir vraiment pathologique. Ne croyez pas que je fais l’amalgame entre la musique contemporaine et les bruits, le bruit est utilisé depuis très longtemps comme moyen expressif dans de nombreuses œuvres. On peut même affirmer que les dissonances les plus acceptées aujourd’hui (comme, par exemple, l’accord de 7ème diminuée chez Bach, Mozart ou Beethoven) ont, un jour fait partie des « bruits » musicaux.
Cependant, si, depuis la plus tendre enfance, on habituait les enfants, par des moyens pédagogiques simples, à utiliser d’autres manières pour concevoir le temps et les phénomènes sonores qui s’y greffent, on les amènerait, j’en suis sur, vers une meilleure perception de la musique contemporaine.
Car c’est bien un travail de fond qui prendrait des années et demanderait des formations spécifiques pour les instituteurs (dont la formation musicale n’est déjà pas satisfaisante !) et les professeurs de musique (qui privilégient surtout, quand ils en ont les moyens, les musiques classiques) qu’il faudrait entreprendre. Mais pourquoi ne pas commencer par un simple exercice d’écoute, facile à réaliser et pratiquement gratuit ? Installez-vous par une belle journée, les beaux jours approchent, dans un endroit de la ville qui comporte beaucoup de passage (motorisé et piéton), une zone commerciale, par exemple. A Liège, la Place Saint Lambert ou les abords de la nouvelle Gare des Guillemins devraient convenir à l’expérience. Pour s’y préparer, il faut expliquer aux participants que le bruit et son déroulement aléatoire peut révéler des richesses sonores insoupçonnables, qu’il suffit de fermer les yeux et …d’écouter ! Le monde sonore de la ville n’est pas que nuisances ! Et d’ailleurs, il me semble que la notion de nuisance est toute relative. Elle intervient lorsqu’on nous impose des sons que nous ne désirons pas entendre et à des moments inappropriés.
Vous me rétorquerez que les bruits de la ville nous sont toujours imposés. Mais dans le même état d’esprit, la musique nous l’est souvent également. Elle peut donc, elle aussi, se ranger au rang des nuisances. C’est donc, à mon sens, l’approche du son qu’il faut revoir de fond en comble. Des études au sein des entreprises à montré que la diffusion de musique pendant les heures de travail s’apparentait à un bruit parasite plus qu’à un élément de détente favorisant le calme et la sérénité. Encore une fois, tout peut être bruit… ! Car chacun n’a pas la même éducation musicale et, dans le cadre du lieu de travail, la culture musicale est très diversifiée. Choisir une musique qui convient à tous est un leurre que quelques psychologues n’ont guère compris.
Et il en va de même dans les salles d’attente des médecins, des dentistes ou autres professions libérales. Croyant agrémenter le temps d’attente des « patients », beaucoup laissent fonctionner une radio, dispensent une musique de « relaxation » ou quelques musiques classiques censées apaiser… L’agacement se fait sentir quelle que soit la musique utilisée qui est alors, dans ce contexte, perçue comme un bruit parasite.
Après avoir réalisé votre expérience quelques fois et pris conscience que la rumeur de la ville contient de nombreuses richesses insoupçonnées, revenez chez vous et écoutez une œuvre comme Amériques de Varèse ou le fameux Pacific 231 d’Honegger si vous étiez près d’une gare en faisant le parallèle avec votre vécu citadin. Incroyable ! On y découvre, dans une remarquable stylisation orchestrale, une bonne part des éléments entendus dans la ville.
Mais faites aussi l’expérience inverse, rendez-vous à la campagne, là où l’on dit qu’il fait calme. Ecoutez ! Le calme et le silence n’existe pas là non plus, même si les sons perçus sont d’un bien autre ordre. Le chant des oiseaux, les cris d’animaux, le vent dans les arbres et malheureusement, trop souvent, les bruits lointains de la circulation. Rendez-vous compte que les événements sonores bucoliques sont tout autant aléatoires que ceux de la ville. Ils sont tout simplement d’une autre nature. Pourtant, ceux-ci, ils sont apaisants, dit-on. Ce n’est que subjectif et tout le monde connaît les nuisances des chiens qui aboient ou des coqs qui chantent à trois heures du matin, pour ne pas citer les chants d’oiseaux qui sortent des bras de Morphée de nombreuses personnes tous les jours du printemps. Non, les bruits de la nature ne sont pas systématiquement bénéfiques pour l’home non plus. Tout dépend de la réceptivité que l’on en a et de l’intention qui nous anime vis à vis d’eux.
Là aussi, une fois rentrés chez vous, vous pourrez écouter d’une nouvelle manière des œuvres d’Olivier Messiaen (Catalogue d’oiseaux, Quatuor pour la fin du Temps, Turangalila, …) qui mettent en œuvre des chants d’oiseaux.
Ainsi, il n’est pas rare que certaines musiques donnent l’impression d’être plus nuisibles et plus bruiteuses que certains…bruits ! On comprend que le problème ne réside pas dans la qualité musicale ou non du son perçu, mais dans la manière, forcée ou non, dont nous le percevons. Tout est donc bien relatif et dépend d’un contexte de disponibilité.
Cependant, mon propos ne vise pas à affirmer que la musique contemporaine n’utilise que des bruits puisés dans nos milieux acoustiques, loin de là, mais la manière d’envisager des lignes temporelles plus accidentées, comportant des événements sonores asymétriques peuvent donner à l’auditeur le sentiment d’une succession aléatoire de sons (ce qu’elle n’est pas toujours en réalité, loin s’en faut).
Apprendre à vivre avec tous ces sons me semble bien plus important que tenter de les supprimer (cela est en fait tout à fait impossible tant à la ville qu’à la campagne). Mais bon sang, quand cesserons-nous de nous considérer comme des victimes (même si nous sommes nous-mêmes les victimes de nos comportements et de notre mode de vie !) ?
S’il est irréfutable que nous devions veiller à limiter les nuisances de toutes sortes, il nous faut également agir de manière positive, ne plus avoir peur d’un phénomène sonore. L’éducation et l’apprentissage, en nous faisant prendre conscience de nos environnements, peut nous permettre, sans trop de frais et avec le respect de chacun, d’apprivoiser notre univers sonore et en détourner les méfaits au profit d’une approche plus constructive et plus artistique. Tout ceci ne signifie nullement que tout est musique, bien sûr. Souvent, pour les œuvres toutes récentes, l’histoire n’a pas encore fait le tri et tout n’est pas chef d’œuvre. Tout mérite cependant d’être écouté sans a priori, sans peur et sans reproche. Car, pour le répéter une dernière fois, tout est bruit pour qui a peur !
22 juillet 2012
Écouter
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21 juillet 2012
Les belges sont...
... des braves...
« Horum omnium fortissimi sunt Belgae » (en français « De tous les peuples [de la Gaule], les Belges sont les plus braves. »)
Jules César, la Guerre des Gaules
... uniques...
« La Belgique est un des carrefours de l'Europe. Bruxelles, coeur d'un immense système artériel de voies ferrées est éloignée de quelques heures à peine de l'Allemagne, de la France, de la Hollande, de l'Angleterre. Dès qu'on quitte les côtes belges, les plaines sans chemin de la mer s'ouvrent vers tous les pays et vers toutes les races. Ce territoire n'est pas grand, mais c'est un miroir à mille facettes qui présente un raccourci comme un abrégé du multiple univers.
Tous les contraires s'y adressent face à face, avec des contours aigus. Le train haletant passe devant les charbonnages, les hauts fourneaux qui, dans un ciel de cendres, clament le verbe en feu du travail; voici qu'il traverse des champs dorés et de vertes prairies où paissent des vaches bien soignées et superbes; puis ce sont de grandes villes, où le ciel se hérisse d'innombrables cheminées; c'est, enfin, la mer - le Rialto du Nord - où s'en viennent et d'où partent des montagnes de cargaisons, où le commerce occupe des milliers de mains.
La Belgique est à la fois agricole et industrielle, conservatrice et catholique en même temps que socialiste; elle est riche et elle est pauvre. [...]
La race elle-même est le produite de la lutte perpétuelle de deux races: Flamands et Wallons. Ici les contrastes se défient en toute franchise, clairement et directement: d'un seul coup d'oeil on voit toute la bataille. [...]
Les Germains parlent en français et les Français sentent en flamand. Malgré son patronyme, Pol de Mont est un poète flamand, Verhaeren, Maeterlinck, Van Lerberghe, dont aucun Français n'est capable de prononcer le nom correctement, sont des poètes français. »
Stefan Zweig, 1910.
... de mauvaise foi...
« La Belgique, c'est un terrain vague où des minorités se disputent au nom de deux cultures qui n'existent pas. »
Jacques Brel
... très compliqués...
... impossibles...
« C'est devenu très, très difficile d'être belge, c'est devenu ... à la limite de l'impossible. Il va falloir arranger ça un de ces jours. »
Jacques Brel
... désunis...
« Le Belge, monsieur, peut soutenir la comparaison, pour l'intelligence, l'activité, l'honnêteté, avec n'importe quel Européen. Malheureusement, pour ce qui est du sens national, il est en retard; voyez l'Anglais, l'Allemand, le Français. »
Léopold II de Belgique
... unis...
« Soyons unis! Flamands, Wallons! - Ce ne sont là que des prénoms! - Belge est notre nom de famille! »
Antoine Clesse
... friands d'autodérision...
... attachants...
« Les Belges sont de petits malins! Ils ont pris son appétit à l'Allemand, son sérieux à l'Anglais, son esprit au Français. Quant à moi, ils m'ont pris le coeur! »
Sacha Guitry
... pittoresques...
« J'admire comme les Belges parlent flamand en français. »
Victor Hugo
... moqués...
« Le poulet belge est reconnaissable: c'est celui qui a installé un radar dans une rue piétonne. »
Laurent Ruquier
... ou encore...
« La contraception fait des progrès en Belgique, maintenant ils ont la pilule. Avant ils avaient des fusils pour tirer sur les cigognes. »
Coluche
... bons vivants...
« Liège est la ville la plus folle de Belgique. »
Jacques Brel
... surréalistes...
« Les titres des tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont pas des illustrations des titres. »
René Magritte
... lucides......
« En Belgique, on n'a peut-être pas beaucoup de champions du monde, mais dans le monde, ils n'ont pas autant de champions de Belgique que chez nous. »
Philippe Geluck
... Bonne fête nationale à tous mes compatriotes...!
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Citations | Commentaires (0) | Tags : belgique, belges, fête nationale |
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20 juillet 2012
La quille
Non, il ne s'agit pas du jeu de quille, ni même du fameux trio « des Quilles » de Mozart, mais, plus simplement du début de mes vacances... « la quille », comme le dit l'expression populaire. Je me suis demandé ce que la quille pouvait bien à voir avec des congés ou des vacances, et c'est le Dictionnaire des expressions françaises qui, à défaut d'une réponse satisfaisante, m'a donné une explication plausible, même si elle ne correspond pas exactement à ma situation. « La quille », c'est donc la fin du service militaire (pour un appelé) ou la libération (pour un prisonnier). N'ayant le sentiment de n'être ni l'un, ni l'autre... même si par analogie, on comprend bien ce que cela veut dire, il n'est cependant pas inintéressant de développer un peu, avec humour, l'explication de cette expression bien singulière...
Jean-Baptiste Mallet (1759-1835), Le petit redresseur de quilles.
« Maintenant que le service militaire obligatoire n'existe plus, les jeunes Français ne peuvent plus connaître la joie des travaux de nettoyage des toilettes, de balayage des couloirs ou de peinture des bordures de trottoirs. Ils ne peuvent pas non plus goûter aux activités viriles comme le parcours du combattant ou la course sur vingt kilomètres en treillis et rangers en portant un sac à dos plein de pierres. Enfin, ils ne peuvent plus apprécier les manifestations de franche et juvénile camaraderie comme le lit en portefeuille ou le seau d'eau pris en pleine poire pendant le sommeil, par exemple. Du coup, il ne savent pas non plus ce qu'est le plaisir de décompter laborieusement les jours qui restent avant la fin du service, cette fameuse 'quille' que tout appelé normalement constitué fête avec un immense bonheur.
Mais pourquoi appelle-t-on 'quille' ce retour tant attendu à la vie civile ? Eh bien, au risque d'en décevoir quelques-uns, je dois avouer qu'on ne le sait pas. On dispose bien de quelques hypothèses, émises par d'éminents lexicographes ou d'anonymes individus, dont certaines un peu loufoques, mais il n'y a aucune certitude. Je vais donc vous proposer deux explications parmi les plus plausibles.
