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  • L'Intranquilité et la Passion!

    Je n’aurais jamais cru qu’il me faudrait prendre la plume et revenir, sur mon blog, sur un petit message posté il y a quelques jours sur Facebook. Le fait est en soi très banal, mais ne cesse de m’étonner. Ressentant une simple impression de malaise face à l’emploi frénétique d’un jeu virtuel sur smartphone et une interrogation, à mon sens toute légitime, sur les raisons qui poussent des cohortes de jeunes gens (et quelques moins jeunes, il est vrai) à vivre dans une réalité augmentée, j'y indiquais mon "intranquilité" (le terme est de F. Pessoa) face à ce phénomène qui, s'il n’est pas nouveau (je ne reviens pas ici sur l’Histoire des Geeks) peut témoigner d'une faille dans nos modèles sociétaux. Comment, en effet, ne pas s'étonner de voir les jeux de "réalité augmentée" s'inviter inopinément dans des endroits aussi inadéquats... que, par exemple, au camp d'extermination d'Auschwitz?

    Mais le problème est moins l’inquiétude dont on fait part sur un réseau social que l’usage qu’en font les lecteurs. Dans les commentaires qui ont suivis, tout a été dit… et c’est d’ailleurs le propre de ces réseaux, c’est de déclencher des « conversations ». Malheureusement, au-delà des nombreux commentaires circonstanciés et respectueux, se trouvent aussi ceux qui dévient de l’idée du message original. J’ai d’ailleurs dû supprimer une conversation qui tournait mal… et lorsqu’on arrive dans les derniers commentaires, on s’aperçoit qu’ils ne traitent plus du tout de l’idée du post lui-même, comme si le message initial n’avait pas été lu, compris et entendu sur ce qu’il signifie et rien d’autre.

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    Faut-il rappeler que je n’ai évidemment rien contre les jeux, ni contre les divertissements, ni contre les évasions, ni contre les smartphones, ni contre l'informatique, ni contre les jeunes, ni contre la société, ni contre les différences et les ressemblances de chacun, ni, encore, contre les avis contradictoires, ni les débats,… ? Non, ce que je n’aime pas du tout, c’est l’excès, toujours dangereux,… qu’il se trouve dans le comportement que j’évoque dans le post ou dans les conversations qui en découlent. Ces dernières sont d’ailleurs la preuve que le message d’origine n’a pas été lu et réfléchi à sa juste valeur ! Voici donc, pour remettre les choses dans leur juste perspective, un long texte que j’ai déjà publié ici mais que j’estime devoir vous redonner à lire car il explique le SEUL esprit qui m’anime. On peut être d’accord avec ce point de vue ou pas… c’est une évidence, mais c’est le mien et rien ne me fera changer d’avis. Il explique en quoi l’art et la musique, par exemple, sont un patrimoine qui va bien au-delà d’une simple évasion et qui sont les jalons de la pensée humaine. Alors, si vous voulez bien me faire l'honneur de lire ce texte jusqu'au bout, vous comprendrez sans doute les vraies raisons de mon inquiétude. Je vous en remercie sincèrement!

     

    Ô Amis, pas ces sons !
    Laissez-nous en entonner de plus agréables
    et de plus joyeux !


    Schiller/ Beethoven, Hymne à la Joie


    Je suis un passionné ! Je n’ai jamais été moralisateur… et bien souvent, je doute de ma propre morale. Il n’est donc pas en mon pouvoir de vous donner quelque leçon que ce soit, c’est dit ! Pourtant, il m’arrive assez souvent, et sans doute plus fréquemment ces derniers temps, de m’autoriser certains parallèles entre le monde que nous vivons dans le présent et celui que je tente de ranimer par l’étude de la musique et de son langage. Comment en serait-il autrement ? La musique et l’art ne seraient que de simples divertissements où aucune ampleur existentielle ne serait recevable ? Certains l’ont cru… ils le croient encore !


