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  • Idéal !

    « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années ; on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau : renoncer à son idéal ride l’âme ». (Douglas Mac Arthur)

     

    Cette citation qui m’est chère et que je reprends encore une fois, m’est revenue à l’esprit en bavardant, hier avec ma collègue de la Fnac (je ne parviens pas à me résoudre à dire ex-collègue), Luce, qui pour respecter son idéal, a elle aussi décidé de quitter le bateau. C’était donc son dernier jour dans notre rayon classique et j’en suis à nouveau profondément ébranlé, bouleversé, même si je me doutais bien de l’imminence de ce départ. Imaginez… 22 ans partagés… dans la joie, et le tourment ! Je lui dédie ce billet.

    Ce départ confirme une fois encore les propos que je tenais au mois de septembre au moment où il m’a bien fallu me résoudre à admettre qu’il valait mieux quitter ce métier que je chérissais. Depuis, le « non-avenir » du cd est souvent évoqué (pas par moi cependant, qui en consomme encore beaucoup) dans les médias et il commence même à faire la une de certains journaux. Car on ne peut plus nier que les magasins traditionnels subissent de plein fouet cette « crise du disque », mainte fois annoncée, retardée et… finalement précipitée.

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    L’exemple français des Virgin ne présage sans doute rien de bon pour la vente traditionnelle des cd’s présentée comme de plus en plus obsolète. Et pourtant, il ne se passe pas un jour sans que je rencontre des gens qui regrettent cet état de fait, qui se demandent comment désormais on pourra obtenir des conseils, comment on s’orientera face aux rayonnages, certes réduits à leur plus simple expression, sans l’aide du « vendeur » et conseiller. On a manifestement précipité la fin d’un métier.

    Je reste persuadé que, malgré les énormes difficultés du marché, dues à une profonde transformation de la « consommation » de la musique… quel laide expression, rien qu’à l’écrire, j’en ai la nausée, il restait un espoir dans cet aspect essentiel du métier, la spécialisation et le conseil, dans la pédagogie et le service au « client ». Pour ceux qui l’auraient raté en son temps, je vous invite à lire ce billet, « Métier », véritable profession de foi, que j’avais écrite au moment de mon départ de la Fnac. Il reflète bien mon état d’esprit, il n’a pas changé d’un iota ! Car ce que je faisais dans le cadre du magasin, je le faisais et je continue de plus belle à le faire dans le cadre de mes cours, conférences et interventions diverses.

    Et la demande est bien là ! L’enthousiasme du public pour la musique n’a pas diminué. En témoignent la foule qui se presse aux concerts, à l’opéra et même dans les conférences musicales que je donne presque tous les jours. Nos contemporains ont besoin de découvrir la musique, de s’approprier ce répertoire, d’y trouver ce qui l’émeut, ce qui le rend joyeux, ce qui le fait pleurer. Car même si les temps troublés de crise que nous vivons sont plus centrés sur le « survivre » que jamais, il est évident que l’homme en vie a aussi besoin de s’ouvrir, de jouir de son patrimoine culturel. Il faut le lui donner, coûte que coûte ! C’est un enjeu essentiel la survie de notre civilisation, ne l’oublions jamais ! Et même si patrimoine n’est pas commerce, la culture DOIT faire partie de notre vie et là, les enseignes commerciales qui se revendiquent de ma culture doivent assumer leur rôle, certes pas jusqu’à la faillite, mais pour beaucoup, les bras sont tombés trop vite! Une question me hante toujours et toujours : Est-ce que les bons choix ont été faits ? Est-ce que les stratégies commerciales ont bien mesuré l’ampleur des dégâts occasionnés par l’uniformisation, l’instrumentalisation et le dédain de la « chose » culturelle ?

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    Photo prise jeudi 10 janvier 2013 au Centre culturel de Namur quelques minutes avant le conférence que j'y donnais sur le Belcanto... preuve de l'enthousiasme et de la demande en matière culturelle.


    Je n’ai pas de réponse à ces questions. J’observe le monde et je me dis bien souvent qu’en dehors des guerres, de la bourse, des évasions fiscales, des fortunes qui font rêver, des extrémismes politiques et des frasques des grands de ce monde, plus rien n’a d’importance… comme si l’être humain n’avait besoin que de ces faits spectaculaires et superficiels comme nourriture culturelle. On formate une pensée, on théâtralise les faits, on en tire des conclusions parfaitement réductrice ou erronées et on néglige ou on dissimule ce qui permettrait de maintenir le libre arbitre, la saine critique, la connaissance permettant d’envisager un avenir pour l’homme. 

    Ne voyez pas dans mes propos la thèse d’un grand complot, je n’y crois absolument pas ! Mais pour reprendre la formule d’un humoriste bien connu en Belgique : « On devient ce qu’on mange ! »… et moi, je ne peux pas me résoudre à perdre ces valeurs essentielles de l’humanité, je ne veux pas abandonner cet idéal de croire que l’Homme vaut plus, et l’Histoire en témoigne, qu’un assujettissement à des valeurs dépréciées et dépendantes d’intérêts purement financiers. 

    Alors, si mon visage se ride, si l’âge prend tout doucement (même si c’est toujours trop vite) une tournure qu’on ne peut éviter, l’âme, elle, je la veux garder en éveil, dynamique et déterminée, car c’est elle qui contient cet idéal auquel je ne suis pas prêt de renoncer.

    Je crois bien ressentir tes états d’âme aujourd’hui, ma chère collègue, mais tu dois savoir que c’est un message d’espoir que je t’envoie. Passé le deuil inévitable de la séparation, une nouvelle énergie fera son œuvre pour transformer ce qui paraît comme un abandon en une renaissance. Les possibilités sont immenses ! Bon vent, ma chère Luce !

     
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