Autrefois, lorsqu'on était prisonnier (parce que pour ces gens-là aussi, la libération c'est la quille) ou bidasse, le décompte des jours restant se faisait à l'aide de bâtons tracés sur des support divers.
Il est alors aisé d'imaginer comparer ces bâtons, droits comme des I et placés côte à côte, à des quilles qui sont éliminées une par une, jusqu'à ce que la dernière, LA quille subisse enfin le même sort. Voilà pour la première hypothèse.
À l'époque où cette locution est apparue, en 1936, il était courant pour la hiérarchie militaire, paraît-il, de tenter de limiter les ardeurs sexuelles des jeunes et bouillants appelés en mêlant à leur alimentation du bromure de potassium, produit anaphrodisiaque par excellence. La fin du service militaire était donc, pour les militaires libérés, la promesse du retour d'une véritable et belle érection, une grosse 'quille', pour les plus modestes. L'expression 'la quille bordel !', maintes fois proférée, pourrait d'ailleurs être une confirmation de cette hypothèse, cette virilité retrouvée permettant effectivement d'aller fréquenter avec efficacité un tel lieu de débauche.
On peut encore ajouter trois pistes parmi les moins capillotractées :
Vers 1900, le verbe 'quiller' signifiait 'abandonner', 'quitter' ou 'partir'. 'Quille' pourrait donc être un substantif tiré de ce verbe pour désigner le départ.
Il pourrait aussi y avoir un lien avec l'argotique 'quille' qui désigne aussi une bouteille ("une quille de roteux"), le genre de récipient que le libéré va enfin s'empresser de vider avec joie une fois son paquetage rendu.
La quille du bateau est sa partie la plus basse.
Enfin, au milieu du XIXe siècle, "jouer des quilles" c'était "s'enfuir", les 'quilles' désignant les jambes. Alors y aurait-il un lien avec ces quilles que l'appelé s'empresse d'utiliser pour fuir son lieu de casernement ? »
Wikipédia propose une variante de la première explication assez convaincante : Quille : nom d'un bateau qui servait à ramener les bagnards vers la France après la fin de leur peine. Devenu le symbole de la libération des appelés au service militaire.
Alors, qu'en est-il exactement? Personne ne le sait, mais en ce qui me concerne « la quille » signifie seulement que je serai absent de la Fnac, de tout cours ou de toute conférence jusqu'au 16 août. Un peu de bon temps à passer en famille, à me reposer et à découvrir quelques lieux dont je vous parlerai très certainement... La quille n'est pas encore d'actualité pour le blog... alors, amis lecteurs, n'hésitez pas à venir faire un tour ici de temps en temps...!
Le trio des Quilles de Mozart aurait été composé en 1786 pendant une partie de quille, en vacances chez son ami viennois Nikolaus Joseph Freiherr von Jacquin par un Mozart bien détendu...
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Sourions un peu! | Commentaires (0) | Tags : la quille, vacances, congés, détente, repos |
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19 juillet 2012
Ave Maria
J’ai souvent été confronté à des mélomanes qui désiraient se procurer un cd où figure le célèbre Ave Maria de Giulio Caccini que j’évoquais il y a quelques jours dans le billet « Messa di voce ». Et il est toujours bien difficile de faire comprendre pourquoi cette sublime pièce vocale est en fait un faux composé par Vladimir Vavilov en 1970 et publié par ses soins, enregistré ensuite sous le label Melodia. C’est pourtant là que se trouve la clé d’un demi-mystère de la discographie. Vous aurez beau chercher dans la discographie de Caccini… aucune trace de cet Ave Maria…
Vladimir Fiodorovitch Vavilov (1925-1973) était un guitariste, luthiste et compositeur russe. Il avait effectué ses études à Saint-Pétersbourg et contribué au renouveau de la musique ancienne en Union soviétique. Outre sa carrière d’interprète à la guitare et au luth, il était également compositeur et éditeur de musique ancienne. Son passe-temps préféré était d’attribuer ses propres compositions à d’autres compositeurs, sans aucune attention au style musical qui aurait été approprié au compositeur choisi, généralement de la Renaissance ou de l’époque baroque. Manuel Maria Ponce, compositeur mexicain, avait fait la même chose dans le domaine de la guitare en attribuant, à la demande d’Andrès Segovia, certaines de ses œuvres au luthiste baroque allemand Silvius Leopold Weiss.
Vladimir Vavilov
Les œuvres de Vladimir Vavilov ont connu un énorme succès commercial. Pourtant, le musicien est mort, dans la pauvreté la plus totale, d’un cancer du pancréas et n’a ainsi jamais pu connaître le triomphe de son Ave Maria.
On ne sait pas d’où vient l’attribution à Giulio Caccini car Vavilov a édité et enregistré sa composition comme une œuvre anonyme. L’attribution à Caccini (1551-1618) est d’autant plus étonnante que cet Ave Maria est totalement étranger au style du compositeur italien et à celui de son époque. Un compositeur de la Renaissance aurait en effet non seulement composé sa musique sur l'intégralité de la prière à la Vierge et non sur les deux seuls mots « Ave Maria », mais n’aurait non plus jamais utilisé une telle harmonie et une ligne mélodique de ce type, parfaitement anachroniques. Il n’empêche que la musique est belle et qu’elle distille sont lot d’émotions.
Giulio Caccini
Le succès de cette œuvre doit beaucoup à la soprano lettone Inessa Galante qui a enregistré l’Ave Maria en 1995. Cette chanteuse, ayant entendu l’œuvre en tournée (probablement en Russie), l’aurait transcrite afin de pouvoir l’interpréter dans ses propres concerts. Elle a obtenu un immense succès, dans les pays baltes et en Russie d’abord, puis dans le reste du monde. L’œuvre a été également popularisée par Andrea Bocelli, Sumi Jo (l’interprétation ci-dessus), Charlotte Church, les Petits chanteurs de Saint-Marc et Lesley Garrett. Cette pièce musicale célèbre devrait donc être intitulée, dans un souci d'exactitude :
Ave Maria (dit de Caccini) par Vladimir Vavilov (1925-1973).
… Mais ces précisions ne doivent pas nous empêcher de goûter à la beauté de cette musique… !
Le cd, aujourd'hui épuisé, d'Inessa Galante qui a rendu l'Ave Maria célèbre en Europe occidentale.
18 juillet 2012
Jon Lord
Encore une légende du rock qui s'éteint et un parfum de nostalgie qui m'envahit à chacune des disparitions de ces musiciens qui ont fait vivre avec passion mon adolescence... Cette fois, c'est le tour du mythique Jon Lord (1941-2012), l'infatigable claviériste de Deep Purple. Il était internationalement connu du tout grand public pour le tube planétaire "Smoke on the water", composé en souvenir d'un incendie du casino de Montreux qui eut lieu le 4 décembre 1971 pendant une prestation de Frank Zappa. Mais, comme c'est souvent le cas, ce succès planétaire cache une forêt de chefs-d'œuvre inégalés dans l'histoire du rock.
Co-fondateur du groupe mythique avec Ritchie Blackmore, Jon Lord avait été formé au conservatoire de Londres et possédait une technique pianistique de haut niveau. Il mettait un point d'honneur à faire sentir son amour de la musique classique en traçant des ponts entre les deux genres musicaux. Il était d'ailleurs à l'origine des mémorables concerts que le groupe donnait avec des orchestres symphoniques (Royal Philharmonic Orchestra dirigé, excusez du peu, par Malcolm Arnold).
Jon Lord est décédé d'une embolie pulmonaire alors qu'il était atteint d'un cancer du pancréas depuis plusieurs mois. Il était à l'origine d'un procédé original à une époque où la recherche des timbres et des sonorités électriques ne faisaient que commencer. En branchant son orgue Hammond sur un ampli de guitare Marshall (un autre récemment disparu), il avait réussi à obtenir un son unique, proche de celui d'une guitare électrique. Ce son devait devenir sa marque de fabrique et permettait de l'identifier parmi mille autres claviéristes.
« Jon Lord avait fait partie de Deep Purple jusqu'en 1976 avant que le groupe se sépare pour se reformer à nouveau dans les années 80. En 2002, le claviériste avait à nouveau quitté Deep Purple pour se lancer dans une carrière en solo. Il était également doctorant à l'université de Leicester en Angleterre. Une partie de l'âme de ce groupe mythique nous quitte. »
Et pour ceux qui connaissent moins ce groupe essentiel à l'histoire du rock, voici le début de l'article que Wikiipédia lui consacre:
« Deep Purple, litteralement Pourpre Profond, est un groupe de rock britannique fondé en 1968, considéré comme l'un des fondateurs du genre hard rock avec Led Zeppelin et Black Sabbath. Au cours de ses quarante années d'existence, le groupe a connu plusieurs changements de personnel qui ont déterminé son évolution musicale, bien qu'il ait toujours comporté cinq membres : un chanteur, un guitariste, un bassiste, un batteur et un organiste.
Le quintette original, composé de Rod Evans, Ritchie Blackmore, Nick Simper, Ian Paice et Jon Lord, enregistre durant ses deux années d'existence trois albums influencés par la musique classique entre autres Jean Sebastien Bach, le psychédélisme de Vanilla Fudge et Jimi Hendrix. Le groupe connaît sa période la plus faste au début des années 1970 avec le chanteur Ian Gillan et le bassiste Roger Glover, sortant ses albums les plus connus : In Rock, Machine Head (avec le tube Smoke on the Water) et le live Made in Japan. Avec l'arrivée de David Coverdale (chant) et Glenn Hughes (basse), le son du groupe s'oriente ensuite dans une direction soul/funk jusqu'à sa séparation en 1976, après une éphémère collaboration avec le guitariste Tommy Bolin.
Jon Lord le 22 septembre 2004 à Berlin
En 1984, la formation emblématique du début des années 1970 se réunit, mais sa composition fluctue durant les dix années qui suivent, marquées par les tensions entre Ritchie Blackmore et Ian Gillan. Le groupe retrouve une certaine stabilité avec l'arrivée du guitariste Steve Morse en 1994, et continue à sortir des albums tout en donnant des concerts dans le monde entier à un rythme soutenu.
Depuis 1968, Deep Purple a vendu plus de 130 millions d'albums. Des groupes comme Scorpions, Iron Maiden, Metallica, Saxon, Van Halen, Judas Priest, Dream Theater ou le guitariste Yngwie Malmsteen ont tous été influencés par Deep Purple. »
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Musique | Commentaires (0) | Tags : jon lord, deep purple, claviériste, décès |
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17 juillet 2012
Messa di voce
Curieuse expression que cette « messa di voce », l'une des plus belles « ornementations » de l’art du chant. Particulièrement prisée à l'époque baroque, cette technique, littéralement traduite par « pose de la voix » ou plus exactement « émission de la voix » consiste à attaquer une note pianissimo, à en augmenter progressivement le volume puis à revenir graduellement au pianissimo initial, le tout sans reprendre son souffle. Giulio Caccini, dans la préface des Nuove Musiche (1602), appelle la messa di voce « il crescere e scemare della voce » (la croissance et la décroissance de la voix).
Et son apprentissage était d’ailleurs l’un des exercices obligés des écoles de chant où étaient formés les castrats. Mais son origine est plus ancienne, et l'on en trouve déjà des mentions dans les écrits des musiciens de la Camerata Fiorentina, également nommée Camerata Bardi, un groupe de musiciens, de poètes et d'intellectuels humanistes florentins de la fin de la Renaissance. Mais aujourd’hui, on l'associe plus volontiers à l'âge d'or des castrats et les grandes vedettes du bel canto du XVIIIème siècle, Carestini, Grimaldi, Bernardi et Farinelli, par exemple, en usaient avec une expressivité hors du commun.
Technique réputée d'un haut niveau de virtuosité, la maîtrise de la messa di voce témoigne d’un art vocal particulièrement accompli. Afin de la réaliser parfaitement, le chanteur ne doit effectivement jouer que sur le volume sonore (dynamique) de la note et pas sur le timbre, sur la hauteur, sur l'intonation et sur le vibrato. Tous les compositeurs de Monteverdi à Mozart en passant par Bach, Haendel ou Vivaldi, en firent un large usage abondant tant son pouvoir expressif comporte un potentiel gigantesque.
La messa di voce principale se déroule ici sur les mots "die trauer Nacht" (la nuit fatale) vers 2'44 et suivantes, le mot "Nacht" étant chanté sur une note très longue débutant pianissimo, enflant progressivement pour s'enfoncer ensuite encore dans les ténèbres... sublime et bouleversant.