    Comment imaginer qu’un artiste ait donné tant de lui-même dans une composition musicale, dans la réalisation d’une toile, dans un poème ou dans toute autre forme d’art sans s’y impliquer ? Cela signifierait que l’art n’est qu’anecdote et, à vrai dire, au-delà de son côté plaisant, un objet de peu d’intérêt. Cela serait aussi le signe que les musées, les expositions ou les salles de concert ne sont enfin que des endroits fréquentés par des gens dont la nature profonde serait de se complaire dans un simple divertissement. Tout cela, je crois, est faux, mais révèle un problème fondamental de nos sociétés, la disparition progressive de la notion de culture.

    Lorsqu’on n’a plus de culture, la première conséquence est de pas comprendre ce qu’elle est. Il est évidemment bien plus reposant de considérer que l’art est un simple agrément de la vie. Cela demande moins d’effort, moins d’implication… et moins de conscience de notre passé. Car tenter de comprendre l’art est un effort, un apprentissage long, complexe, et qui implique, pour l’Homme, une remise en question quotidienne. C’est prendre un chemin initiatique dont la passion, dans tous les sens du terme, est le meilleur guide.

    Écouter de la musique ou contempler une toile de maître n’est pas toujours une démarche rapide. Le monde actuel aime la consommation immédiate et, avec elle, la réduction minimale des idées… surtout ne pas trop expliquer, ne pas risquer d’ennuyer. Il ne faut pas devoir trop lire, ni trop s’informer… Et on a fini par croire que la culture était superflue pour comprendre l’art… et tout le reste d’ailleurs ! C’est un leurre ! Je ne nie absolument pas le plaisir spontané et esthétique que l’on ressent devant une œuvre que l’on ne connaît pas, mais je doute de notre capacité à en comprendre d’emblée tout le sens, tout ce qu’elle a représenté pour l’artiste et tout le message qu’il a voulu y transmettre passionnément.

    Je ne vante pas l’érudition puisqu’elle non plus ne sert à rien si elle ne se double pas d’une capacité à comprendre et d’une disponibilité de l’émotion. Car l’intelligence, c’est la compréhension des choses (intelligere, en latin, signifie comprendre, saisir par la pensée, discerner et concevoir). Et l’émotion, la passion, comme l’érudition en sont les outils, jamais les buts.

    Dans l’Antiquité grecque, à l’origine de notre civilisation, l’évidence était bien celle-là. La locution Kalós kai Agathós (ou dans sa forme abrégée καλὸς κἀγαθός : beau et bon), désignait l’idéal du beau geste ou de la belle pensée qui ne pouvait qu’être bonne. Beau et bon sont donc deux adjectifs indissociables qui concourent à unir la beauté et l’efficacité pour créer… le Vrai ! Et le Vrai est sans doute ce dont l’Homme a le plus besoin. Ajoutons-y l’émotion et on approche une attitude idéale… non pas comme une posture, mais comme un mode de vie, une manière d’être.

    Tout est en fait beaucoup plus simple qu’on ne le croit. Voltaire affirmait qu’une civilisation, c’est ce qui se souvient. Or si nous voulons nous souvenir, nous devons examiner l’Histoire… non pas pour la mémoriser, non ! pour la comprendre ! Comprendre les causes et comprendre les effets, en reconnaître les enjeux… c’est bien plus passionnant et porteur d’intelligence que de retenir vaguement quelques dates dont on ne sait rien des « avant » et des « après ». Ce ne sont pas les dates qui comptent. Elles s’apprennent aisément lorsqu’on en comprend le sens.

    Savoir qui on est, reconnaître en nous une identité, cela passe inévitablement par la connaissance de notre passé. Qu’on le veuille ou non, il n’y a pas de génération spontanée, nous sommes toujours le résultat de la société, de la pensée, des actes, des spiritualités de ceux qui nous ont précédés. Cela ne signifie pas que nous devons agir comme eux, bien sûr, cela explique simplement notre évolution. Pour préparer le futur, comprenons notre passé. C’est vite dit, j’en conviens et la tâche est lourde !

