Musique - Page 5

  • Un bergamasque à l’opéra…

    La majorité des commentateurs a souvent mis en évidence la parenté qui unit les drames lyriques de Gaetano Donizetti. Pour l'observateur distrait et partisan, ils témoignent même d'une drastique réduction de la musique au profit du belcanto. La critique du passé a voulu ainsi, au-delà de la fièvre créatrice qui conduit le compositeur à produire plus de 70 œuvres, réduire toutes les données opératiques au seul belcanto désormais érigé en maître tout puissant… pour la plus grande gloire des virtuoses des scènes, les Rubini, Pasta, Lind et autre Malibran. Le musicographe François Labie n'hésite pas à affirmer: "Entendre un opéra dramatique de Donizetti, c'est les avoir tous entendus; en revanche, chaque nouvelle audition peut apporter à l'amateur de voix les mêmes plaisirs complets et sans surprise, la même totale satisfaction."¹ Si on ne peut exclure tout à fait le propos, il faut, évidemment, le nuancer et retrouver au cœur de chaque drame ce qui en fait son identité, son unicité et son irrésistible force.

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    Portrait de G. Donizetti par Giuseppe Rillosi (1811-1880)

    Alors que l’Opéra royal de Wallonie s’apprête à monter La Favorite, opéra en quatre actes et en français, présenté à l’Académie royale de musique, salle Le Peletier, en décembre 1840, et avant la conférence que je donnerai ce mercredi 8 novembre à 20H à l’ORW sur ce sujet, il n’est pas inutile de revenir objectivement sur le parcours d'un homme qui affirmait que ses meilleurs passages lui venaient d'un seul jet, jaillissant directement de son cœur!

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    Avant-dernier des six enfants du concierge du mont-de-piété de Bergame, Gaetano Donizetti naît extrêmement pauvre, dans la misère de cette modeste maison, en 1797, la même année que Franz Schubert. Le garçon aurait eu le destin de tous les enfants pauvres de la ville, si son père, qui rêvait pour lui du métier d'avocat, n'avait pas réussi à le faire accepter, en 1806, aux Leçons charitables de musique, dispensées par le compositeur Simon Mayr (1763-1845). Ce dernier, installé par chance à Bergame et maître de chapelle de l'Église Sainte-Marie-Majeure, remarqua rapidement les extraordinaires facilités du jeune Gaetano et de son frère Giuseppe.

     

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    Basilique Sainte Marie Majeure de Bergame

    Beaucoup moins connu que son cadet, Giuseppe Donizetti (1788-1856) fera cependant une belle carrière musicale en devenant instructeur général de la musique impériale ottomane à la cour du sultan Mahmud II, en écrivant, sans doute, le premier hymne national ottoman, en invitant de grands solistes comme Franz Liszt à se produire à Constantinople, en composant des musiques militaires et en développant, à la cour, le goût pour l'opéra.

     

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    Giuseppe Donizetti (1788-1856)

    Orienté vers la composition et le chant, le jeune Gaetano découvre, grâce à Mayr, les techniques du contrepoint et de l'écriture polyphonique. Très impressionné par la musique sacrée, il montre un réel enthousiasme dans la composition d'œuvres spirituelles. Il gardera toute sa vie une véritable passion pour la musique religieuse. Il évolue si bien qu'en 1815, après neuf ans d'études et contre l'avis de ses parents, il est reçu au fameux Liceo musicale de Bologne où il se perfectionne avec l'abbé Stanislao Mattei (1750-1825), franciscain et pédagogue renommé qui avait déjà formé Gioachino Rossini (1792-1868). Fugue, canon et écriture stricte, l'enseignement porte avant tout sur le style sévère. Pendant ses temps libres, il compose de petites symphonies et de la musique concertante. Il se sent également attiré par l'opéra et, dès 1816, se lance dans l'écriture d'un Pygmalion qui ne sera représenté qu'au XXème siècle. On y retrouve, comme dans toute son œuvre ultérieure, un goût marqué pour le sacré et pour l'exploration de l'orchestre.