Passée de mode au cours progressivement au XIXème siècle, même si on en trouve encore des applications remarquablement émouvantes chez Bellini (dans le fameux Casta Diva de Norma, par exemple), elle n'a jamais été complètement abandonnée; elle connait actuellement une véritable résurrection avec le renouveau du chant baroque, maîtrisée par tous les interprètes.
Dans cet air célèbre tiré de Serse de Haendel, les formules de messa di voce sont tès variées et le decrescendo ne sa fait pas toujours. Les effets de silences ou, au contraire, d'amplification sont inouis et contribuent grandement à l'émotion de l'air.
Mais les chanteurs ne sont pas les seuls à pouvoir user de cet effet particulier. On en trouve également de nombreuses applications dans le jeu des instruments qui peuvent soutenir le son (instruments à vent ou à archet). Enfin, la messa di voce ne doit pas être confondue avec le terme « mezza voce » (demi-voix) qui désigne une manière de chanter à un niveau dynamique inférieur à celui utilisé habituellement par le chanteur.
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Musique | Commentaires (0) | Tags : chant, vocal, ornementation, technique |
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16 juillet 2012
Allan Willcocks
Les fidèles lecteurs n’auront pas manqué d’être surpris par un des exemples musicaux qui illustrait le billet récent « Poussière d’étoiles ». Et sans doute aurez-vous été surpris par la beauté de cette musique pour guitare d’un compositeur resté tout à fait inconnu, même des guitaristes, et à qui le virtuose Tilman Hopstock rend enfin justice, Allan Willcocks. Les propos qui suivent sont inspirés par la notice du cd présenté ci-dessous... lisez bien ce billet jusqu'au bout. Ce compositeur pourrait bien en cacher un autre...!
Allan Willcocks est né en 1869 à Canterbury et décédé en 1956 près de Brighton. Contemporain de la génération 1860 (Mahler, Strauss, Debussy, Sibelius,…) et de ses compatriotes R. Vaughan Williams et G. Holst, il était avocat, guitariste et compositeur. À côté d'autres compositeurs comme John Ireland (1879-1962) et Cyril Scott (1879-1970), on peut le classer parmi les représentants de l'impressionnisme ou, plus exactement, du symbolisme anglais.
Allan (Andrew) Willcocks est le deuxième fils d'une famille de commerçants. Le père, Peter Willcocks, qui était aussi un guitariste amateur, favorisa l’épanouissement du talent musical de son fils en lui offrant très tôt des cours de guitare avec Giulia Pelzer (1837-1938).
Après quatre années d'étude intensive, il se met à l’étude du piano et de l’orgue à l’âge de 14 ans. Et, au fil du temps, il prit le goût à la composition. Pourtant, cet apprentissage fut longtemps cantonné au temps des vacances scolaires. Plus tard, lorsque Willcocks fréquenta l'école des cadets à Maidstone, il reçu des leçons privées de composition à Canterbury et plus tard, l'harmonie et le contrepoint une fois par mois à la section musique récemment inaugurée à l'Université de Brighton. C’est là qu’il étudia le droit avant d’entrer à l’Université de Londres.
Puis ce fut le séjour à Paris où il passe trois ans, de 1895 à 1898, puis, après un retour en Angleterre, y retourne pour une durée de douze ans. Là, il entre dans les milieux musicaux les plus fameux regroupés autour d’Alfred Cortot et Pablo Casals. Il s’inscrit dans la classe de composition de Paul Dukas. Il est bien possible qu’il ait rencontré le fameux guitariste espagnol Miguel Llobet dans les années 1905-10.
An tous cas, c’est en 1903 ou 1904 que Willcocks fait la connaissance de Cyril Scott à Paris. Il parle en ces termes dans une lettre à son beau-frère : «Nous l’avons rencontré hier lors de la création de sa Symphonie. Cyril Scott est le seul compositeur qui peut tenir sa place au sein du cercle qui entoure les français Debussy et Ravel ». Fait étrange, on ne trouve aucune mention de la présence d’un autre grand compositeur anglais de l'époque, John Ireland, qui était, lui aussi, à Paris à la même époque. On a parfois dit que la rivalité entre les deux hommes tenait du fait qu’on aurait attribué à Ireland un poste d’organiste à Londres que Willcocks postulait aussi en 1904. Finalement, il choisit de retourner en Angleterre en 1912 et accepte un poste d'avocat.
Après la mort de ses parents en 1924, plus rien ne l’attachait à l’Angleterre et il prit la résolution de s’installer définitivement à Paris. Pourtant, le sort en décida autrement et il se pourrait que le suicide de sa nièce et le besoin de soutenir sa propre sœur dans l’adeversité soit la cause de son retour en 1932. Il établit donc son cabinet d’avocats à Brighton tout en continuant de composer. Allan Willcocks poursuivit sa profession d'avocat jusqu'à l'âge de 83 puis passa les quatre dernières années de sa vie dans la solitude de sa dernière demeure, près de Brighton, où il mourut le 3 Septembre 1956, après avoir subi un AVC. Sa sœur qui n’avait cessé de s’occuper de lui survécut cinq ans.
On lui connaît quelques œuvres, mais il est fort probable qu’une bonne part de ses compositions ait disparu. Voici ce qu’il reste de l’inventaire de ses œuvres :
- Études pour guitare (1928)
- Douze Préludes miniatures (guitare, 1932)
- Quatuor à cordes (1938, perdue)
- Deux sonates pour piano (ca. 1938/1946, perdue)
- Six nouvelles études pour guitare (1941)
Son style est très fin et flirte avec l’esprit des impressionnistes et des symbolistes. À l’écoute de ses œuvres, on est frappé par l’influence reçue de Debussy et de Ravel. Une de ces études est d’ailleurs intitulée «Le Gibet de Ravel » car son début et sa fin sont basées sur des passages du fameux second mouvement de Gaspard de la nuit, Le Gibet.
Dans le second volume des Études (1941), on sent l’importance que Willcocks accordait au renouvellement des capacités expressives de la guitare. Un pan de ses recherches allait dans l’exploration des accordages de l’instrument (scordatura). Il tente ainsi une série d’expériences qui, tout en modifiant l’art des doigtés habituel, confère à l’instrument des sonorités nouvelles et des possibilités harmoniques inouïes. Willcocks cherche à s’inspirer des techniques du piano en utilisant les doigts des deux mains comme de petits marteaux qui frappent les cordes dans certains passages de sa dernière Étude..
Quant aux Douze Préludes miniatures pour guitare, ils s’inspirent de tableaux (n°1, 4, 8, 9, 10 et 11) ou de poèmes (n° 2, 3, 5, 6, 7 et 12) qui imprègnent la musique de leur couleur ou de leur affectivité. C’est dans la poésie musicale que Willcocks parvient le mieux à transposer les affects d’un texte dans sa musique et à transporter l’auditeur dans des contrées imaginaires formidables. Ceci est particulièrement efficace dans le second prélude (Romance, basée sur un poème de Paul Bourget) et dans l’atmosphère mélancolique du sixième prélude inspiré par la poésie de Van Lerberghe (O mort, Poussière d'étoiles) que vous écoutiez dans le billet précédent. On peut y sentir les réminiscences du style tardif romantique de Gabriel Fauré (1845-1924) qui, rien que par le titre du mouvement sont indéniables.
Un compositeur à découvrir absolument… Sauf si, et c'est ce qui semble ressortir des dernières recherches opérées par le très sérieux Classical Guitar Magazine, le compositeur est, une fois encore un personnage inventé de toute pièce par le guitariste Tilman Hoppstock pour dissimuler des pièces qu'il aurait composé lui-même. Il faut bien dire qu'un compositeur anglais de cette qualité et ayant fréquenté les milieux musicaux français ainsi que la classe de Paul Dukas passerait difficilement aussi inaperçu durant tout le XXème siècle... et ce d'autant plus que les pionniers de la guitare en Angleterre, comme Julian Bream, par exemple, toujours à l'affut de nouvelles oeuvres à ajouter au répertoire de la guitare n'auraient pas pu passer à côté...
... Une belle histoire tout de même... une superbe musique surtout!
CD "grandes études pour la guitare" édité par le label Christophorus
13 juillet 2012
Poussière d'étoiles...
Ô mort, poussière d'étoiles,
Lève-toi sous mes pas!
Viens, ô douce vague qui brilles
Dans les ténèbres;
Emporte-moi dans ton néant
Viens, souffle sombre où je vacille,
Comme une flamme ivre de vent!
C'est en toi que je veux m'éteindre,
M'éteindre et me dissoudre,
Mort où mon âme aspire!
Dieu fort qu'elle attend
Avec des chants et des rires d'amour.
Viens, brise-moi comme une fleur d'écume,
Une fleur de soleil à la cime
Des eaux,
Que la nuit effeuille, que l'ombre efface,
Et que l'espace épanouit.
Et comme d'une amphore d'or
Un vin de flamme et d'arome divin,
Epanche mon âme
En ton abîme, pour qu'elle embaume
La terre sombre et le souffle des morts.
Charles van Lerberghe (1861-1907)
Charles Van Lerberghe, né à Gand le 21 octobre 1861 et mort à Bruxelles le 26 octobre 1907, est un poète et écrivain symboliste belge francophone. Charles Van Lerberghe provenait d'une famille bourgeoise de Gand. Son œuvre la plus connue est La Chanson d'Ève (1904). Dix poèmes ont été mis en musique dans un cycle de mélodies op.95 par Gabriel Fauré et six poèmes par Paul Lacombe édités chez Hayet en 1909.
Allan Willcocks (1869-1956), Prélude n°6 tiré des 12 Préludes miniatures pour guitare, 1932,
Laurence GARNESSON, Ô mort, poussière d'étoiles, LA CHANSON D'EVE, monotypes (année 2001 - 2002)
La Chanson d’Ève, cycle de mélodies sur des poèmes de Charles Van Lerberghe Op. 95 (1906-10)
Nº 10 Ô Mort, poussière d’étoiles
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Correspondances | Commentaires (0) | Tags : willcocks, van lerberghe, poésie, guitare, fauré, mélodie |
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12 juillet 2012
Gouttes d'eau...
Depuis plusieurs jours, j’ai de l’eau qui s’infiltre dans ma cave. Les spécialistes qui ont défilé à la maison ces derniers jours ne trouvent pas la clé de ce mystère… Conduite cassée ? Poreuse ? Infiltrations en provenance du voisin? On attend une endoscopie qui devrait révéler, je l’espère, la nature du problème… Et je vous l'assure, l'eau qui goutte là est moins jolie que celle de l'image ci-dessous...
Et bien loin d'être aussi poétique que ce Prélude op.28 n°15 de F. Chopin nommé "Goutte d'eau"...
En attendant, ce poème de Guillevic me semble adapté à mon état d’esprit…
Je n’en pouvais plus
D’entendre ce morceau de granit
Me raconter son histoire
Depuis les origines.
J’avais beau lui dire : je sais,
Le morceau de granit continuait :
Soleil, déluge, incendie, ténèbres
Et le pire : l’eau goutte à goutte
Pendant des millénaires.
Guillevic, Art poétique, Poésie/Gallimard
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Citations, Correspondances | Commentaires (0) | Tags : poème, guilevic, eau |
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11 juillet 2012
Année Grétry (4)
Enfin, comme promis, quelques orientations discographiques et bibliographiques à propos de Grétry: Quelques cd's...
Quelques livres...
Et pour terminer ce petit tour d'horizon de notre compositeur liégeois, voici une liste complète de ses oeuvres, musiques, opéras, opéras comiques, musiques religieuses et écrits tel qu'elle est publiée sur le site français http://www.musicologie.org .
La collection complète des oeuvres, éditée par les musicographes F.A. Gevaert, E. Fétis et A. Wotquenne a été publiée à Leipzig entre 1884 et 1936. Je me doute que vous ne passerez pas votre temps à la lire de part en part. Jetz-y cependant un coup d'oeil pour mesurer l'immensité de la production de Grétry Celle-ci, sans doute fort inégale, a le mérite de rendre compte non seulement de la quantité des oeuvres, mais de laisser supposer, mieux que de longs discours, la popularité du bonhomme tant avant la Révolution de 1789 qu'après.
Dans cet esprit, il reste encore aux éditeurs de musique, disques et partitions, beaucoup de travail pour rendre justice à ce personnage incontournable de l'histoire de l'opéra français. A la lumière des deux précédents billets et la liste de ses oeuvres, on comprend mieux pourquoi ce liégeois a amplement mérité son effigie parmi les héros de l'Opéra de Paris.
