adams

  • Airs bâtards



    Un compositeur ne vit pas en dehors de son temps, je le répète presqu’à chacune de mes conférences. Et si on ne conçoit pas Bach en dehors du monde luthérien ni Mozart ailleurs qu’à Vienne ou à Prague, il en va de même pour les compositeurs d’aujourd’hui qui n’échappent pas à la « modernité ».

    Ainsi, les événements politiques et militaires, les moyens de communication, les technologies, la radio, la télévision, le cinéma, les dessins animés, les ordinateurs et tout ce qui constitue notre environnement influencent la manière de penser l’art et, bien sûr, la musique dans l’esprit et la sensibilité des artistes. Il est donc tout aussi utile, pour celui qui veut comprendre la musique dite contemporaine de bien mesurer l’impact sur l’art de ce qu’il côtoie tous les jours.

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    Mais attention, le mot « contemporain » pose de nombreuses questions. Qu’est-ce qui fait partie de la musique contemporaine ? Où commence-t-elle ? N’est-ce pas un concept évolutif ? Car chaque génération est contemporaine de … ce qui se passe à son époque, évidemment ! Pas de ce qui s’est déroulé un siècle avant ! Or, lorsque nous évoquons le Sacre du Printemps de Stravinski ou les œuvres atonales de la Seconde école de Vienne pour définir le début de la musique contemporaine, nous englobons ces compositeurs à nos contemporains. 1913 n’est plus une date contemporaine… Et le monde de cette époque était encore bien différent du nôtre à tous les points de vue.

    Pas surprenant, dès lors que beaucoup d’éléments de cette période contemporaine échappent à ceux qui devraient en constituer les récepteurs. Car puisqu’on les considère comme contemporains, on imagine que leur musique évoque notre monde actuel. Or, il n’en est rien. La musique de Schoenberg ne représente plus le monde des débuts du XXIème siècle. Par contre, si on fait l’effort de retrouver le passé assez proche du monde (on le fait bien pour Bach, Mozart ou Beethoven), il n’y a plus de raison pour considérer que la « musique contemporaine » s’est éloigné de sa fonction principale, à savoir, exprimer le monde. Beaucoup d’œuvres plus ou moins redoutées par le public retrouvent alors leur légitimité.

    Mais cela ne signifie nullement que nous les aimerons. Pas plus que nous n’aimons certains aspects de notre histoire, il y a des raisons individuelles qui font qu’on est plus ou moins sensible aux œuvres d’art. Il n’y a aucun mal ni culpabilisation à ne pas aimer telle ou telle pièce. Mais il vaut mieux se faire une idée en dehors des idées reçues ou de l’a priori. Car chercher à comprendre, c’est déjà progresser, c’est déjà ouvrir les portes d’un langage qui, la plupart du temps, finit par nous toucher.

     

     



    N’est-ce pas là l’un des paradoxes les plus interpelant de l’être humain que de croire qu’il peut comprendre aisément ce qui est éloigné de lui et rester pantois face à des créations récentes qui expriment pourtant le monde dans lequel il vit ?

    Par exemple, la Symphonie de chambre de John Adams (né en 1947), créée en 1993 à San Francisco, est, aux dires du compositeur, un hommage à Schoenberg mêlé d’allusions aux « bons dessins animés des années 50 », ceux que regardait son fils…




    « Les partitions hyperactives, délibérément agressives et acrobatiques des dessins animés se mélangèrent dans ma tête avec la musique de Schoenberg, elle aussi hyperactive et non moins agressive, et je réalisai soudain tout ce qu’il y avait de commun entre ces deux manières de faire ».

     

    Cette variation de Walt Disney (1936) de la fable de Lafontaine le Rat des villes et le rat des champs (renommée ici le "Cousin de campagne") nous montre la variété des musiques et les procédés "dramatiques" utilisés. Vous retrouverez une musique proche de Schoenberg... et d'Adams en écoutant particulièrement la dernière minute du film... mais il serait dommage de ne pas l'écouter en entier.

     



    « Par ailleurs, le premier mouvement est baptisé « Mongrel Airs » (Airs bâtards) en l’honneur d’un critique anglais qui s’était plaint de ce que ma musique manquât de grâce ».

    À méditer…

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