     

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    Johann Simon Mayr (1763-1845)

    Il revient à Bergame en 1817, il a 23 ans. Il compose quelques quatuors à cordes, mais se plonge corps et âme dans l'écriture de l'opéra Enrico di Borgogna. L'ouvrage tragique, créé au Teatro San Luca de Venise en 1818 marque véritablement le point de départ de sa prestigieuse carrière. À Rome, il recueille son premier succès important. Zoraide di Granata est joué au fameux Théâtre Argentina en 1822. C'est un triomphe d'autant plus éclatant que le compositeur avait été amené à transformer, en dernière minute, une grande partie de son drame suite au décès d'une des principales interprètes. Fort de ce triomphe, il entreprend ses premières œuvres légères… et elles s'avèrent d'une exceptionnelle qualité. Beaucoup sont, hélas, oubliées aujourd'hui. Pourtant, Il Giovedi grasso (1828) marque un tournant dans cet art buffa où son excellence attire une distribution prestigieuse et la présence du célèbre ténor Giovanni Battista Rubini. Ces œuvres sont manifestement influencées par son aîné, Rossini.

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    Giovanni Battista Rubini (1794-1854)

    Dans le style tragique, Donizetti est parfois plus proche de Vincenzo Bellini (1801-1835) qui, malgré la brièveté de sa carrière, avait trouvé le succès avant lui. En témoignent des œuvres comme L'Esule di Roma (1828), Il paria (1829) ou Elisabetta al castello di Kenilworth (1829), d'après Victor Hugo. C'est le premier des opéras de Donizetti mettant en scène la reine Élisabeth Ière d'Angleterre. Les deux suivants seront Maria Stuarda (1834) et Roberto Devereux (1837). 

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    Maria Malibran (1808-1836)

    En Italie, la vie d'un compositeur d'opéra n'est pas de tout repos. Entre les impresarios pressés et exigeants, les caprices des vedettes, les nombreux désistements et la rude concurrence des collègues, Donizetti doit travailler très vite et avec une redoutable efficacité pour rester populaire. Introduit dans les milieux de la riche bourgeoisie, il épouse Virginia Vasselli, la fille d'un célèbre avocat romain. Le couple s'installe à Naples. Les succès s'enchaînent, mais le véritable triomphe survient en décembre 1830 lorsqu'on crée au Teatro Carcano de Milan Anna Bolena, opéra tragique encore lié à l'Histoire d'Angleterre. Construit en deux actes sur un livret de Felice Romani (1788-1865), il évoque la terrible fin de la deuxième épouse d'Henry VIII. Écrite pour la grande Giuditta Pasta et Giovanni Battista Rubini, l'œuvre est jouée avec un succès non démenti durant tout le XIXème siècle, non seulement en Italie, mais aussi en France, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne et même en Amérique latine avant de disparaître des planches jusqu'en 1957.

     

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    Anne Boleyn dans la Tour par Edouard Cibot (1799–1877)

    Felice Romani, quant à lui, fut considéré comme l'un des meilleurs librettistes italiens. Il est l'auteur de plus de nonante livrets d'opéras mis en musique par les plus prestigieux compositeurs. Tous s'accordèrent à reconnaître dans son style fluide et profondément dramatique l'essence du drame romantique. Auteur de sept livrets sur les dix opéras que composa Vincenzo Bellini, chacun d'eux sont, selon les mots du compositeur, "conçus pour dépeindre les passions de la façon la plus animée".

    Désormais, la réputation de Gaetano Donizetti s'étend au monde entier. L'Elisir d'amore (1832), un opéra comique composé d'après une pièce d'Eugène Scribe sur un livret du même Romani triomphe à Milan également. En décembre 1833, à la Scala, il crée Lucrezia Borgia. C'est encore Romani qui signe le livret. Succès immédiat! Victor Hugo, dont s'inspirent Donizetti et Romani, fera interdire les représentations parisiennes en 1840 pour contrefaçon. L'œuvre vivra donc en France sous un autre titre, La Rinegata, l'intrigue étant transposée en… Turquie!