Une page de l'opéra le Huron qui rendit Grétry célèbre à Paris
Catalogue des œuvres
- 1760, O salutaris hostia, pour 5 voix et orgue
- 1762, Confitebor tibi Domine pour 4 voix et orchestre [Ms. Fonds Terry, Conservatoire de Liège et Bibliothèque nationale de France]
- 1762, De profundis
- 1762, Dixit Dominus pour 4 voix et orchestre [Ms. Fonds Terry, Conservatoire de Liège]
- 1765, Mirabilis Deus [Notre Dame, Maastricht]
- 1765, 2 cantiques pour l'admission à l'Academia Filarmonica di Bologna (Euge serve bone, Haec est virgo, à 4 voix, conservé à Bologne)
- 1765, La vendemmiatrice, 2 intermezzos, texte de Labbate, créé en 1765 au théâtre Alberti de Rome
- 1765, Laetatus sum, pour soprano et orchestre [Notre Dame, Maastricht]
- 1765, Laudate Dominum in sanctis ejus, Ténor et orchestre [Notre Dame, Maastricht]
- 1765, Laudate Dominum in sanctis ejus, soprano et orchestre [Notre Dame, Maastricht]
- 1766, 6 sinfonie [éditées par O. H. Noetzel, Wilhelmshaven, vers 1961)
- 1766, Isabelle et Gertrude, ou Les sylphes supposés, comédie en 1 acte, livret de C.-S. Favart d'après Gertrude, ou L’éducation d’une fille de Voltaire. Créé à Gène, en décembre 1766
- 1768, Le connaisseur, comédie en 3 actes sur un livret de Marmontel. [inachevé après un rejet du comité de la Comédie Italienne de Paris]
- 1768, Le Huron, comédie en un acte sur un livret de Marmontel, d'après «L'Ingénu» de Voltaire. : L’ingénu. Créé la Comédie Italienne de Paris le 20 août 1768
- 1768, Les mariages samnites, opéra en un acte sur un livret de P. Légier, d'après «le château du prince de Conti» de J. F. Marmontel
- 1769, Le tableau parlant, comédie-parade en 1 acte sur un livret de L. Anseaume. Créé la Comédie Italienne de Paris le 20 septembre 1769
- 1769, Lucile, comédie mise en musique en 1 acte, sur un livret de Marmontel d'après son conte, «L’école des pères». Créé la Comédie Italienne de Paris le 5 janvier 1769
- 1769, Momus sur la terre, prologue sur un texte de C. H. Watelet, créé au Château de la Roche-Guyon vers 1769 [cité par Grétry dans ses Mémoires]
- 1769, Sinfonia, pour 2 hautbois et cordes
- 1770, L’amitié à l’épreuve, comédie en 2 actes sur un livret de Favart et C.-H. Fusée de Voisenon, d'après Marmontel. Créé à Fontainebleau le 13 novembre 1770 [sous le titre «Les vrais amis, ou L’amitié à l’épreuve», Fontainebleau le 24 octobre 1786 ; version révisée créée à la Comédie Italienne de Paris le 30 octobre 1786]
- 1770, Les deux avares, opéra bouffon en 2 actes sur un livret de C. G. Fenouillot de Falbaire. Créé à Fontainebleau le 27 octobre 1770 [version revue pour le mariage du dauphin et de Marie-Antoinette, Comédie Italienne de Paris le 6 décembre 1770 et 6 juin 1773
- 1770, Les filles pourvues, compliment de clôture sur un texte d' Anseaume. Créé la Comédie Italienne de Paris le 31 mars 1770 [publié en partie par le Mercure de France en avril 1770]
- 1770, Silvain, comédie en un acte sur un livret de Marmontel, d'après «Erast» de S. Gessner. Créé à la Comédie Italienne de Paris le 19 février 1770
- 1771, L’ami de la maison, comédie en 3 actes sur un livret de Marmontel, d'après son conte moral «Le connaisseur». Créé Fontainebleau le 26 octobre 1771
- 1771, Zémire et Azor, comédie-ballet mêlée de chants et de danses en 4 actes sur un livret de Marmontel, d'après La belle et la bête de M. Le Prince de Breaumont. Créé à Fontainebleau le 9 novembre 1771
- 1773, Céphale et Procris, ou L’amour conjugal, ballet-héroïque en 3 actes sur un argument de Marmontel les «Métamorphoses d'Ovide
- 1773, La rosière de Salency, pastorale en 4 actes sur un livret de A. F. J. Masson de Pezay. Créé à Fontainebleau le 23 octobre 1773
- 1773, Le magnifique, comédie mise en musique en 3 acte sur un livret de M.-J. Sedaine d'après La Fontaine. Créé la Comédie Italienne de Paris le 4 mars 1773
- 1773, Les caprices (Mon destin auprès de Climène), texte de J. F. de Saint-Lambert, 1 voix, harpe ou piano, dans «Journal de musique» (5, sup. 1) 1773, p.5-7774, Nouvelle romance, dans M. De Lusse, «Recueil de romances» (2) 1774, p.339
- 1774, Sei Quartetti per due violini, alto e basso ... composti a Roma op. 3 (édité à Paris par J. Borelly, s.l. s.d.]1775, Air (Doux plaisir, l’Amour te rappelle); texte de «de R.», 1 voix et basse continue, dans «Mercure de France»; décembre
- 1775, p. 61-631775, La fausse magie, comédie mêlée de chants en 2 actes de Marmontel. Créé à la Comédie Italienne de Paris le 1 février 1775
- 1776, Air pour la fête de Mme. P*** (Vous connoissez, mes amis), texte de Mars, 1 voix et basse continue, dans «Mercure de France», février 1776, p. 59-62
- 1776, Les mariages samnites, drame lyrique en 3 actes sur un livret de B. F. de Rosoi d'après Marmontel. Créé à la Comédie Italienne de Paris le 12 juin 1776
- 1776-1778, Les statues, opéra féerie en 4 actes sur un livret de Marmontel, d'après «Les mille et une nuits» Deux actes créés à la Comédie Italienne de Paris
- 1777, Amour pour amour, 3 divertissements sur un livret de P. Laujon. Créé à Versailles le 10 mars 1777
- 1777, Matroco, drame burlesque en 5 actes sur un livret de Laujon. Créé au château du prince de Condé le 3 novembre 1777
- 1778, Le jugement de Midas, comédie en 3 actes sur un livret de T. D’Hèle, d'après K. O’Hara. Créé dans les appartements de Mme de Montesson au Palais Royal le 28 mars 1778
- 1778, Les fausses apparences, ou L’amant jaloux, comédie en 3 actes sur un livret de D’Hèle, d'après « The Wonder, a Woman Keeps a Secret» de S. Centlivre. Créé à Versailles le 20 novembre 1778
- 1778, Les trois âges de l’opéra aussi : Le génie de l’opéra ; Les trois âges de la musique, prologue sur un livret de Devismes de Saint-Alphonse. Créé à l'Opéra le 27 avril 1778
- 1779, Romance du roman de l’histoire du chevalier du soleil (Quand on est belle), texte de A. G. C. d’Orville et A. R. de Voyer d’Argenson), dans «Mercure de France», décembre 1779, p. 64-66
- 1779, Romance pour l'Histoire du chevalier du Soleil, Paris 1779
- 1779, Aucassin et Nicolette, ou Les moeurs du bon vieux tems, comédie mise en musique en 4 actes sur un livret de Sedaine, d'après «Les amours du bon vieux tems» de J.-B. de la Curne de Sainte-Palaye. Créé à Versailles le 30 décembre 1779
- 1779, Les événemens imprévus, comédie en 3 actes sur un livret de D’Hèle. Créé à Versailles le 11 novembre 1779
- 1780, Andromaque, tragédie lyrique en 3 actes sur un livret de L.G. Pitra, d'après J. Racine. Créé à l' Opéra le 6 juin 1780
- 1781, Emilie, ou La belle esclave, comédie lyrique en 1 acte sur un livret de N.-F. Guillard. Créé à l' Opéra le 22 février 1781
- 1781, Ronde pour Electre ou Oreste
- 1781-1782, Electre, tragédie lyrique en trois actes sur un livret de J. C. Thilorier d'après Euripides
- 1782, Colinette à la cour, ou La double épreuve, comédie lyrique en 3 actes sur un livret de J.-B. Lourdet de Santerre, d'après «Ninette à la cour» de Favart. Créé à l'Opéra en janvier 1782
- 1782, L’embarras des richesses, comédie lyrique en 3 actes sur un livret de Lourdet de Santerre, d'après «Le savetier et le financier» de L.J.C.S. d’Allainval. Créé à l'Opéra le 26 novembre 1782
- 1782, Les colonnes d’Alcide, opéra en un acte sur un livret de Pitra
- 1783, Le marché de Cythère (Savez-vous qu’il tient tous les jours), ode anacréontique, 1 voix, harpe ou piano, dans A. de Piis, «Chansons nouvelles», Paris 1783, p. 5-8, appendix 2
- 1783, La caravane du Caire, opéra-ballet en 3 actes sur un livret d’E. Morel de Chédeville. Créé à Fontainebleau le 30octobre 1783.
- 1783, Thalie au nouveau théâtre, prologue sur un livret de Sedaine. Créé la Comédie Italienne de Paris le 28 avril 1783
- 1784, L’épreuve villageoise, opéra bouffon en 2 actes sur un livret de P. J. B. Choudard (dit Desforges). Créé à la Comédie Italienne de Paris le 24 juin 1784
- 1784, Richard Coeur-de-lion, comédie mise en musique en 3 actes sur un livret de Sedaine, d'après un récit de Bibliothèque universelle des romans de juillet 1776 (attribué à A. R. Voyer d’Argenson, Marquis de Paulmy) . Créé la Comédie Italienne de Paris le, 21octobre 1784
- 1784, Théodore et Paulin, comédie lyrique en 3 actes sur un livret de P. J. B. Choudard (dit Desforges).Créé à Versailles le 5 mars 1784
- 1785, Oedipe à Colonne, tragédie lyrique en 3 actes sur un livret de Guillard
- 1785, Panurge dans l’île des lanternes, comédie lyrique en 3 actes sur un livret de Morel de Chédeville d'après François Parfaict. créé à l’Opéra le 25 janvier 1785.
- 1786, Amphitryon, opéra en 3 actes sur un livret de Sedaine d'après Molière. Créé à Versailles le 15 mars 1786
- 1786, Le comte d’Albert, drame mis en musique en 2 actes sur un livret de Sedaine, d'après Le lion et le rat de J. de La Fontaine. Créé à Fontainebleau le 13 novembre 1786
- 1786, Les méprises par ressemblance, comédie en 3 actes sur un livret de J. Patrat, d'après Menaechmi de «Plaute». Créé Fontainebleau le 7 novembre 1786
- 1787, Le prisonnier anglais, comédie en 3 actes sur un livret de F. G. Fouques (dit Desfontaines). Créé à la Comédie Italienne de Paris le 26 décembre 1787.
