adagietto

  • Cinquième (2)

    Après une longue pause demandée par G. Mahler lui-même, la deuxième partie débute. C’est, cette fois, un lumineux ré majeur, déjà entendu dans le choral, qui est à la base du mouvement, le plus long de la symphonie. La plus grande partie de cette page est bercée par une lumière positive évoquant l'appel de la nature. Mais de nombreuses ombres traversent l’orchestre en évoquant le destin tragique de l'homme.

     

     

     

    Ce scherzo, puisqu'il faut bien en nommer la forme, est interrompu par des danses villageoises (laendler) qui alternent avec les valses d’inspiration viennoise. Les commentateurs affirment bien souvent que l’élément parodique est absent de cette pièce. Pourtant, on sait que les valses de salon  évoquent pour Mahler un monde fait de superficialité (il détestait les grandes réceptions et les bals mondains), sorte de vertige qui permet d’oublier, l’espace d’un instant, la réalité du monde et le destin de l'homme. La valse, pour Mahler est l'équivalent de la fuite.

     

     

    Mahler ne se réfugie donc pas, comme le faisait Schubert, dans la danse en tant que manifestation poétique du bonheur et de l’insouciance un peu naïve de l’enfance.Pourtant, nous aussi, nous sommes séduits par l'envoûtant pouvoir des valses et Mahler sait y faire. Il nous entraine dans ce tourbillon, dans ce vertige existentiel qui finit par nous ramener chaque fois, et cruellement, à la réalité du monde avec, vers la fin du morceau, un sentiment véritable de peur panique et de débâcle généralisée, chaos du monde et désarroi de l'individu... Rien n'a changé!


    Le cor solo, parfois placé au devant de la scène tant son rôle est ici concertant constitue le fil conducteur du mouvement. Il est, en quelque sorte, la bouffée d’oxygène d’un Mahler qui y entend l’appel de la montagne et de la nature.

     

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    Le fameux Adagietto inaugure la troisième partie de la symphonie. Il nous propose une ambiance toute différente et encore plus ambiguë. De nombreux musicologues y ont décelé une déclaration d’amour de Gustav à Alma. Selon le grand chef d’orchestre Willem Mengelberg, Mahler aurait envoyé le mouvement à peine achevé à Alma. Celle-ci aurait immédiatement saisi le message et serait venue le voir sans tarder. Si cette pièce est un véritable chant de l’âme, on ne peut cependant s’empêcher de le rapprocher d’un des Rückertlieder de 1901 « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Je suis détaché du monde). Il en utilise les procédés de suspension du temps et d’ambiguïté tonale. Bien au delà d’un simple chant d’amour romantique, l’Adagietto ressemble à une avancée spirituelle, à une entrevue de l’au-delà que Mahler avait déjà annoncé dans Urlicht de la Deuxième symphonie, dans le grand final lent de la Troisième ainsi que dans le sublime mouvement lent de la Quatrième. Un "adieu" qu'il tentera de décrire jusque dans les adieux du Chant de la Terre et du final de la Neuvième symphonie. Le lumineux fa majeur et l’orchestration réduite favorisent la suspension, le détachement et un profond sentiment de fusion avec l'univers, la Nature de l'homme romantique (on sait par ailleurs que la tonalité de fa majeur est celle de la "Pastorale"et des nombreuses évocations de la nature en musique).

     

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    Alma Mahler

     

     

    Mais, comme je l'ai souligné déjà de nombreuses fois dans notre parcours à travers les symphonies de Gustav Mahler, Amour et Adieu sont profondément liés dans la pensée du compositeur. En effet, l'Amour, dans ce qu'il a de plus total est une passerelle vers l'Absolu et ce dernier n'est possible que dans un total renoncement. L'Amour le plus sublime est donc celui qui, forme d'empathie poussée à l'extrême, aboutit à la plénitude. Ces propos, largement utilisés chez Wagner, sont typiques du romantisme. Alors cet Adagietto n'est peut-être pas l'expression de l'amour tel qu'on le connait généralement, il est beaucoup plus que cela, un détachement, une percée vers l'absolu que Alma percevra clairement. Même elle (et sans doute surtout elle!) comprendra que l'amour dont parle son mari n'est plus le concept terre à terre du commun des mortels. Mais comme dans le deuxième Faust de Goethe (qui animera d'ailleurs la Huitième symphonie), la femme aimée, ici Alma, se présente comme une aide pour atteindre l'Absolu, ce que les romantiques ont appelé l'Éternel féminin. Ce sont là tous les enjeux de cette extraordinaire musique.

     


     

     

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    À suivre...

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