     

    Et puis, c'est le drame lyrique en deux actes, Maria Stuarda sur un livret de Giuseppe Bardari d'après la pièce de Schiller qui est créé au Teatro San Carlo de Naples le 18 octobre 1834 sous le titre Buondelmonte. Il le sera, après maintes péripéties, sous son titre original, à la Scala de Milan, le 30 décembre 1835. La Malibran, en mauvaise santé, incarne le rôle titre que le compositeur a adapté spécialement pour elle. Au bout de six représentations, le public s'enthousiasme, mais les autorités décident de retirer l'œuvre. Elle est interdite en Italie, la censure refusant la scène d'insultes entre Élisabeth et Maria au premier acte et la décapitation en scène d'une reine. On projette une création londonienne, mais la mort prématurée de Maria Malibran ruine le projet. Maria Stuarda disparaît des scènes jusqu'en… 1958, moment où le chef d'orchestre Oliviero De Fabritiis ressuscite le chef-d'œuvre au Teatro Donizetti de Bergame… tout un symbole! Ce demi échec n'entame en rien l'extraordinaire réputation de Donizetti.

     

    Au contraire, le compositeur est couronné des lauriers de la gloire et reçoit le poste de maître de chapelle et professeur de composition au Conservatoire de Naples. Rossini l'invite à Paris pour y produire un nouvel opéra. Ce sera Marin Faliero (1835), l'histoire du célèbre doge de Venise accusé de conjuration et décapité dans le grand escalier du Palais des Doges en 1354. Le succès est honorable, mais ne parvient pas à rivaliser avec I Puritani de Bellini. Mais les plus grands triomphes sont encore à venir. Fait Chevalier de la Légion d'honneur en France, Donizetti revient à Naples où sa Lucia di Lammermoor (1835) reçoit un succès sans précédent au Théâtre San Carlo.

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     Le Théâtre San Carlo de Naples en 1830

     

    D'après La Fiancée de Lammermoor, un roman de Walter Scott traduit et adapté en italien par Salvadore Cammanaro, Lucia est sans doute le chef-d'œuvre tragique absolu de Donizetti et celui qui a le mieux contribué à sa gloire. Composée en seulement six semaines, l'œuvre annonce l'âge d'or du romantisme représenté par Verdi et la fameuse scène où Lucia sombre irrémédiablement dans la folie reste l'un des moments les plus impressionnants de tout l'opéra italien. Si les grands moments de chant et les fastes du belcanto sont mis en évidence avec une efficacité exceptionnelle, ils semblent désormais de plus en plus intégrés aux passages dramatiques. L'action s'arrête de moins en moins et les scènes ne sont plus interrompues systématiquement par des éléments extérieurs. La scène de la folie de Lucia en est le meilleur exemple. Outre le chant à colorature omniprésent, la trame dramatique est préservée car le lyrisme de la voix s'y intègre avec une justesse psychologique nouvelle. C'est la continuité dramatique qui est favorisée et toutes les scènes virtuoses transmettent, par leurs passions, l'essence romantique du drame. Sous de nombreux aspects, Donizetti annonce les métamorphoses de l'opéra italien que Giuseppe Verdi amplifiera. La version française de Lucia, très modifiée, sera créée à Paris, au Théâtre de la Renaissance en été 1839.

     

    Le bonheur professionnel est soudain terni par le malheur humain. Après avoir vu disparaître son père et sa mère en 1836, Gaetano voit sa femme accoucher pour la troisième fois d'un enfant mort-né puis la perd quelques semaines plus tard en juillet 1837. Submergé par la douleur, il semble perdre le goût de vivre et de composer. Il achève pourtant bientôt un nouveau drame jalon essentiel de son œuvre, Roberto Devereux, qui met, pour la troisième fois en scène la reine Élisabeth Ière d'Angleterre.  Il le livre au Teatro San Carlo alors que Naples est dévastée par le choléra. Reprenant vie, il brigue le poste de directeur du Conservatoire de Naples à la mort de Niccolò Zingarelli, mais on lui préfère son rival,  Saverio Mercadante (1795-1870). N'ayant plus de véritable attache à Naples, il quitte la ville et se rend à Paris où il compte probablement sur l'amitié de Rossini et sur la popularité des italiens dans l'Hexagone pour y trouver une place de choix. Il va y créer une série d'œuvres tragiques et légères qui restent parmi les plus importantes de sa production.

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    Virginia Vasselli, épouse de Gaetano Donizetti, vers 1820.