- 1788, Le rival confident, comédie mise en musique en 2 actes sur un livret de N. J. Forgeot. Créé la Comédie Italienne de Paris le 26 juin 1788
- 1789, Aspasie, opéra en 3 actes, sur un livret de Morel de Chédeville. Créé à l'Opéra le 17 mars 1789
- 1789, Raoul Barbe-bleue, comédie mise en musique en 3 actes sur un livret de Sedaine d'après Charles Perrault. Créé la Comédie Italienne de Paris le 2 mars 1789
- 1790, Pierre le Grand comédie mêlée de chants en 4 actes sur un livret de J. N. Bouilly, d'après «l'Histoire de Russie sous Pierre le Grand» de Voltaire. Créé à la Comédie Italienne de Paris le 13 janvier 1790
- 1791, Stances du lys de l'opéra «La Jeunesse d'Henri IV» de Bouilly
- 1791, Guillaume Tell, drame mis en musique en 3 actes sur un livret de Sedaine, d'après A.-M. Lemierre . Créé la Comédie Italienne de Paris le, 9 avril 1791
- 1791-1792, Romance du Saule pour la tragédie «Othello» de Ducis
- 1792, Basile, ou A trompeur, trompeur et demi, comédie en un acte sur un livret de Sedaine, d'après «Don Quichotte» de Cervantes. Créé à la Comédie Italienne de Paris le (Favart), 17octobre 1792
- 1792, Cécile et Ermancé, ou Les deux couvents, comédie en 3 actes sur un livret de C. J. Rouget de Lisle et J.-B.-D. Desprès. Créé à la Comédie Italienne de Paris le, 16 janvier 1792
- 1792, Couplets du Citoyen Patriophile dédiés à nos frères de Paris : Qu’entends-je, pour 1 voix et basse continue [Paris, Bibliothèque du Sénat]
- 1792, L’officier de fortune, drame mis en musique en 3 actes sur un livret de E.-G.-F. de Favières
- 1792, Romance du saule (Au pied d’un saule), pour soprano, orchestre ou piano (pour Othello de J. F. Ducis)
- 1792-1793, Roger et Olivier, opéra en 3 actes sur un livret de J. M. Souriguère de Saint-Marc d'après «Roger et Victor de Shabran» de L. d’Ussieux
- 1792-1793, Séraphine, ou Absente et présente, comédie mêlée de chants en 3 actes sur un livret de A. J. Grétry
- 1793, Hymne en honneur de Marat et Le pelletier : O Liberté, texte de C. J. L. Davrigny, pour 4 voix
- 1793-1794, L’inquisition de Madrid, drame lyrique en 3 actes, livret d’A. J. Grétry
- 1794, Hymne à l’éternel : Je te salue, texte de «R.», pour 1 voix
- 1794, Callias, ou Nature et patrie, opéra en un acte sur un livret de F.-B. Hoffman. Créé l'Opéra Comique de Paris le 19 septembre 1794
- 1794, Denys le tyran, maître d’école à Corinthe, opéra en un acte sur un livret de P. S. Maréchal. Créé à l’Opéra le 23 août 1794
- 1794, Diogène et Alexandre, opéra en 3 actes sur un livret de Maréchal
- 1794, Joseph Barra, fait historique en 1 acte sur un livret de G. D. T. Levrier Champ-Rion. Créé à l'Opéra Comique de Paris le 5 juin 1794
- 1794, La rosière républicaine, ou La fête de la vertu, opéra en un acte sur un livret de Maréchal. Créé à l’Opéra le 2 septembre 1794
- 1794, Le congrès des rois, comédie en 3 actes sur un livret de Desmaillot [A. F. Eve]. Créé à l'Opéra Comique de Paris le 26 février 1794
- 1796, Aux mânes de son fils Godefroi (De l’Elysée), texte de O. de Corancez, pour 1 voix; piano ou harpe, dans «6 romances de différents auteurs» (2) Paris 1796
- 1797, Anacréon chez Polycrate, opéra en 3 actes sur un livret de J. H. Guy. créé à l’Opéra le 17 janvier 1797
- 1797, Lisbeth, drame lyrique en 3 actes sur un livret de Favières, d'après «Claudine» de J. P. C. de Florian. Créé l'Opéra Comique de Paris le 10 janvier 1797
- 1798, Le barbier du village, ou Le revenant, opéra comique en 1 acte sur un livret d’A. J. Grétry. Créé au théâtre Feydeau le 6 mai 1797
- 1799, Aux mânes de M. E. Joly (Après vingt ans de mariage); texte de E. J. B. Delrieu, pour 1 voix, dans «Journal des théâtres» (630) 1799, p. 129-133, appendix 15–16 ; pour 1 voix et piano dans Dulomboy « Aux mânes de Marie-Elisabeth Joly, artiste célèbre du Théâtre Française», Paris 1799
- 1799, Elisca, ou L’amour maternel, drame lyrique en 3 actes sur un livret de Favières. Créé à l'Opéra Comique de Paris le 1 janvier 1799
- 1799, Ronde pour la plantation de l’arbre de la liberté : Unissez vos coeurs, texte de J. F. R. Mahérault, pour 1 voix et orchestre
- 1799, Ronde pour la plantation de l'arbre de la Liberté, Paris 1799
- 1801, Eloge à Bonaparte : Le plus grand des héros, pour 2 voix et piano (arrangement de Dalayrac : Veillons au salut l’empire)
- 1801, Le casque et les colombes, opéra-ballet en 1 acte sur un livret de Guillard. créé à l' Opéra le 7 novembre 1801
- 1802, Zelmar, ou Les Abencerages (Zelmar, ou L’asile), drame lyrique en 2 actes sur un livret d’A. J. Grétry
- 1803 (vers 1803), L’éducation de l’Amour (Quand l’Amour déjà plein d’adresse), texte d'A. J. Grétry, pour 1 voix, piano ou harpe
- 1803, 6 nouvelles romances, textes d'A. J. Grétry, pour 1 voix, piano ou harpe [La gaiété villageoise : Pour animer toujours la danse, ronde ; Le départ inutile : Riants côteaux ; La carrière : S’en allant au moulin, chansonnette ; L’amant rassuré : Pourquoi douter de ma tendresse ; Le jour de noce, ou le vieux serviteur : Partout la gaiété, cavatine ; Le tombeau de Thisbé : O ma Thisbé]
- 1803, Delphis et Mopsa, comédie lyrique en 2 actes sur un livret de Guy. Créé à l’Opéra le 15 février 1803
- 1809, Le charme de s’entendre : Il est bien doux, texte d'O. C. A. Rousselin, pour 1 voix, piano et harpe [manuscrit au musée Grétry de Liège]
- 1811, Marie-Louise, impératrice-reine, à l’éternel : Toi qui formas le cœur des mères, hymne, texte d'A .J. Grétry, pour 1 voix, piano ou harpe
- 1824, Le berger délaissé : Mirtil, errant à l’aventure, texte d'A. J. Grétry, pour 1 voix, piano ou harpe, dans «Le troubadour des salons0187 (1) 1824, p. 2-3
- 1827, 3 romances, pour 1 voix, piano ou harpe [Algar et Anissa : Il est donc, romance écossaise ; La mère devant le lion : Un lion affreux ; Le pont des mères : Dans la fleur de l’adolescence], dans J. F. Ducis, «Oeuvres», Paris, 1827, p. 328-331
- s.d. Le chevalier et la pastourelle : Je vous promets, pour 1 voix et piano [manuscrit à la Bibliothèque nationale de France]
- s.d. L’île de Cythère : C’est un charmant pays, texte de J. B. J. W. de Grécout, chanson badine, pour 1 voix et piano [manuscrit à la Bibliothèque nationale de France]
- s.d. Le rossignol, pour 4 voix [Manuscrit à la bibliothèque du Conservatoire de Liège]
- s.d., Cantate pour célébrer la naissance du premier enfant de Monsieur et Madame de La Ferté : Quels accords ravissants, 3 sopranos ; 4 voix et orchestre)
Écrits
- Mémoires ou Essai sur la musique. Paris 1789, à compte d'auteur
- Mémoires ou Essais sur la musique [3 v.]. Paris 1797 ; nouvelle reliure, Verdier, Paris 1812 ; Édition J. H. Mees, Bruxelles 1829 ; Édition nationale belge, Bruxelles 1924-1925 ; traduction allemande par Lamberty dans «Franzözische Museum» ; traduction allemande par K. Spazier, Breitkopf & Härtel, Leipzig 1800 ; Édition courte, Paris, Delegrave 1889 ; Édition P. Magnette, liège, Vaillant-Carmanne 1914 ; Édition R. Depau, Office de Publicité, Bruxelles 1941
- De la Vérité. Ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions être [3 v.]. à compte d'auteur, Paris 1801
- Méthode pour apprendre à préluder en peu de temps avec toutes les ressources de l'harmonie. Imprimerie de la République, Paris 1802
- Réflexions d'un Solitaire [4 v.]. Édité par L. Solvay et E. Closson, G. van Oest, Bruxelles-Paris 1919-1922 ; édité par M. Brix et Y. Lenoir, Namur 1993
* A noter que A.J. Grétry désigne le neuveu du compositeur
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Musiciens de chez nous, Musique | Commentaires (1) | Tags : grétry, année grétry, liège, jean-marc onkelinx |
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10 juillet 2012
Année Grétry (3)
On a beaucoup de peine aujourd’hui à imaginer l’extraordinaire renommée d’André Modeste Grétry à l’aube du XIXème siècle à Paris. Le liégeois, car, comme il avait coutume de l’affirmer, son cœur était resté à Liège (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ses dernières volontés exigeaient que son corps soit inhumé au Père Lachaise tandis que son cœur serait rapatrié à Liège, ce qui fut fait après les longs procès évoqués dans le billet précédent), avait su garder sa renommée malgré les changements de pouvoirs. Il avait su s’adapter aux goûts nouveaux et garder l’admiration des autorités et du public.
Durant ses dernières années, couvert de gloire et membre de l’Académie depuis 1795, il avait acheté une propriété qui avait appartenu à Jean-Jacques Rousseau à Montmorency. C’est là qu’il mourut en 1813. Les hommages furent grandioses et les funérailles nationales. Voici un témoignage d’époque du jour de l’enterrement de Grétry :
«Le corps du célèbre défunt avait été transporté de l'Ermitage, qui avait appartenu à J. J. Rousseau, à Paris, et exposé dans une chapelle ardente où des milliers d'amis, des artistes, et une masse de curieux sont venus donner un dernier adieu à l'illustre compositeur. L'enterrement eut lieu le 27 septembre 1813, et le cortège s'est formé à midi.
Les quatre coins étaient portés par Méhul, Marsollier, Berton et Bouilly; les nombreux élèves du Conservatoire dont Grétry avait été un des inspecteurs, marchaient d'un pas lent et formaient la haie. Un corps de musique choisi parmi les meilleurs exécutants de Paris, jouait pendant la translation du corps du célèbre maître, une belle marche funèbre avec tamtam, de la composition de son compatriote, François-Joseph-Gossec.
Cette musique, accompagnée de l'instrument funèbre et du roulement des tambours voilés, est d'un grand caractère; elle a été composée pour les funérailles de Mirabeau, et n'avait plus été exécutée depuis.
Le convoi a suivi les boulevards jusqu'à la rue Montmartre, et s'est arrêté devant le théâtre Feydeau; le péristyle était tendu de noir; un buste de Grétry, couronné de lauriers, était placé au premier étage, et les acteurs, vêtus de deuil, se trouvaient rangés devant la grande entrée de la salle. Au moment que le convoi s'est arrêté un orchestre caché a fait entendre l'air si touchant de Zémire et Azor : Du moment que l'on aime.
Zémire et Azor: "Du moment que l'on aime"
Il est impossible de se figurer la sensation produite par ce morceau, l'un des plus touchants de son immortel auteur. M. Gavaudan a prononcé, d'une voix entrecoupée par ses sanglots, un discours plein de sensibilité. « Permettez, a-t-il dit. Messieurs, que nous suspendions un instant cette marche funèbre, et que des enfants éplorés rendent un dernier hommage à leur père sur le seuil même du théâtre qui retentit si longtemps du bruit de ses triomphes. Permettez que nous déposions sur son cercueil une des nombreuses couronnes que le public lui a décernées. »
Après cette cérémonie, qui a fait couler les larmes de tous les assistants, le convoi a repris sa marche. Il s'est arrêté de nouveau devant l'Académie de musique. M. Picard, directeur, s'y trouvait avec plusieurs auteurs et avec tous les artistes de ce théâtre. M. Aignan s'est rendu l'interprète de leur douleur, et a payé aux mânes de M. Grétry le tribut des regrets universels qu'il excite. Enfin le convoi est seulement arrivé à 2 heures à l'église St. Rocli, où le 3 juillet 1771, Grétry épousa Mademoiselle Jeanne-Marie-Grandon.
Une foule immense, évaluée à plus de 30 000 personnes, suivait le cortège funèbre. Jamais on n'avait été témoin à Paris, d'un deuil aussi général et d'un spectacle aussi émouvant. Toutes les rues où passaient les restes de ce musicien populaire et sympathique, regorgeaient de monde appartenant à toutes les classes de la société, et on lisait dans le regard de cette foule attristée, un sentiment de regret et de condoléances. Après un Dies irae de Mozart et un De Profundis chantés par les élèves du Conservatoire, le cortège s'est remis en marche et s'est rendu au cimetière du Père Lachaise.
Tombe de Grétry au Père Lachaise
M. Méhul, au nom de l'Institut, et M. Bouilly, au nom des auteurs dramatiques, ont prononcé des discours qui ont produit une vive émotion. Un compositeur italien, qui est devenu français par ses ouvrages, s'est écrié : « C'est ainsi que l'auteur de Stratonice devait louer l'auteur de Sylvain.» Le cortège arriva vers 15 heures, au cimetière, où un grand nombre de spectateurs de tout rang, de tout âge, formait les groupes les plus variés. Les Dames, vêtues de blanc, semblaient représenter les ombres heureuses des Champs Élysée dont le lieu de repos offrait en ce moment la plus fidèle image.
