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  • Anna-Magdalena

    « Aujourd’hui, une visite a rompu ma solitude, elle a réjoui mon cœur. Caspar Burgholt, autrefois l’élève préféré de mon très cher Sebastian, a cherché à me retrouver et m’a rendu visite. Et il est vrai qu’il n’est pas facile de retrouver Frau Bach dans l’isolement de sa pauvreté, nos moments de prospérité sont si vite oubliés. Nous avions beaucoup de choses à nous raconter. Il m’a parlé de ses modestes succès, de sa femme et de ses jeunes enfants, mais nous avons surtout parlé de celui qui est mort – de son maître et de mon mari.

     

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    Portrait présumé de JS Bach et de son épouse Anna-Magdalena

    Après avoir longuement évoqué ces merveilleuses années, Caspar m’a donné un conseil qui donne un sens à mon obscure existence actuelle : « Ecrivez, m’a-t-il dit, rédigez une petite chronique de ce grand homme. Vous l’avez connu comme personne d’autre ne l’a connu, écrivez tout ce dont vous vous souvenez – et je ne crois pas que votre cœur fidèle ait beaucoup oublié -, ses paroles, son apparence physique, sa vie, sa musique. Aujourd’hui, il a disparu des mémoires, mais il ne restera pas indéfiniment dans l’oubli, il est trop grand pour disparaître, et un jour la postérité vous remerciera pour ce que vous avez écrit ».

    Ce fut l’un de mes premiers livres sur la musique, la Petite chronique d’Anna Magdalena Bach, qui m’initia au génie du grand maître. Le récit, simple, bien qu’un peu ampoulé, et magnifiquement documenté avait été publié anonymement en Angleterre dans les années 1920. Il s’agissait de faire croire qu’il était le véritable livre écrit par la seconde épouse de Jean-Sébastien Bach (1685-1750). Mais son énorme succès devait rapidement contraindre l’auteur à se révéler et lors de la première réédition en 1925, la Petite chronique fut publiée avec le nom d’Esther Meynell, auteur, entre autres de biographies de Christian Andersen et de nombreux romans et contes. Musicologue et spécialiste de Bach, elle était parvenu à donner à sa biographie imaginaire les références historiques et musicales précieuses pour tout amateur de Bach. Elle s’appuyait sur les écrits d’un des biographes de Bach les plus célèbres, Philipp Spitta. La tendresse et l’admiration pour son mari que Meynell donnait à Anna Magdalena pouvaient, dans une large mesure susciter, dans l’imaginaire du jeune homme que j’étais au moment de cette lecture, les images les plus riches des ces célèbres couples de l’histoire de la musique tels que Robert et Clara Schumann, Frédéric Chopin ou encore George Sand et Gustav Mahler et Alma Schindler.

    Anna Magdalena (1701-1760) était la plus jeune fille d’un trompettiste de la cour de Saxe-Weissnfels nommé Johann Kaspar Wilcke et de la fille d’un organiste. Arrivée en 1720 à Köthen comme soprano à la cour du prince, c’est là qu’elle rencontra Jean-Sébastien Bach qui y était maître de chapelle depuis 1717. Devenu veuf depuis le décès de sa première épouse, Maria Barbara, en 1720, il se remaria avec Anna Magdalena à la fin de l’année 1721. Il avait alors quatre enfants vivants sur les sept que lui avait donnés sa première épouse.

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    Le célèbre Menuet en sol majeur... attribué aujourd'hui à Christian Petzold (1677-1733)



    L’amour de la musique contribue beaucoup à rendre le couple heureux. Bach écrivit beaucoup de musique à l’usage de son épouse. Le plus célèbre restant le Petit Livre d’Anna Magdalena Bach qui continue à faire le délice des pianistes en herbe, regroupant une série de menuets, de danses et d’airs de toutes sortes pour les débutants (qui ne sont d’ailleurs pas tous de Bach, à l’image de ce célèbre menuet de Christian Petzold (1677-1733)). Il est bien possible que certaines pièces du recueil soient de la main même d’Anna Magdalena, familiarisée grâce aux travaux de copie et de transcription qu’elle faisait pour son mari. Elle parvint, en tous cas, à maintenir un foyer familial convivial où amis, élèves et invités divers se régalaient de soirées musicales.

    Bach-Anna-Magdalena-Plaque commémorative maison natale

    Plaque commémorative sur la maison d'Anna-Magdalena



    Sur les treize enfants qu’ils eurent ensemble entre 1723 et 1742, sept moururent en bas âge. Deux furent de célèbres musiciens, Johann Christoph Friedrich (1732-1795) et Johann Christian (1735-1782), dit le Bach de Londres. A la mort de son mari, les fils s’étant dispersés, elle resta seule avec ses deux plus jeunes filles et, malgré le succès de certains de ses enfants, elle sombra dans la pauvreté et la misère, vivant de la charité jusqu’à sa mort.

     



    Et pour être complet, un film, portant le même titre a été réalisé en 1967 par les cinéastes Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il s’inspire, non pas du ivre de Meynell, mais des articles publiés par Carl Philipp Emmanuel Bach et Johann Friedrich Agricola en 1754 sous le titre de « Nécrologue », première notice biographe. Tout en faisant appel à de grands musiciens (Leonhardt, Harnoncourt, …) le film est finalement assez proche de la chronique de Meynell et mérite d’être connu également.

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