1914

  • Café liégeois


    Les guerres sont aveugles, l'Histoire nous le rappelle tous les jours, et les victimes sont bien souvent d'innocentes familles qui n'ont rien demandé à personne et qui se trouvent, du jour au lendemain, brisées, décimées et anéanties. Comment, en ces jours de commémorations du Centenaire de la Bataille de Liège en août 1914, ne pas avoir une pensée émue pour toutes les victimes de toutes le guerres? Comment ne pas nous souvenir que nos ancêtres récents ont connu ce terrible fléau si répandu de par le monde un siècle après? Ce devoir de mémoire devrait nous faire prendre conscience de l'inhumanité et de l'horreur des guerres. Mais, comme on dit: "loin des yeux, loin du cœur"… Ces conflits qui répandent l'effroi à travers le monde ne manquent certes pas de nous interpeller, mais, il faut bien l'avouer, nous renvoient juste l'image de notre impuissance face à l'aveuglement que suscite la haine.


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    Liège depuis la Citadelle

    Dans toutes les guerres, les plans des belligérants sont bien souvent erronés. En 1914, comme aujourd'hui ailleurs dans le monde, l'envahisseur ne désirait pas entamer une guerre "à rallonge". L'Empire allemand  espérait renouveler la victoire rapide de 1870 contre la France. Pour ce faire, il fallait envahir la Belgique, pays pourtant neutre (on voit bien que la guerre ignore tout du respect de l'Homme), pour attaquer la France par le nord et pas par l'est, trop armé. C'était le but du plan Schlieffen. L'inconvénient majeur résidait dans le fait d'attaquer ouvertement un pays neutre, ce qui aurait comme conséquence immédiate, l'entrée en guerre de l'Angleterre.

    Et puis, sur le chemin de la France, se trouvait la ville de Liège, hautement protégée par 12 forts en béton (certes peu armés et techniquement dépassés). Mais la ville avait beaucoup d'atouts: ligne importante de chemin de fer, confluence des cours d'eau aussi importants que l'Ourthe et la Vesdre, fleuve, la Meuse, reliant la France, la Belgique et les Pays-Bas… et de nombreuses installations industrielles florissantes. Fort convoitée, la ville était pourtant assez difficile à prendre.



    Car il ne fallait pas sous-estimer la résistance des forces armées belges, composées de 33 000 hommes, et placées, sur ordre du Roi Albert Ier, sous le commandement du lieutenant-général Gérard Leman (1851-1920). La guerre à la Belgique fut déclarée le 4 août, c'est cela qu'on va commémorer lundi prochain à Liège, et une force de 39 000 hommes, augmentée plus tard à 60 000, pénétra sur le territoire quelques heures plus tard. Les Allemands durent traverser la Meuse à Visé le 5 août. Les forts furent lourdement bombardés, des combats firent rage à Herstal. La résistance fut tenace malgré la disproportion des armements.

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    La Prise de Liège

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    Liège bombardée par les Zeppelins



    Les Allemands utilisèrent pour la première fois les voies aériennes et bombardèrent la ville avec leurs Zeppelins pendant que la cavalerie attaquait par le sud. Le repli du Général Leman ramena les troupes dans les forts de l'ouest qui résistaient encore et la ville de Liège fut prise le 7 août. Pour détruire les fortifications en béton des forts, il fallut que les envahisseurs utilisent leur super canon de 420 mm, la fameuse "Grosse Bertha" et d'autres armes d'énorme calibre.

     

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    La "Grosse Bertha"

     

    Les forts furent bombardés jusqu'au dernier. Le Fort de Hollogne fut le dernier à être pris et le Général Leman fut capturé dans celui de Loncin le 15 août 1914 mettant fin à la terrible Bataille de Liège. Au total, entre 2000 et 3000 belges furent tués ou blessés, 4000 furent faits prisonniers. Du côté allemand, 3000 soldats tombèrent dans la résistance liégeoise. Un carnage qui allait en amener bien d'autres!

    Si Liège n'a pas résisté longtemps, elle n'en avait pas les moyens, elle tenta de retarder l'avancée allemande et permît à d'autres de se préparer mieux. Même si la ville ne combattit pas vraiment, elle reçut plus tard de la France la Légion d'Honneur en hommage à tous ceux qui avaient, dans les forts et les campagnes de l'armée belge, dressés ce "rempart" contre l'Empire Allemand.

    Liège, en tant que première ville à s'être opposée efficacement aux envahisseurs en 1914, est choisie en 1925 par la Fédération Internationale des Anciens Combattants comme lieu d'édification du Monument Interallié, financé par des souscriptions publiques et privées dans les pays alliés.

     

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    C'est là que les commémorations de lundi 4 août prochain auront lieu solennellement, regroupant plus de 30 chefs d'états et représentants officiels des nations impliquées dans la guerre. Le mémorial est constitué de l'église du Sacré-Cœur comme édifice religieux et d'une tour comme monument civil.

     

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    Le monument interallié par Muse

     

    Sa conception est confiée à l'architecte anversois Joseph Smolderen, et les travaux qui débutent en septembre 1928 sur la colline de Cointe, s'arrêtent, inachevés, en 1935. L'édifice religieux, le premier, est béni et consacré au Sacré-Cœur en 1936. Le monument civil est inauguré le 20 juillet 1937 en présence du roi Léopold III.

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    Pour la petite histoire, à Paris, on débaptisa le fameux "café viennois" pour le renommer "café liégeois" et la station de métro "Berlin" et la rue du même nom devinrent… "Liège"! C'est un peu pour cela que ces quelques prochains jours, notre belle et bonne ville de Liège serra un peu le centre du monde… un honneur de plus que nous ne boudons pas!

     

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     À Paris, on débaptisa le café viennois, évoquant l'ennemi, pour le renommer café liégeois. Cependant, à Liège, qui fut coupée de Paris durant les quatre ans d'occupation, c'est l'expression « café viennois » qui resta en usage.

     

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