Ce jour mémorable fut embelli par la nature même ; jamais le soleil n'avait été plus serein au moment où l'on descendit le cercueil dans la fosse. »
Très impressionnant ! Comment, dès lors, imaginer le peu d’intérêt que nos contemporains montrent pour Grétry. Il se pourrait bien que les choses changent assez rapidement puisque, d’une part, l’année 1813 sera celle du bicentenaire de son décès et que certaines firmes de disques ainsi que certains ensembles de musique ancienne ont commencé à remettre notre compositeur au goût du jour.
Parmi les toutes récentes publications, retenons la parution de l’opéra Céphale et Procrispar l’ensemble Les Agrémens dirigés par Guy van Waas sur le label Ricercar. Comme le soulignait Jean-Pierre Rousseau dans un récent commentaire, ce cd a été enregistré à la Salle Philharmonique de Liège.
Autre parution significative, cet Andromaque, véritable joyau de la musique tragique de Grétry, parue chez Glossa et interprétée par Le Concert spirituel dirigé par Hervé Niquet.
Il me restera donc, pour être complet, à vous proposer un inventaire des œuvres de Grétry ainsi qu’une petite orientation discographique et bibliographique.
A suivre…
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Musiciens de chez nous, Musique | Commentaires (0) | Tags : grétry, année grétry, liège, jean-marc onkelinx |
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09 juillet 2012
Année Grétry (2)
Grétry était donc fort bien en cour. Marie-Antoinette goûtait spécialement sa musique. Ainsi, malgré le peu de succès de certaines œuvres, la reine fit jouer ses œuvres au Petit Trianon. Elle loua la musique et les textes de Grétry et félicita l’artiste en ces termes: «Je chantais déjà vos airs à Vienne et je les trouvais pleins d’agréments; ce que je viens d’entendre ajoute à mon estime pour vos talents».
Portrait de Marie-Antoinette par Vigée-Lebrun
La collaboration avec Michel-Jean Sedaine (1719-1797), librettiste et auteur dramatique français de première valeur, contribua fortement au succès de son opéra Richard Cœur de Lion en 1784 qui, d’ailleurs, passe pour être son chef-d’œuvre. L'air "Ô Richard, ô mon Roi" deviendra l'hymne royaliste durant la Révolution entonné par les Gardes du Corps et le régiment de Flandre devant la famille royale à l'Opéra de Versailles, cause directe de la marche des parisiennes sur le palais de Versailles. C'est également cet air que Vautrin choisit pour prévenir Eugène de Rastignac qu'il veille sur lui dans le "Père Goriot" de Honoré de Balzac. Enfin, l'air "Je sens mon coeur qui bat, je ne sais par pourquoi" est repris dans "La Dame de Pique" de Tchaikovski.
D’autres œuvres qui eurent un énorme succès à l’époque, fruit de cette collaboration fructueuse, dorment encore dans les tiroirs des bibliothèques. C’est le cas, entre autres, de Le Magnifique (1773), de Thalie au nouveau théâtre (1783), d’Amphitryon (1786), de Raoul Barbe Bleue (1789) ou encore de Guillaume Tell (1791).
En plus des 55 opéras, Grétry composa également sept symphonies, six quatuors à cordes, deux quatuors avec flûte, six sonates pour piano, de nombreuses œuvres de divertissement pour orchestre ainsi que quelques rares œuvres religieuses.
Il fut l'un des fondateurs, en France, sinon le premier du moins le principal, de l'opéra comique.
On sait que les artistes italiens furent à l'origine d'une véritable révolution sur la scène même de l'Opéra, de 1752 à 1754, en y exécutant, en intermède, des chefs-d'œuvre, entre autres, de Pergolèse, de Leo, de Jomelli; ils révélèrent une musique chantante, harmonieuse et vivante, à un public habitué à la psalmodie française. Les sujets de ces petits opéras laissaient de côté les grandes intrigues mythologiques pour se concentrer sur une action serrée, menée par des personnages ordinaires, réagissant comme des gens ordinaires. Les auteurs de l'époque se divisèrent alors en deux partis hostiles, le coin du roi, défenseur de la musique française selon Rameau et le coin de la reine, ouvert à la nouvelle musique italienne, qui échangèrent un nombre considérable de brochures, dont il ne reste plus guère que la célèbre Lettre de J.J. Rousseau, qui déclarait que les Français n'auraient jamais de musique. Cette célèbre « Querelle des Bouffons » n'amena pas immédiatement des modifications importantes, mais donna naissance à l'Opéra-comique, où brillaient déjà Duni, Philidor et Monsigny; Grétry entra en scène dès 1768 et écrivit ses opéras dans lesquels il exprimait tous les sentiments, depuis la gaîté la plus insouciante jusqu'à l'expression la plus passionnée, passant parfois par les émotions dramatiques les plus tendues. Son art de transformer les redoutables vers de la langue française en superbes mélodies contribua largement à rendre le français plus apte encore à l'opéra.
Le style de Grétry se distingue par des inspirations mélodiques très efficaces, par une sensibilité exquise typique du style galant, par une vérité de déclamation et d'expression qui n'a pas toujours été égalée et par un instinct scénique remarquable ainsi que par une fécondité étonnante.
Malheureusement, il était un musicien dont la formation incomplète se sent surtout dans le peu d'invention harmonique. Il faut également signaler de grandes difficultés pour développer les remarquables idées musicales qu'il concevait avec simplicité. Son manque de science musicale, créant trop souvent des redondances alourdissant la fluidité de ses œuvres, était compensé par une spontanéité et un naturel confondants, une forme de naïveté (dans le bon sens du terme) qui séduit d'emblée mais peut lasser les écoutes répétées.
Ses contemporains et ses successeurs imitèrent son style de déclamation lyrique, en le modifiant selon leur personnalité, mais bien souvent sans trouver le charme, l'esprit et la spontanéité de Grétry. C'est le cas de Nicolas-Marie Dalayrac (1753-1809), Etienne-Nicolas Méhul (1763-1817) et Luigi Cherubini (1760-1842) qui ne peuvent nier leurs influences même s'ils relèvent tout autant du grand C.W. Gluck (1714-1787) par le côté dramatique de leurs œuvres. Mozart lui-même s'est souvenu de Grétry dans certaines tournures mélodiques de ses opéras de jeunesse ainsi que dans quelques procédés instrumentaux et effets de scène (dans Cosi fan tutte, par exemple). Si Adrien Boieldieu (1775-1834) est son véritable disciple, Daniel François Esprit Auber (1782-1871), Louis Joseph Hérold (1791-1833), Adolphe Adam (1803-1856), Jacques Fromental Halévy (1799-1862), ainsi que beaucoup d'autres ont aussi adopté ses procédés dans leurs opéras comiques, tout en faisant usage des conquêtes harmoniques et structurelles et orchestrales du romantisme.
Au tournant du siècle, Grétry a soixante ans. Fatigué de la lutte, il renonce à la composition pour se livrer à la littérature à laquelle il s'était déjà consacré, puisque la publication du premier volume de ses Mémoires ou Essais sur la Musique remonte à 1789. Dans ce livre, véritable autobiographie, l'auteur raconte sa vie avec une naïveté et un naturel charmants. Ses principaux ouvrages y sont analysés avec une bonne foi qui n'exclut pas la haute opinion qu'il avait de son mérite et du rôle que son œuvre avait joué dans le mouvement musical de la seconde moitié du XIXème siècle. Enfin, il y touche à toutes les questions musicales: la déclamation lyrique, la ponctuation phraséologique, le rythme mélodique, l'harmonie et l'orchestration sont traités avec la minutie que Grétry attache à toute chose. Ses idées personnelles, clairement exposées, seront toujours étudiées par les musiciens avec le plus vif intérêt : elles font connaître l'homme, aimer et apprécier le compositeur.
Un critique de l'époque résume ainsi son opinion sur cet ouvrage: « Je savais bien que l'auteur était, non seulement un grand artiste, mais un homme de beaucoup d'esprit. Je ne savais pas qu'il fût écrivain, et il l'est. Il m'avait toujours paru celui de nos compositeurs qui avait le plus d'esprit en musique; mais j'ai vu, en le lisant, qu'il en a aussi beaucoup dans son style, et je suis bien aise d'avoir cette occasion de l'en féliciter.»
En 1797, le gouvernement français, à la demande des compositeurs les plus renommés, vota les fonds nécessaires pour la réimpression des Mémoires, auxquels Grétry ajouta deux volumes. Ces suppléments n'ont pas l'intérêt de l'œuvre primitive ; les caractères, les mœurs, la philosophie, les institutions nationales, etc., y sont cependant l'objet d'études que l'auteur rattache à l'art auquel il s'est voué.
Idolâtre, ses dernières années s'écoulèrent dans l'aisance, à Montmorency, grâce à une pension de quatre mille francs que le gouvernement de l'Empire lui accorda, et qui, ajoutée aux droits d'auteur que ses ouvrages repris partout, permirent de rétablir sa fortune compromise jadis par la Révolution. Il vécut à l'Ermitage, au milieu de sa famille, entouré de ses amis et de quelques-uns de ses compatriotes, qui le visitaient souvent. Il recevait avec la plus grande bienveillance les jeunes compositeurs. Il les aidait de ses conseils, et quand le découragement les prenait, il se plaisait à leur raconter les luttes qu'il avait eu à soutenir.
Le 28 mars 1810 fut inauguré à la salle de la Société d'Émulation à Liège, le buste de Grétry, exécuté par Sajou, bonheur qui jusqu'alors n'avait été accordé qu'à M. Velbruck, prince et fondateur de celte société.
Ce buste, donné par le bourgmestre De Fossoul, servit de modèle à celui que le sculpteur liégeois, M. Ervrard, exécuta aux frais de la ville, destiné à orner la salle de spectacle, buste qui disparut lors de l'incendie de 1803.
Déjà en 1816 la Société d'Émulation de Liège mit au concours le plan d'un monument à élever à Grétry, sur la place qui porte son nom. C'est en 1817 que la même société ouvrit un concours pour le meilleur éloge académique de Grétry, auquel elle proposa une médaille d'or. En même temps, elle chargea M. de Gerlache d'insister auprès de l'administration communale de Liège, afin de contraindre les héritiers du grand artiste à exécuter les dernières volontés du maître, leur oncle.
Un mémoire en ce sens fut proposé au conseil qui l'adopta, et un procès fut intenté devant le tribunal de Pontoise,qui donna gain de cause aux héritiers. La ville se pourvut en appel devant la cour royale de Paris. Sur le brillant plaidoyer de l'excellent avocat, M. Hennequin, la cour condamna les neveux du compositeur à restituer le cœur de leur vénéré oncle.
La Statue de Grétry dont le socle contient le coeur du compositeur devant l'Opéra Royal de Wallonie, ancien Théâtre Royal de Liège
La première statue placée en Belgique, est celle d’André-Ernest-Modeste Grétry à Liège. La cérémonie de l'inauguration eut lieu le 18 juillet 1842.
La statue trouvait primitivement place de l'Université. En juillet 1866, elle fut transportée sur la place du Théâtre Royal.
A suivre...
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Musiciens de chez nous, Musique | Commentaires (0) | Tags : grétry, année grétry, musique, liège, jean-marc onkelinx |
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07 juillet 2012
Maître Soleil!
On aura tout entendu… ! Encore plongé dans le demi-sommeil du petit matin, j’ai été tiré de ma torpeur, hier matin, par un titre d’actualité de la plus haute importance. Le journaliste, chargé de réaliser un bulletin d’informations concis, avait choisi de mettre en avant cette étrange contestation des commerçants et des bourgmestres de la Côte belge, à savoir une protestation contre la mauvaise qualité des prévisions météorologiques pénalisant leurs chiffres d’affaires… ! Ils envisagent de démasquer le coupable et de le traîner devant le tribunal. Il faut dire que les erreurs à répétitions ne sont pas faites pour rassurer les touristes d’un jour, découragés effectivement de prendre la route au moindre coup de vent… Et affirmer dès aujourd’hui que le mois d’août pourrait être pourri, à l’instar de Météo Belgique, est, ma foi, bien audacieux !