     

    C'est en rencontrant Eugène Scribe que Donizetti entre en contact avec les contraintes du grand opéra français. Entre 1840 et 1843, il écrit, entre autres, Les Martyrs ou Poliuto, tiré de Polyeucte de Corneille,  La Favorite, bientôt au programme de l’ORW, et, composé en moins de deux mois, Dom Sébastien, roi de Portugal. Malgré les exigences propres à l'opéra en France (ballets, éléments spectaculaires, scènes de foule,…) et loin des tragédies italiennes, ces œuvres sont parfaitement équilibrées et très efficaces.

     

    Le compositeur s'adonne également au genre plus léger de l'opéra comique. En témoigne La Fille du régiment créée en 1840 à l'Opéra-comique. L'œuvre est restée célèbre pour l'air de ténor "Ah ! mes amis, quel jour de fête !" aujourd'hui désigné comme "l'Everest de l'art lyrique". Il comporte en effet neuf contre-ut, qui se succèdent sur un rythme très rapproché, requérant à la fois maîtrise des hauteurs et grande agilité vocale. Quant à l'opéra semiseria Linda di Chamounix (1842), il est l'un des derniers exemples du genre et fut donné avec un grand succès à Vienne avant d'être adapté pour Paris.

     

    Il faut encore évoquer Don Pasquale (1843), opéra bouffe en trois actes, composé en onze jours, qui, à la manière de Rossini, confie à l'orchestre un rôle moteur tout à fait exceptionnel. Le vieux et riche Don Pasquale est amoureux de la jeune Norina, une jeune veuve qui ne veut pas de lui mais aime Ernesto, le neveu de Pasquale. Les personnages et l'action semblent se souvenir des comédies et intermèdes du XVIIIème siècle. Il y est question de faux mariage, de caprices hystériques de la jeune fille, de faux adultère et d'héritage. La comédie file à vive allure, portée par un orchestre riche et brillant. Pourtant Don Pasquale, dont la solitude finale finit par nous émouvoir, laisse entrevoir l'ultime Falstaff du géant Giuseppe Verdi!

     

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     Jenny Lind, grande amie de F. Chopin, dans le rôle de Lucia di Lammermoor

    Pendant qu'il compose Don Pasquale, Donizetti va hélas connaître toutes les conséquences de la contagion syphilitique contractée dès l'âge de vingt ans. Il continue à beaucoup voyager et à écrire énormément pendant les répits que la maladie lui offre. Mais son état empire irrémédiablement. Souffrant de malaises, de céphalées, de vertiges et de pertes de conscience, le compositeur subit désormais de sérieux troubles cardiaques et psychiques. Il est interné en 1846 à l'asile d'aliénés d'Ivry-sur-Seine. Transféré à Paris en 1847, son état se dégrade encore. Ses muscles se paralysent et son cerveau s'atrophie. La démence le guette. C'est son neveu Andrea, le fils de son frère Giuseppe, qui obtient l'autorisation de le ramener à Bergame, dans sa ville natale. C'est là qu'il meurt le 8 avril 1848 dans une terrible déchéance physique et morale.

     

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    Donizetti à droite avec son neveu Andrea, Daguerréotype de 1847

     

     

    Gaetano Donizetti est l'un des compositeurs les plus prolifiques du XIXème siècle. Outre ses 71 opéras, il nous laisse 13 symphonies, 18 quatuors à cordes, 3 quintettes, 28 cantates, 115 autres oeuvres sacrées ainsi qu'un nombre important de musiques de salon. On a souvent reproché cette abondance d'opus et cette boulimie de travail qui laisse, inévitablement, une œuvre inégale. Pourtant, Donizetti fut un homme essentiel dans la grande Histoire de l'opéra. Héritier de Rossini, concurrent de Bellini, il est assurément le précurseur de Verdi. Il a su trouver un équilibre parfait entre la formidable vocalité du belcanto et la trame profondément tragique de ses plus grandes pièces. Il est aujourd'hui un devoir, pour tout mélomane, d'en retrouver le juste chemin.

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    Tombe de Donizetti à Bergame (détail).

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    ¹ François Labie, L'opéra italien: Donizetti, Bellini, Verdi, in Jean et Brigitte Massin (dir.), Histoire de la musique occidentale, Paris, Fayard, 1983, p. 719.

     

     

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