    Mais ce n’est pas tout ! Nous gagnerions à associer à la compréhension de l’Histoire, la force de l’émotion. Là où elle se trouve, l’émotion, c’est dans l’art ! Car ce sont les artistes qui s’expriment avec émotion et qui parlent d’eux-mêmes, de leurs questionnements. Ils les expriment avec l’esprit de leur temps, avec l’état de leurs connaissances et leurs usages. Pourtant, leurs émotions et leurs passions sont presque toujours communes avec les nôtres. Les questions existentielles n’ont pas changé avec le temps, elles se sont certes nuancées par l’évolution des sociétés et les réponses apportées peuvent varier, forcément, d’une époque à l’autre. Mais dans le fond, l’Homme se pose toujours les mêmes questions. Les redécouvrir dans leur vérité, aller vers elles et ce n’est pas seulement s’en divertir, c’est surtout SE SOUVENIR AVEC ÉMOTION! Tout ce que vous entendez ici, ce soir, a été écrit avec passion par des compositeurs passionnés et est interprété par des musiciens et des chanteurs passionnés… Se rappellent à nous, à travers ces musiques, ces Passions de Chœur, la déclinaison la plus riche des émotions. La musique est mémoire ! Orphée, l’incarnation des pouvoirs de la musique, est, ne l’oublions pas, le petit-fils de Mnémosyne, la mémoire, collective et individuelle.

    L’art est un socle essentiel de la construction de notre humanité. C’est d’ailleurs pour cela que les dictatures et les terroristes s’acharnent à détruire les œuvres, traces d’un passé dont ils ne veulent pas qu’on se souvienne. La barbarie en est le résultat le plus odieux. Alors, ne tenir aucun compte de notre passé ou le renier ne nous rendra pas plus tolérant. C’est en sachant qui l’on est, c’est en vivant l’émotion que nous comprendrons mieux l’autre. Écarter l’art de notre vie nous fermera les horizons et nous rendra dépendants et fragiles. L’oubli ouvrira la porte d’un nouvel absolutisme, celui de la consommation aveugle. N’oublions pas, ne renions pas ce que nous sommes. Mais gardons un esprit critique sur nous-mêmes et nos pratiques. Et pour être critique, il faut d’abord être informé… cultivé ! Mille exemples montrent que beaucoup commentent, critiquent et louent ou insultent ceux et ce qu’ils ne connaissent pas. Il n’en ressort que calomnie, injustice et intolérance. L’observateur passionné et bienveillant ne génère jamais de repli identitaire. C’est l’absence de culture qui le suscite.

    Nos forces et nos faiblesses sont autant de leçons de vie. Elles génèrent, j’ose l’espérer dans ma naïve candeur et ma passion, les rudiments de la tolérance, elle-même prémisse à l’empathie. Car il est illusoire et déplacé, dans le monde multiculturel d’aujourd’hui, d’exiger que l’autre soit un double de nous-même. Les frontières ne sont plus tenables, l’actualité le démontre tous les jours. Le monde est cosmopolite et la géopolitique très complexe. L’un et l’autre mettent en présence des civilisations très différentes les unes des autres. La circulation des Hommes et les flux migratoires nous obligent donc à revoir nos points de vue. Mais ce n’est pas en reniant ce que nous sommes que nous vivrons mieux avec les autres, c’est en respectant ce qu’ils sont… comme ils respecteront ce que nous sommes… encore la tolérance !

    L’approche passionnée et intensive de l’art et de la musique m’a appris un peu de l’Humanité. Ce qui est véhiculé à travers l’art des peuples, c’est l’existence et l’émotion la plus forte sublimée par le génie humain. L’Art est notre bien le plus précieux ! Alors, souvenons-nous de la sagesse antique, appliquons encore une fois l’idiome Kalós kai Agathós, nous approcherons peut-être du Vrai, passeport vers l’empathie, elle-même synonyme d’Amour et de symphonie au vrai sens du terme « sonner ensemble » ! Allez Maestro, faites-nous encore un peu sentir, à travers la musique et le chant, l’essence du monde, celle de la Joie et de l’Harmonie que Schiller et Beethoven espèrent tant dans leur fameux Hymne. Car, enfin, la Joie et l’Harmonie, c’est ce à quoi nous aspirons tous !

     

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