Il n’en fallait pas tant pour que chaque prévisionniste se mette à justifier la véracité de ses propos. Et on sait que ces dernières semaines, les prévisions s’apparentent plus à de la prédiction à la manière de Madame Soleil ! Plus le pays est petit, plus les prévisions sont compliquées et les changements de temps… imprévisibles fréquents. Alors, encore une histoire bien belge… dans laquelle les plaignants sont prêts à convoquer Maître Soleil et Madame Pluie comme témoins, Monsieur Gros Sous comme juge et Monsieur Météo comme accusé… ? Ce qui pourrait n’être qu’un gag de premier avril suscite cependant quelques réactions… tout aussi saugrenues sans doute !
Car ma première réaction a été de penser que le citoyen belge a toujours dû composer avec la météo capricieuse de notre pays. Le fait est là, nous ne sommes pas en Espagne ou en Italie. En été, il pleut souvent. C’est le climat tempéré maritime avec ses lots de nuages, de pluies et de grisailles. D’ailleurs, ceux qui ne peuvent pas le supporter et qui en ont les moyens fuient à l’étranger quelques fois par an pour trouver le dieu soleil qui, dit-on, nous manque tant.
Parmi ceux qui restent, deux types de personnes : les premiers sont ceux qui pourraient partir, mais trouvent dans des vacances de proximité un plaisir suffisant pour recharger les batteries. La Belgique et ses proches abords regorgent en effet de coins et de recoins magnifiques où il fait bon vivre, se promener, visiter,… Les seconds sont ceux qui n’ont pas les moyens de partir… et qui n’ont d’ailleurs pas la possibilité de voyager en Belgique non plus ! Je crains d’ailleurs que ceux-là ne constituent pas vraiment la population que nos bourgmestres côtiers attendent. Ils ne dépensent sans doute pas 35 euros par personne en moyenne, ceux là (voir l’article RTBF).
Ceux qui choisissent des vacances à la Côte belge ne dépensent donc pas moins que ceux qui vont à l’étranger. De plus, s’ils espèrent le soleil, ils savent pertinemment bien, et depuis toujours, que c’est une loterie. Les touristes d’un jour sont donc les plus susceptibles de renoncer à leur excursion à cause d’une prévision météo. Mais est-ce la seule raison ?
Tentez le coup… ! …Si le cœur vous en dit ! Prenez votre voiture de bon matin et partez pour Ostende (200km à partir de Liège). Dès l’approche de Bruxelles (à Leuven à 80 km), les ralentissements commencent. Tout le « ring » de la capitale (le périphérique pour les français) est encombré. Et l’autoroute jusqu’à la mer n’est qu’une file. Si vous partez à 7H du matin de Liège et que vous avez de la chance (pas d’accident ou de catastrophiques travaux souvent programmés en été), vous arriverez à Ostende entre 10H et 10H30. C’est la même galère pour le retour. Pour une journée ensoleillée ou pluvieuse, six heures de route dans le meilleur des cas… la faute à la densité de circulation et à un réseau autoroutier saturé.
Qu’à cela ne tienne… prenons le train. Ligne Liège-Ostende, départ Liège Guillemins… toutes les heures. Plus de deux heures de route, certes, mais cool… vous êtes dans le train. Pas de chance ! Les trains sont bondés. Entre les navetteurs qui se rendent ou reviennent du travail… on peut les excuser, et les touristes découragés par la voiture… impossible de s’asseoir. Mieux, je me souviens d’un trajet passé debout dans le sas du wagon, compressés comme des sardines, plus de trente degrés, des gens qui pleuraient de claustrophobie… une aventure qui vous décourage à tout jamais d’aller à la mer en train en été… épuisant ! J’exagère ? Essayez !
La plage d'Ostende
Pas surprenant que les wallons affirment de plus en plus leur besoin de changer d’air. La Côte d’Opale, magnifique, en France ou la Zélande aux Pays-Bas sont accessibles bien plus facilement… en voiture du moins. Et s’il n’y a pas trop de travaux et que la météo est convenable vous arrivez plus vite à Wuissant ou à Sluis qu’à Ostende. Mais sont-ce la encore les seules raisons ?
Celle qui effleure mon esprit me déplait fortement et est à l’opposé de mes convictions, mais elle ne peut plus être niée, il me semble. Je me fais donc violence pour l’évoquer tout de même. On récolte ce qu’on a semé. Vous me comprenez bien. Les discours de certaines autorités flamandes qui conspuent les francophones en insinuant leur paresse, leur bêtise, leur manque de connaissance de la deuxième langue nationale (ce qui, d’ailleurs, est malheureusement vrai), en revendiquant leur différence avec intolérance et en réduisant l’autre à un voleur de la richesse flamande a fait son chemin. Lorsque ces idées semblaient marginales, on n’en tenait pas compte. Lorsqu’elles remportent l’adhésion de plus de 40% de la population flamande, c’est une autre histoire… ! Hélas, beaucoup de ces francophones passaient jadis leurs vacances à la Côte belge… et y dépensaient leur argent. Ah ces politiciens flamands qui n’ont pas peur de revendiquer la richesse de leur région (je suis sincèrement admiratif de cette réussite) et qui considèrent qu’ils sont en Belgique ce que l’Allemagne est à l’Europe… la vache à lait (j’en suis moins sûr) !
Dans ces conditions, si les Wallons vont moins à la Côte belge… euh…la Vlaamse Kust (la côte flamande), comme certains la revendiquent, c’est parce qu’ils ne se sentent plus bien accueillis, c’est qu’ils sentent l’oppression face à la langue et sentent le regard du mépris. C’est un peu comme si les Ardennes belges devenaient soudain les Ardennes wallonnes… !
Qu’on me comprenne bien. Je suis le premier à réclamer à corps et à cri la connaissance des trois langues nationales (que je ne possède pas moi-même, ce qui me complexe d’ailleurs) et je comprends les frustrations linguistiques et communautaires. Mais avouons que nos amis du nord y ont été un peu fort ces derniers temps et ont découragé beaucoup de francophones non bilingues à venir paisiblement chez eux. Et si en France, on parle le français, et si en Zélande, tout le monde fait un effort pour baragouiner deux mots d’anglais, de néerlandais et de français, on n’y ressent pas du tout cette pression linguistique et sociale. Pourtant, la plupart des commerçants et des tenanciers parlent parfaitement deux ou trois langues. Le problème ne vient pas d’eux, mais des politiques populistes en plein développement en Flandre… ou de la médiatisation qui en est faite… Ah mais justement…
N’est-ce pas là une raison supplémentaire, plus insidieuse et perverse encore ?… Est-ce que tout, dans le traitement de l’information, n’est pas fait pour créer la peur et la méfiance chez le citoyen ? J’en parlais récemment dans un autre billet, la manière dont l’information est traitée semble toujours viser le sensationnalisme... que ce soit dans les faits divers, l’actualité internationale ou… la météo, on y revient. Avez-vous observé comme moi que l’expression « orage violent », par exemple, accompagne chaque bulletin météo annonçant l’orage ? Avez-vous remarqué que dès qu’il y a dix centimètres d’eau dans une rue (ce qui est toujours très désagréable pour les victimes, bien sûr, mais a toujours existé !), on en fait le premier titre des journaux télévisés. N’avez-vous jamais trouvé étrange que, chaque fois, un envoyé spécial, en direct, cherche maladroitement à commenter… le non-événement ? Je pourrais multiplier les exemples sidérants de non-informations qui jonchent les journaux télévisés. Cela fait peur… et cela génère de l’audimat !
Mais attention, messieurs les journalistes et prévisionnistes de tous poils, le jour où vos prévisions seront devenues tellement nulles qu’elles n’émouvront plus personne, j’espère que vous n’aurez pas raison en prédisant une vraie catastrophe… car vous serez responsables du fait qu’on ne vous aura pas cru…
Alors n’est-ce pas là la leçon de cette histoire belge… ? Que ceux qui font l’information reprennent leurs règles de critique et que ceux qui veulent accuser le Soleil de déserter les plages belges cherchent un peu en eux les raisons d’une triste récolte ! Quant au téléspectateur, il croit ce qu’on lui dit, il prend les choses au premier degré…il a une telle confiance dans ce qui est dit à la sacro-sainte télévision que la moindre prévision devient pour lui une certitude. On le voit, c’est vraiment à chacun de faire son examen de conscience… !
Bon week-end… belge !
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Général | Commentaires (2) | Tags : météo, côte belge, tourisme, vacances |
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06 juillet 2012
Année Grétry (1)
Je n'ai pas attendu qu'on annonce l'année Grétry (en 2013) pour parler d'une de nos gloires musicales les plus formidables. Dès septembre 2010, je publiais sur ce même blog quatre billets consacrés au compositeur liégeois, à son oeuvre et à sa renommée. Au moment où vont commencer les festivités, l'OPRL ouvrira les festivités le 13 juillet, à la veille de la fête nationale française, tout un symbole, avec un concert tout Grétry par l'ensemble Les Agrémens, je crois qu'il n'est pas inutile de ressortir ces textes qui aideront les lecteurs à se faire une idée juste de ce personnage singulier... Et pour les plus mordus, voici le programme de Grétry 2013.
« Nul n’est prophète en son pays ». L’adage est connu. C’est sans doute l’une des raisons qui m’amènent à vous parler d’un compositeur liégeois dont la gloire est sans doute plus forte à Paris qu’à Liège. André Modeste Grétry est bien connu chez nous par quelques monuments. La statue devant l’Opéra Royal de Wallonie, dont le socle contient le cœur du musicien, la Maison Grétry, devenue un modeste (c’est le cas de le dire) musée en Outre-Meuse, la rue Grétry et l’Académie de Musique Grétry. Mais de musique, fort peu de liégeois sont capables d’en fredonner une… et de titre d’œuvre, rares sont les amateurs qui en ont encore en mémoire. Il faut dire que la discographie ne prête pas à réjouissance, puisque peu d’enregistrements du compositeur sont disponibles. Il semble cependant que le vent soit en train de tourner et que quelques maisons d’éditions remettent au goùt du jour un compositeur bien oublié. Portrait en deux volets :
Un des compositeurs auxquels Liège doit en grande partie sa renommée musicale est, sans conteste, celui que la postérité a parfois qualifié de Molière de la Musique : André Modeste Grétry (1741-1813).
Son nom semble répondre à celui du lieu d’origine de ses ancêtres, dont le plus ancien, Arnold de Grétry, né vers 1550, était fermier de la comtesse d’Argenteau. Le hameau de Grétry, à quelques kilomètres de Herve, dépend de la commune de Bolland.
Le père du compositeur était, lui, né à Mortier en 1714 et s’était établi à Liège dès 1738 où il épousa Marie-Jeanne de Fossé originaire d’Outre-Meuse. Premier musicien de la famille, il était devenu premier violon de la collégiale Saint-Martin en remportant un concours de recrutement avant d’intégrer, en 1748, l’orchestre de la collégiale Saint Denis.
Son fils, André Modeste, dont la célébrité devait immortaliser le nom, est né dans la partie la plus populaire de la ville, en Outre-Meuse, dans une petite maison de la rue des Récollets. La demeure du compositeur fut restaurée en 1824 pour retrouver l’aspect qu’elle avait du vivant de Grétry. Il s’agit d’un petit immeuble de type liégeois, Louis XV et d’une annexe du même style. Devenue Musée Grétry en 1913 et inauguré en présence du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth (celle du Concours musical), la maison abrite désormais quelques collections concernant le compositeur.
À l’âge de quatre ans, le garçon ne montre quelques dispositions pour la musique. Il étudie pourtant le chant, la basse continue et la composition. Il chanta donc dès 1750 dans les chœurs de la collégiale Saint Denis. Grétry cite, dans ses mémoires, ses professeurs liégeois dont les noms, Leclercq, Moreau ou Renekin, n’évoquent plus rien à nos contemporains. Le premier succès remporté comme enfant de chœur à Saint Denis fut obtenu par le chant d’un motet dans le goût italien : « J’eus à peine chanté quatre mesures, que l’orchestre s’éteignit jusqu’au pianissimo, de peur de ne pas m’entendre. Je jetai dans ce moment un coup d’œil vers mon père, qui me répondit par un sourire. Les enfants du chœur qui m’entouraient se reculèrent par respect ; les chanoines sortirent presque tous de leurs formes, et ils n’entendirent pas la sonnette qui annonçait le lever-Dieu. Dès que le motet fut fini, chacun félicita mon père : on parlait si haut que l’office aurait pu être interrompu si le maître de musique n’eût imposé le silence. J’aperçus dans ce moment ma bonne mère dans l’église ; elle essuyait ses larmes, et je ne pus retenir les miennes ». Plus tard, après la mue de sa voix, Grétry devint second violon à Saint Denis.
