• Tournedos!

    Quelques sourires musicaux pour terminer la semaine... Je revenais hier, dans une conférence à la Fnac de Liège, sur Guillaume Tell de G. Rossini, le dernier opéra du maître et l'un de ses ouvrages les plus aboutis... écrit dans un style si différent du reste de sa production... l'occasion également de souligner que le bonhomme était rempli non seulement d'une capacité à se renouveler constamment et d'un sens de l'humour peu ordinaire... Florilège...!

    Les anecdotes ne manquent pas lorsqu’il s’agit de démonter la capacité exceptionnelle qu’avait Gioacchino Rossini de composer rapidement un opéra. Quand on sait que le célèbre Barbier de Séville a été composé en quelques jour seulement, on est reste stupéfait d’un tel sens inné de l’art lyrique, du belcanto et de l’agencement théâtral. 

     

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    Gioacchino Rossini (1792-1868)

     

    Stendhal qui nous a gratifié des premiers écrits pertinents sur le Maître de Pesaro dans sa Vie de Rossini, relate, dans son chapitre consacré à Tancredi l’anecdote suivante : « En Lombardie, tous les dîners, celui du plus grand seigneur comme celui du plus petit maestro, commencent invariablement par un plat de riz ; et comme on aime le riz fort peu cuit, quatre minutes avant de servir, le cuisinier fait toujours poser cette question importante : bisogna mettere i risi ? (Dois-je mettre le riz ?)


    Comme Rossini rentrait chez lui désespéré, le cameriere (serveur) lui posa la question ordinaire ; on mit le riz au feu, et avant qu’il fût prêt Rossini avait fini l’air « Di tanti palpiti » (Autant de battements de cœur). Le nom d’aria dei risi (l’air du riz) rappelle qu’il a été fait en un instant.

     

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    Et pourtant, si le compositeur véhicule, dans ses oeuvres, l'alpha et l'oméga de sa vision du monde, on aime se régaler à l'idée que le Maestro ait été très ouvert aux plaisirs de la vie, la rigolade, l'humour ou la paresse. Ainsi, parmi les bons vivants, Rossini figure toujours en bonne place... à la première, peut-être même! Les anecdotes ne manquent pas à son sujet. Alors, entre sarcasme, paresse, gastronomie et gourmandise...

     

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    On peut à ce sujet citer l'anecdote suivante: jouant un jour, au piano, une partition  justement de Richard Wagner, Rossini n'en tirait que des sons cacophoniques; un de ses élèves, s'approchant, lui dit: «Maestro, vous tenez la partition à l'envers!», ce à quoi Rossini répondit: «J'ai essayé en la mettant dans l'autre sens: c'était pire!»

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    Une autre anecdote, largement répandue dans les milieux musicaux et devenue légendaire: Rossini avait pris l'habitude de composer dans son lit. Lors de l'écriture d'un Prélude pour piano, il laissa tomber sa partition. Plutôt que de se lever pour la ramasser, il décida d'en recommencer un autre.

    Le tournedos Rossini est composé d'un médaillon de filet de bœuf (tournedos) de trois centimètres d'épaisseur, poêlé une minute de chaque côté, salé, poivré et déposé sur une tranche de pain de même dimension également dorée au beurre, surmonté d'une escalope de foie gras saisie quinze secondes à la poêle très chaude et de trois lamelles de truffe. La sauce est préparée avec les sucs de cuisson déglacés au vin de Madère et des truffes râpées.

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    Selon le Larousse gastronomique, «[…] l'origine du tournedos est liée à l'apprêt commandé par Rossini (au foie gras et aux truffes), si surprenant aux yeux du maître d'hôtel de l'époque que celui-ci fit passer le plat «dans le dos» des convives.» Souhaitant que la préparation se fit dans la salle à manger pour qu'il puisse l'observer, Rossini aurait répondu à l'étonnement du cuisinier: «Eh bien, faites-le tourné de l'autre côté, tournez-moi le dos!» Le filet de bœuf aurait ainsi pris de nom de tournedos. Pour certains chroniqueurs, c'est Casimir Moisson, le chef du restaurant de la Maison dorée qui aurait créé ce plat pour le compositeur qui était un habitué. Pour d'autres, Marie-Antoine Carème, ami de Rossini et l’une des plus grandes toques de l'époque, en serait à l'origine.

    On raconte également que Rossini aurait pleuré trois fois dans sa vie: lors de l'échec de son premier opéra, au cours d'une promenade en bateau lorsqu'une dinde truffée tomba malencontreusement à l'eau, et enfin lorsqu'il entendit pour la première fois Niccolo Paganini.

    Bon week-end à tous!

     

     

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