• Littérature de l’art

     

    Superbe ouvrage que celui de Pierre Sterckx consacré aux « Plus beaux textes de l’histoire de l’art » et publié par les éditions Beaux Arts. Il consiste en une démarche originale de citation et de commentaire de textes choisis parmi les grands auteurs de la littérature, de l’esthétique, de la philosophie ou de la critique d’art. Le premier but semble consister à présenter des œuvres de chaque époque, depuis les célèbres peintures des grottes de Lascaux jusqu’aux dessins de Cy Twombly sous l’angle d’un commentateur avisé. Ce dernier, tour à tour poétique, critique ou, tout simplement passionné, nous montre une véritable histoire de la perception des œuvres et une ébauche de la critique artistique.


     

    Grotte de Lascaux
     Grottes de Lascaux


    Ainsi, on peut découvrir Diderot dévoilant Chardin, Zola et Mallarmé défendant Manet, Rilke rendant hommage à Rodin, et beaucoup d’autres textes qui nous permettent d’entrer autrement les œuvres d’art que nous croyons connaître depuis très longtemps. La perception des ces artistes, car la qualité des textes littéraires est exceptionnelle, révèle une perception unique qui est celle de l’auteur du texte et démontre que notre vision de l’art peut être remise en cause par des propos auxquels nous n’aurions jamais pensé.


     


    cy-twombly-1-Untitled_1970

    Cy Twombly, Sans titre, 1970


    Pierre Sterckx, qui s’est imposé comme l’un des plus grands critiques d’art belges de notre époque (auteur  entre autres du superbe ouvrage : Les 50 géants de l’art américain), s’en explique dans une introduction à l’ouvrage titrée : « Pour une poétique critique ». 

    « Cet ouvrage n’a pas été conçu d’abord à partir de textes. Il a trouvé sa première naissance dans divers chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art. Ce furent d’abord des images, de pures excitations sensorielles qui, pendant des temps variables, attendirent leurs écrits. Par exemple, j’ai vu des tableaux de Twombly en 1968 mais n’ai lu le texte de Barthes que vingt ans plus tard. En bref, on pourrait dire qu’il s’agit d’une sorte de saut à l’élastique entre l’émotion et le sens. Tout métadiscours ayant été écarté, n’ont été retenus que les essais littéraires qui auront donné une équivalence juste du visible dont ils parlent. Aucun des textes choisis ne tente d’expliquer la peinture. Ce sont des écrits d’entrelacements avec elle ».


     

    Sterckx, Pierre, Textes


    Cependant, le choix des textes n’est pas seulement limité à leur beauté intrinsèque. Il s’agit aussi de montrer qu’il y a mille façons d’écrire sur l’art, et, en conséquence, d’en dévoiler l’évolution. Depuis Diderot, on sait que la critique d’art ne peut exister sans un public amené à la fréquentation des œuvres et à la lecture des textes critiques qui en parlent. Observer les transformations du langage sur l’art, c’est aussi assister à l’évolution des goûts d’un public de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, le domaine de l’art n’est plus réservé aux spécialistes et les infrastructures muséales sont là pour faire profiter le plus grand nombre des riches collections du passé et du présent. Le discours inspiré par l’art change en conséquence et s’adapte aux publics. Et même s’il y aura toujours des textes théoriques spécialisés, ce que le public attend, dans une large mesure, c’est non seulement une explication de l’œuvre en présence, mais aussi une évocation lui permettant de jeter des ponts entre la perception de chaque spectateur et celle de ces grands personnages de la littérature. Ce livre, en s’occupant de ce dernier aspect seulement, fait rêver, déclenche en nous un imaginaire insoupçonné et permet vraiment de développer une nouvelle sensibilité face aux œuvres souvent regardées.


     

    Léonard de Vinci, Joconde

     

    Ainsi, je reste très impressionné par le commentaire que Daniel Arasse, spécialiste de la Renaissance italienne, fait de la célébrissime Joconde de Léonard de Vinci en lui attribuant un rôle de représentation temporelle de l’éphémère et de la métamorphose, non seulement par le fameux sourire qui a fait couler tant d’encre que par l’examen minutieux du paysage d’arrière plan qu’il met en rapport avec les travaux cartographique du grand Léonard. Il permet ainsi de renouveler l’émotion qui nous gagne dès que nous observons Mona Lisa et surtout, de comprendre pourquoi nous sommes si émerveillés par un « simple portrait ».

    … Un livre à découvrir et à méditer…

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