Les occasions de connaître et d’écouter la musique italienne ne manquaient pas à Liège au XVIIIème siècle. Les concerts donnés par les nombreuses troupes de passage permettaient de suivre presque au jour le jour l’évolution de l’art dramatique des romains, des napolitains et des vénitiens. Ainsi Grétry put entendre en 1752 la fameuse « Serva padrona » de Pergolèse qui avait déclenché à Paris, moins d’un an auparavant, la non moins fameuse « Querelle des Bouffons ».
Aussi, le désir d’aller continuer ses études en Italie se fit-il plus pressant. Après avoir réussi à convaincre les autorités de Saint Denis de l’utilité d’un perfectionnement en Italie, Grétry reçut l’autorisation de partir comme pensionnaire du collège Darchis à Rome. L’institution, qui existe encore aujourd’hui, aide financièrement les artistes et religieux qui désirent approfondir leurs connaissances en étudiant en Italie. Quelques musiciens liégeois en ont bénéficié depuis le XVIIIème siècle. Il séjourna donc en Italie de 1760 à 1767. Il y fit représenter un intermède, Les Vendangeuses, qui fut accueilli favorablement par le célèbre Piccini. Sur ces entrefaites, Grétry reçut alors de Liège une invitation à concourir pour une place de maître de chapelle devenue vacante. Un motet sur le psaume Confitebor tibi Domine, écrit à cette intention lui valut la place qu’il n’occupa jamais.
En quittant Rome, Grétry passe par Genève où il rencontre Voltaire qui le reçoit avec courtoisie et lui suggère de se rendre à Paris, « la seule ville où un homme de génie pût prendre la route qui conduit à l’immortalité ». En 1768, il est donc à Paris riche de projets, mais pauvre d’argent. Il recherche un poème à mettre en musique pour se présenter au public parisien. C’est « Les Mariages Samnites » sur un livret de Durosoy qui ouvre la série de ses 55 opéras. L’œuvre fut refusée à l’Opéra-comique, mais jouée sur l’ordre de Voltaire à l’Opéra. La médiocrité de l’œuvre, la négligence calculée des interprètes, des acteurs et des musiciens conduisirent Grétry à son premier échec. Mais d’autres œuvres allaient suivre. « Le Huron » et surtout « Lucille » furent de grands succès. C’est dans ce dernier opéra que se trouve le célèbre quatuor : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » que Vieuxtemps reprendra comme thème de son cinquième concerto pour violon. Ce morceau fit partie des six airs célèbres du XVIIIème siècle choisis pour être enregistrés dans la pendule à orgue de Marie-Antoinette. Grétry était ainsi projeté au premier rang des compositeurs français de l’Ancien Régime.
Vieuxtemps, Cinquième concerto pour violon. La mélodie de Grétry apparait après 58 secondes.
A suivre…
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Musiciens de chez nous, Musique | Commentaires (0) | Tags : grétry, année grétry, musique, liège |
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05 juillet 2012
Art du chant…
« Charles Gounod avait été invité à dîner chez des relations dont la fille apprenait le chant sous la direction d’un professeur fameux, que seul l’intérêt poussait à initier son élève.
Au dessert, la demoiselle chanta le plus bel air de son répertoire. Le papa guettait les impressions du compositeur. Comme celui-ci, après la performance, ne disait mot, surpris, il lui demanda :
- Qu’est-ce que vous pensez, maître ? Son professeur dit qu’elle ira loin.
Alors, Gounod, flegmatique répondit :
- Ah, oui ?... Et quand part-elle ? »
Armand Isnard, Le Dictionnaire des anecdotes historiques, Paris, 1993, cité par Jean-Pierre Thiollet, Piano ma non solo, Paris, Anagrame, Paris, 2012, p. 140.
Portrait de Charles Gounod. Huile sur toile, 1891.
Carolus-Duran était un grand ami du compositeur Charles Gounod (1818-1893), qui lui donne le manuscrit de son oratorio St-François d'Assise qu'il venait d'achever, lorsque le peintre exécute en 1891, le portrait du compositeur.
Le fameux air des bijoux du Faust de Gounod... l'air de la Castafiore, le Rossignol milanais cher à Tintin...
Et le tout aussi fameux air de la Reine de la Nuit de la Flûte enchantée de Mozart... bien dans l'esprit de la citation de Gounod... par Florence Foster Jenkins... un autre et bien curieux rossignol... pour ceux qui ne la connaitraient pas encore...!
"Florence Foster Jenkins est une soprano américaine née le 19 juillet 1868 à Wilkes-Barre et morte le 26 novembre 1944 à New York. Elle est célèbre pour son manque de justesse, son faible sens du rythme et son incapacité totale à chanter correctement.
À la mort de son père en 1909, Jenkins hérite d'une fortune qui lui permet d'entamer la carrière de cantatrice que ses parents et son ex-mari avaient découragée. Elle s'implique dans la vie musicale de Philadelphie, en fondant et finançant le Club Verdi, prend des cours de chant et commence à donner des récitals en 1912.
Certains prétendent que les 32 ans de sa carrière de cantatrice sont un canular élaboré, ce qui semble en contradiction avec d'autres avis alléguant que sa mort, après le concert du Carnegie Hall, est le résultat de la dérision dont elle fut l'objet de la part des critiques. Quoi qu'il en soit, aucune de ces deux théories ne peut être prouvée. Tout indique que Florence Foster Jenkins est morte avec le sentiment de plénitude heureuse et confiante avec laquelle elle traversa sa vie d'artiste." Wikipédia
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Citations, Sourions un peu! | Commentaires (2) | Tags : gounod, humour, chant, faust |
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04 juillet 2012
Nouvelle saison
Voilà, je vous l'annonçait hier, voici venu le temps de la publication des agendas pour les rendez-vous de la saison prochaine.
J'ai gardé la même présentation que celle de la saison dernière les agendas, classés par mois avec un simple clic sur le lien du mois désiré, sont plus faciles à manipuler et sont accessibles plus rapidement et plus clairement.
Toutes les informations que vous cherchez se trouvent donc dans le haut de la colonne de droite, juste en-dessous du calendrier, dans la section nommée « Rendez-vous ». Tous les agendas y sont classés par mois de septembre 2012 à juin 2013.
Il va sans dire que, pour ne pas alourdir la lecture des agendas, je n'ai pas indiqué les dates des cours de l'U3A qui se déroulent toutes les semaines de l'année académique les mêmes jours aux mêmes heures (les mercredis à 14H et les vendredis à 9H15). Seules les dates de reprise des cours sont donc indiquées.
De plus, pour les manifestations qui se dérouleront dans le cadre d'une organisation qui possède un site internet utile à consulter pour des informations supplémentaires, j'ai ajouté un lien direct vers l'organisateur en question. Son nom est alors écrit en jaune et vous pouvez cliquer dessus pour accéder à son site.
Exemple:
- Mercredi 23 janvier à 20H à l’Hôtel de Ville de Nivelles : Conférence : Bach, J-S., Concerto brandebourgeois n°5
Comme toujours, il est probable que quelques nouvelles dates soient ajoutées et que d'autres soient modifiées en cours de saison. Il va sans dire que les changements dans les agendas feront l'objet d'une annonce particulière que vous pourrez retrouver en cliquant régulièrement sur « Modifications agendas » juste en-dessous des mois.
Enfin, si vous désirez poster un commentaire et demander une information complémentaire, il faudra le faire sur ce billet-ci ou sur celui de la Modification des agendas. Pour éviter des commentaires inutiles ou inadaptés, je n'ai pas laissé la possibilité de poster un commentaire sur les différents mois. N'hésitez donc pas à me contacter par le biais de l'Agenda 2012-2013 ou directement par e-mail: Jean-Marc Onkelinx
J'espère de tout coeur que cette la présentation des agendas continuera à être bien pratique et utile. En attendant, c'est à vous de jouer en réservant, dès à présent, les dates qui vous intéressent. J'espère vous retrouver très nombreux lors de toutes ces manifestations et je vous remercie encore pour votre fidélité.
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité | Commentaires (0) | Tags : agendas 2012-2013, nouvelle saison, jean-marc onkelinx, conférences |
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03 juillet 2012
Mode été
Comme chaque année à pareille époque, le blog se met lui aussi en vacances. Et si ce ne sont pas encore les vrais congés, on sent poindre tout doucement un air d’été. Vous aussi d’ailleurs, chers lecteurs, vous vous faites plus rares sur le blog. La fréquentation est en baisse de manière significative depuis presque deux semaines déjà… quoi de plus normal au moment où les activités extérieures et les voyages intérieurs et extérieurs prennent le pas sur le quotidien de l’année.
Mais se mettre en mode été ne veut pas dire absence de billets, bien au contraire. Certes, ils seront plus courts, parfois plus espacés, ils seront aussi de simples correspondances entre les arts ou des billets d’humeur, j’en ai quelques uns en réserve, parfois des citations ou des extraits de musique… peu de textes longs et approfondis… si ce n’est l’une ou l’autre republication de billets déjà anciens et un peu oubliés. Et puis… je ne sais pas encore… on verra bien !
Mais avant cela, il me faut encore publier les nouveaux agendas pour la saison 2012-13 que certains d’entre vous me réclament depuis longtemps déjà. Ils seront en ligne avant la fin de cette semaine si tout va bien et vous pourrez, les plus prévoyants d’entre vous, déjà réserver les dates des conférences, concerts commentés et autres séminaires et cours que vous ne voulez pas rater.
Votre fidélité aux diverses manifestations où je suis impliqué me touche énormément et m’encourage à poursuivre toujours le même but, partager avec passion une attitude face à la musique, à l’art, à l’être humain qui cherche non pas l’érudition gratuite et sèche, mais le ressenti, la tolérance et l’ouverture d’esprit. L’art est le reflet de nous-mêmes et pour en saisir l’essence, il nous faut aller vers l’autre, l’artiste, certes, son œuvre, bien sûr, mais aussi et surtout vers celui qui est notre semblable et qui pourtant peut être si différent. Car je suis persuadé que l’art peut nous rendre meilleur.
Votre présence massive sur le blog révèle que même par l’écrit et le web, il est tout à fait possible de transmettre, du moins en partie, ces idées là. Dans le courant de ce mois-ci, le compteur de visites va dépasser le million de visiteurs… ! Je ne l’aurais jamais cru il y a quatre ans et demi lorsque j’ai commencé cette aventure. Si le nombre de visiteur n’est pas ma préoccupation première et si je suis conscient de l’approximation de ces chiffres, je suis tout de même très heureux de ce résultat prouvant que les lecteurs de nombreux pays trouvent, au moins en partie, du plaisir à lire mes billets. Phénomène étrange sur lequel je n’aurais jamais parié au début du blog, les billets les plus personnels sont les plus lus. Je m’en réjouis. Souci de l’être humain pour l’être humain… formidable pari sur l’humanité du monde.
Enfin, et c’est peut-être là l’essentiel, cet exercice continu du billet presque quotidien m’a appris une nouvelle discipline. Je n’ai jamais eu de vrai problème avec l’abondance de travail, vous le savez, mais écrire un blog régulier demande un exercice d’imagination (que vais-je écrire ?), de sélection du sujet (est-ce un sujet adapté à l’esprit du blog ? au moment de publication ?), de complexité du sujet en phase avec ce qu’un blog peut proposer, d’opportunité,… et surtout d’esprit de synthèse qui ne m’est pas toujours naturel… Bref, avec le blog, je travaille sur moi-même et j’en retire de nombreuses leçons… d’humilité…
J’emploie ce terme après l'avoir lu chez Xavier Parent, sur son formidable blog, et apprécié cette manière d’approcher le mot vers laquelle j’ai envie de tendre. Je me permets de le citer :
« Le mot humilité prend sa racine dans le mot humus (terre). Cela veut dire que l'homme humble a les pieds sur terre, il a une conscience profonde de sa juste place au milieu des autres et de l'univers, il sait que tout ne dépend pas de lui et qu'il doit aussi compter sur les autres. L'humilité est à l'opposé de l'orgueil, de l'arrogance, de l'égocentrisme, du narcissisme. L'humilité consiste toujours à donner une place à l'autre, à l'Autre. C'est le contraire de l'autosuffisance. » (Xavier Parent)
… Je cherche de tout cœur à y parvenir un tout petit peu mieux chaque jour… Mais c’est l’affaire d’une vie… au moins!
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Actualité, Général | Commentaires (2) | Tags : blog, été, billet, jmomusique, jean-marc onkelinx |
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