Sourions un peu!

  • Des larmes aux rires!

    Pour finir un week-end très chargé... par un sourire... voici, en trois étapes, comment un sujet tragique peut devenir rigolo... des larmes de tristesse au larmes de joie...!

    I. L'expression du tragique

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    La Jeune Fille et la Mort Marianne Stokes (1908)

     

     

    La jeune fille

    Va-t'en ! Ah ! va-t'en !
    Disparais, odieux squelette !
    Je suis encore jeune, va-t-en !
    Et ne me touche pas.

    La Mort

    Donne-moi la main, douce et belle créature !
    Je suis ton amie, tu n'as rien à craindre.
    Laisse-toi faire ! N'aie pas peur
    Viens doucement dormir dans mes bras !

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    Ernest Christophe, Statuette ayant appartenu à Baudelaire, 1859

     

    À Ernest Christophe


    Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature
    Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants
    Elle a la nonchalance et la désinvolture
    D'une coquette maigre aux airs extravagants.


    Vit-on jamais au bal une taille plus mince?
    Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
    S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
    Un soulier pomponné, joli comme une fleur.


    La ruche qui se joue au bord des clavicules,
    Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
    Défend pudiquement des lazzi ridicules
    Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.


    Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
    Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
    Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
    Ô charme d'un néant follement attifé.

    Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal 

     

     

    La   première Danse macabre semble être apparue à Paris, au charnier des   Saints-Innocents, en 1424, période particulièrement tragique en raison de la   guerre, des épidémies et de l’immense mortalité.   Une Danse macabre est un défilé, une suite, une procession de personnages   représentant les divers états sociaux, chacun étant accompagné de son mort.   (…)  

     

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    Fragment de la Danse macabre de Bernt Notke, (1435-1509), peintre de Lübeck, pour Rīga aujourd'hui dans l'ancienne église Saint-Nicolas de Tallinn.

     

    Les morts sont plus ou moins squelettiques, habillés de leur linceul et   dansent, gesticulent en se moquant de leur victime ; souvent ils la singent   en s’affublant de leur attribut : couronne, mitre, épée… Il est notable   qu’ils ne tuent pas leur victime mais l’emmènent.   Les vivants sont disposés par ordre hiérarchique, en commençant par le pape   puis l’empereur, pour se terminer par les plus humbles : enfant, usurier,   mendiant.

    Forêt et clairières, solitude tout autour,
    Une tempête de neige pleure et gémit,
    Cela semble comme si dans l'obscurité de la nuit
    Le démon enterrait quelqu'un ;
    Allons, c'est bien cela ! dans le noir, un homme,
    La mort l'embrasse, le caresse,
    Avec l'ivrogne elle danse un trepak,
    Elle chante un chant à son oreille :
    Oh, petit homme, malheureux vieillard,
    Ivre, saoul, tu as trébuché sur le chemin,
    Mais la sorcière, s'est levée, a bondi,
    De la clairière t'a amené inopinément dans la forêt dense.
    Tourmenté par angoisse, l'anxiété et le besoin,
    Allonge-toi, et sommeille et endors-toi, mon cher !
    Je te protégerai avec de la neige, mon chéri,
    Autour de toi je commencerai un grand jeu.
    Secoue le lit, tempête de neige !
    Hé ! commence ta chanson, enfant de la saison,
    Un conte qui prolonge la nuit,
    De sorte que l'ivrogne sombre dans le sommeil.
    Hé ! vous, forêts, cieux et nuages,
    Obscurité, vents et neige virevoltante,
    Tressez un manteau de neige et de duvet,
    Avec lui je couvrirai le vieil homme comme un bébé...
    Dors, mon petit ami, petit paysan heureux,
    L'été est arrivé et fleurit !
    Au-dessus des champs le soleil rit et les faucilles jouent,
    Une petite chanson s'élève, les colombes volent...

     

    Entre eux sont intercalés des représentants de la noblesse puis de   la bourgeoisie, civils ou ecclésiastiques. Ces vivants gardent une attitude   figée, apeurée, immobile. Certains peuvent montrer un mouvement de recul ou   tentent de repousser le mort.   (…).  

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    Danse macabre de Michael Wolgemut, 1493

    Quel est son enseignement ? Il est double:   Le premier, c’est la brutale survenue de la mort. En effet, en ces années de   troubles, on peut très bien recevoir un trait d'arbalète ou inhaler les   miasmes mortels de quelque épidémie.   Le second et sans aucun doute le plus important, c'est l'égalité de tous   devant la mort et mieux encore après la mort. Que l’on soit important ou   humble, riche ou pauvre, chacun connaîtra la même fin et sera la pâture des   vers. Pour les grands, c'est une leçon d'humilité, pour les petits, c'est un   peu une consolation. Les textes, qui sont habituellement un dialogue entre le   mort et le vivant, confirment sans aucun doute l’abandon des richesses mais aussi de la vie toute simple. (Source: Bachibac)

     

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    Danse Macabre (détail), fresque d'une longueur de 25 mètres à La-Ferté-Loupière, Yonne - France (fin XVème S)

     

     

    II. Rires et larmes

     

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    Zig et zig et zag, la mort en cadence
    Frappant une tombe avec son talon,
    La mort à minuit joue un air de danse,
    Zig et zig et zag, sur son violon.

    Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre,
    Des gémissements sortent des tilleuls ;
    Les squelettes blancs vont à travers l'ombre
    Courant et sautant sous leurs grands linceuls,

    Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
    On entend claquer les os des danseurs,
    Un couple lascif s'assoit sur la mousse
    Comme pour goûter d'anciennes douceurs.

    Zig et zig et zag, la mort continue
    De racler sans fin son aigre instrument.
    Un voile est tombé ! La danseuse est nue !
    Son danseur la serre amoureusement.

    La dame est, dit-on, marquise ou baronne.
    Et le vert galant un pauvre charron – Horreur !
    Et voilà qu'elle s'abandonne
    Comme si le rustre était un baron !

    Zig et zig et zig, quelle sarabande!
    Quels cercles de morts se donnant la main !
    Zig et zig et zag, on voit dans la bande
    Le roi gambader auprès du vilain!

    Mais psit ! tout à coup on quitte la ronde,
    On se pousse, on fuit, le coq a chanté
    Oh ! La belle nuit pour le pauvre monde !
    Et vive la mort et l'égalité !

    Henri Cazalis

     

     

    III. Humour et ironie

     

    G. Mahler, Symphonie n°4, deuxième mouvement danse macabre à 16'22''

     

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    J. Arnold Böcklin Autoportrait avec la mort

     

     

     

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