Ça balance classique - Page 4

  • La Guerre

     

    La Guerre est l’œuvre d’un homme qui a connu de plein fouet les horreurs du conflit de 1914. Otto Dix (1891-1969) a passé quatre ans au front et a été victime de cinq blessures. Entre deux assauts, il dessinait son quotidien tout en signant de nombreux autoportraits.

    Mais il n’exécute son témoignage essentiel et monumental qu’au terme des combats, dans les années 1920. Après avoir élaboré La Tranchée, tableau aujourd’hui perdu qui représentait un abominable charnier et fit scandale, il poussa plus loin encore son projet dans La Guerre, triptyque gigantesque construit sur un modèle qui rappelle les œuvres de la Renaissance d’Altdorfer, de Grünewald et de Holbein.

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    Otto Dix, Der Krieg, 1932

    Otto Dix se débarrasse de deux traditions tenaces de l’art militaire : il évacue à la fois la teneur épique et l’allégorique. Il cherche un rendu sans compromis, digne du document photographique et du récit littéraire. Ainsi, il est l’un des seuls peintres qui représentent de la sorte l’insoutenable, les cadavres mutilés, déchiquetés, empalés, brûlés, défigurés.

    Toutefois, dans cette fange atroce, il subsiste, sans emphase et sans héroïsme pompeux, un vrai geste de bravoure. Sur le volet droit en effet, un soldat, sur un fond de tourbillon rougeoyant, traîne un camarade avec lui pour le sauver. Il s’agit en fait de l’effigie de Dix lui-même, éclair d’humanité dans un monde qui a perdu la sienne.*

    Guillaume Auvray (né en 1990) est un jeune compositeur belge. Étudiant aux Conservatoires de Liège et de Maastricht, il est le premier lauréat de la première session de Ça balance classique, programme d'accompagnement de la Province de Liège pour les jeunes compositeurs classiques de nos régions. C'est à lui que la Coopération musicale de la Grande Région avait commandé une œuvre pour la tournée de l'Orchestre de la Grande Région, en automne dernier, série de concerts, dont un à la Salle philharmonique de Liège, placés sous le signe de l'hommage aux victimes de la "Grande Guerre". Le résultat est saisissant. Der Kreis (Le Cercle), s'inspire du tableau d'Otto Dix décrit ci-dessus.

     

    L’œuvre de Guillaume est absolument tragique et magnifique dans sa conception rhétorique comme dans son orchestration. Le drame qui accompagne la pièce n’exclut pas la libération lumineuse finale, une touche d’espoir, présente, elle aussi chez le peintre, bien que plus nuancée. 

     

     

    Sorte de Concerto pour violoncelle et orchestre, la pièce offre à la jeune violoncelliste Leonor Swyngedouw, étudiante, elle aussi à Liège, l’opportunité d’habiter cette pièce des émotions les plus intenses… À (re)découvrir absolument!

     

    D'après M. Marozeau et M. De Sainte-Croix, Un pinceau dans les tranchées, éditions de La Martinière, Paris, 2012, p.214.

     

     

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