• Rachmaninov



    Au moment où l’Orchestre philharmonique royal de Liège s’apprête à nous offrir un Festival Serge Rachmaninov étalé sur deux week-end et quelques jours de semaine et à nous combler d’extraordinaires pianistes (Nelson Goerner, Claire-Marie Le Guay, Benedetto Lupo et Bertrand Chamayou), de récitals, de concertos et de poèmes symphoniques, le tout mené par le chef passionné George Pehlivanian, je me demande combien de temps encore il faudra lutter pour faire admettre aux esprits chagrins que sa musique n’a rien de sirupeux, de démodé, d’obsolète, d’anachronique ou de vulgaire. La musique de Rachmaninov bouleverse l’âme et le cœur. N’est-ce pas là la première qualité de l’art et de la musique? Pourquoi donc  toujours ce vieux combat d’arrière-garde qui consiste à snober l’art d’un homme qui pourtant parle vrai et sincère ? Et puis, y a-t-il un embarrassant privilège à avoir été acclamé sans réserve par un large public ? Seraient-ce là de vieilles manies dogmatiques ou élitistes ?

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    C’est vrai qu’au moment où une part des génies musicaux se séparaient de leur public en leur proposant un propos parfois trop complexe, Rachmaninov, continuait à s’adresser à chacun en alliant une rare maîtrise du piano, un talent orchestral encore trop méconnu et une profondeur existentielle unique. Ainsi, il a toujours été pris à parti par des critiques de mauvaise foi rivalisant d’arguments douteux pour affirmer le côté maladroit ou mal construit de sa musique… ! Étrange et suspect… quand ce sont les mêmes arguments qui permettent l’éloge ou la critique acerbe.


     




    Rachmaninov s’exprime lui-même avec force pour affirmer le but premier de sa musique : « Qu’est-ce que la musique ? Comment la définir ? La musique est une calme nuit au clair de lune, un bruissement de feuillage en été. La musique est un lointain carillon au crépuscule ! La musique vient droit du cœur et ne parle qu’au cœur ; elle est Amour ! La sœur de la musique est la poésie et sa mère est le chagrin » (1932).

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    Rachmaninov à la Villa Senar



    Ainsi, en paraphrasant Beethoven, qui ne disait pas autre chose, il n’est pas possible d’être plus clair. La musique doit toucher au plus profond du cœur. L’héritage est donc essentiellement romantique. Un compositeur romantique qui vit en plein XXème siècle, à une époque où l’esthétique occidentale a subit les plus grandes mutations. Bartók, Stravinsky, Schoenberg, la Seconde École de Vienne, …, autant de modernités qui éclipsent, chez les théoriciens, du moins, les grandes envolées lyriques d’un Richard Strauss, la dramaturgie de Chostakovitch, les recherches expressives Honegger, les fantaisies de Martinu et le lyrisme de Rachmaninov. Jusqu’il y a peu, certains historiens, musicologues ou professeurs allaient jusqu’à refuser le statut de musicien à qui n’adhérait pas aux techniques atonales… ! Ainsi, une bonne part des musiciens et des musicologues sont passés à côté de ces grands génies de la musique… sans les voir… !

    Heureusement, aujourd’hui, à l’exception de quelques irréductibles, on comprend que Rachmaninov, ce Russe émigré, ne pouvait être qu’un chantre nostalgique. On reconnaît que la psychologie toute particulière de cet homme ne pouvait que générer des œuvres fortes émotionnellement et relier le XXème siècle à la musique russe de ses maîtres Rubinstein et Tchaïkovski. Il faut dire que d’autres ont fait les frais de la même croyance stupide qu’un grand pianiste ne pouvait pas aussi être un grand créateur. La redécouverte progressive de Franz Liszt, dont on est loin d’avoir fait le tour, semble démontrer, là aussi, une grave erreur de jugement des hommes.

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    Et pour anticiper et/ou prolonger, venez nous rejoindre également pour la séance « Écouter la musique » consacrée au fameux Deuxième concerto pour piano. Je me ferai le plus grand plaisir de présenter l’œuvre et son contexte en quelques mots et de participer à l’écoute à l’aveugle en compagnie de Bertrand Chamayou et de Jean-Pierre Rousseau… Une bonne manière de mesurer la diversité des émotions de cette formidable musique.

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