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    Le mois de mai est, en Belgique, un peu le printemps de la musique. Chaque année, le Concours musical Reine Élisabeth de Belgique occupe les mélomanes amateurs de joutes vocales ou instrumentales, ce que je ne suis pas tout à fait. Vous me rétorquerez que je viens de présider le jury du Concours de piano de Liège et ceux qui me connaissent savent que je suivrai, autant que mon emploi du temps me le permettra, les prestations des chanteurs de cette session. Ce paradoxe demande une petite explication.

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    Tous les finalistes et le jury du Concours de piano de Liège, session 2014, dans la belle Salle académique de l'Université de Liège.



    Ce qui m'intéresse au plus haut point dans le phénomène des concours n'est pas la joute en elle-même. Elle me laisserait même assez indifférent. Par contre, en tant que spectateur, j'aime écouter ces musiciens qui, en direct, se frottent à des répertoires (trop) divers avec des bonheurs certes souvent relatifs, mais surtout avec passion. Observer leur technique, le style qu'ils développent pour chaque aspect de leur prestation, la maturité des choix de répertoire et la justesse de ceux-ci en rapport avec leur personnalité, l'émotion qui les habite (ou pas!), la complicité qu'ils peuvent tisser avec les accompagnateurs (pianistes ou chefs et orchestre), la manière d'aborder le public,… tout cela suscite en moi de nombreuses réflexions d'ordre purement technique et esthétique qui m'enrichissent à chaque fois.

     

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    Je m'oblige alors à écouter avec tous les paramètres qui sont à ma disposition… non pas pour juger, ce n'est pas mon rôle, même s'il est impossible de ne pas avoir d'avis, mais pour acquérir plus de ressenti de la musique. Car bien souvent, j'ai une idée très précise de la manière dont, si j'en avais les moyens, j'interpréterais moi-même les morceaux. Me confronter à cette extraordinaire diversité, c'est aussi revoir mon approche et mes convictions. Ne jamais refuser une interprétation, c'est se remettre soi-même en cause et faire acte d'humilité envers non seulement la musique elle-même, mais aussi la manière dont les musiciens l'abordent et l'interprètent. Dans cet esprit, on apprend énormément des concours… (comme d'ailleurs, de chaque concert ou enregistrement) et peu importe le propos de ceux qui commentent et croient posséder la science infuse… qui n'existe que chez ceux qui manquent de modestie.

     

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    Silviu Dumitrache saluant le public.

     



    Car justement, mon expérience de président de jury m'a montré toute la bienveillance des jurys qui, loin de juger, font preuve d'une extraordinaire compréhension de ce qui se passe devant eux. Ces pianistes, présents au récent Concours de piano de Liège et très prestigieux (Mikhaïl Faerman, Boyan Vodenitcharov, François Thiry, Jean-Philippe Collard-Neven et Jean Müller), peuvent s'enorgueillir d'une carrière exceptionnelle comme concertistes et pédagogues. Plusieurs font d'ailleurs partie du jury du CMIREB.

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    Silviu Dumitrache, premier prix de la catégorie D, saluant le jury.

     

    Sans rien dévoiler des délibérations, ni des coulisses, j'ai été formidablement impressionné par leur bienveillance et leur humanité. Ils ont su non seulement repérer les musiciens les plus accomplis du concours, mais ils ont surtout évité le moindre commentaire désobligeant, privilégiant toujours l'aspect positif des concurrents. En ce sens, le classement s'est naturellement orienté vers une logique musicale tenant compte de la performance, de l'émotion qui s'en est dégagée et, parfois, d'un pari sur l'avenir de ces jeunes talents. Tout cela a confirmé un fait essentiel que je défends depuis de nombreuses années au contact des grands interprètes. Le grand musicien transpire la modestie et l’humilité!

    Ce fut pour moi une expérience inoubliable et très formatrice faite de ces rencontres avec ces grands musiciens et ces formidables jeunes pianistes. Et tous, classés ou non, sont à féliciter chaleureusement car il s'agit là d'un vrai défi. Oser se présenter ainsi devant un public, dont on sait qu'il épie le moindre geste du candidat, et devant un jury prestigieux qui devra, d'une manière ou d'une autre, établir un classement, ce n'est pas rien! C'est pourquoi il me fallait aujourd'hui rendre hommage à tous les participants de ce Concours de piano de Liège, session 2014, qui, à défaut d'être tous des musiciens accomplis, m'ont ému quand ils ne m'ont pas bouleversé!... Une expérience humaine exceptionnelle!

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    Les finalistes du CMIREB Chant 2014



    Quant au finalistes du CMIREB… un seul mot… prenez du plaisir à la musique et partagez-le avec nous, c'est le meilleur cadeau que vous pourrez nous offrir!


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