architecture

  • Sublime baroque !

    Quand je me rends à Anvers, il m’importe à chaque fois d’en visiter l’une des merveilles de l’art qui peuplent la deuxième plus grande ville de Belgique. Vous connaissez ma passion pour les œuvres de Rubens et en particuliers pour celles qui se trouvent dans la magnifique cathédrale, je n’y reviens pas aujourd’hui… Mais un autre joyau exceptionnel n’en est pas très éloigné. L’église baroque Saint-Charles Borromée est une véritable splendeur dont on doit, hélas, regretter la disparition des quarante peintures de Rubens, et de ses collaborateurs, dont Antoine Van Dijck faisait partie, excusez du peu, qui ornaient le plafond et qui ont été détruites lors du terrible incendie provoqué par la foudre pendant un orage le 18 juillet 1718.

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    La façade de l’église en question figure au rang des exemples les plus classiques et parlants de l’art baroque issu de la contre-réforme et de l’essor de l’ordre des jésuites. On distingue, en son centre le blason des jésuites IHS, qui est une abréviation et une translittération imparfaite du nom de « Jésus » en grec : Ι = J, Η = E et Σ = S1 (JES. = Jesus/Ιησους, IHΣOYΣ = nom complet en grec). Comme toutes les églises de ce type, elle est très sobre dans ses soubassements rythmant simplement le large l’espace de sa façade. Et plus on élève le regard, plus le geste et le mouvement apparaissent, déployant leur ornementation virtuose et souple. Ancrée sur la terre, la structure de la façade veut conduire notre regard vers le haut et nous mener vers la contemplation céleste. Comme la plupart des grands édifices sacrés, Saint-Charles Borromée est tournée vers l’ouest, la façade faisant rayonné ses reliefs, au soleil couchant, tandis que le chœur, situé à l’est, accueille le soleil levant et s’illumine toute la journée par un puit de lumière vertical.

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    Plusieurs sources du 17ème siècle parlent du paradis sur terre, de la huitième merveille du monde pour décrire l’église qui semble se dresser sur une sorte de piazza italienne. Construite entre 1615 et 1621, Rubens y contribua également à la conception du clocher, à l’équilibre de la façade, au maître-autel, aux plafonds et à la chapelle de Marie.

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    Le maître-autel, remarquable de rhétorique et de pédagogie, était, à l’instar de l’intérieur dans son entier, un avant-goût des félicités célestes. Dès l’entrée dans l’édifice, notre attention se porte vers lui, étroitement lié aux proportions de la nef centrale. Et puis, comme l’esthétique jésuite favorisait l’efficacité pastorale, il n’y a ici ni stalles, ni de chœur d’importante dimension. Concertation et équilibre ! Voilà le maître-mot. Il ressemble à un décor de théâtre et présente un énorme tableau qui est amovible et permet le changement d’iconographie en fonction de l’année liturgique.

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    N’oublions pas que cette imagerie permettait aux fidèles, souvent illettrés, de comprendre le propos sacré et de contempler le mystère de la Foi. Deux de ces tableaux étaient de Rubens, ils sont aujourd’hui à Vienne. Restent deux œuvres qui alternent, le Couronnement de la Vierge de Cornelis Schut qui était en place lors de ma visite samedi dernier et l’imposante Érection de la Croix de Gérard Zegers (Seghers).

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    Dans la chapelle de la Vierge se dressent des confessionnaux ornés de lambris absolument prodigieux placés après le funeste incendie. Chaque ange a son expression et sa force émotionnelle. Elle est richement ornée de marbres, de peintures et de sculptures conçus pour nombre d’entre eux par Rubens, décidément omniprésent dans l’édifice. Entre les deux colonnes torses toscanes de l’autel, trône une copie de l’Assomption de la Vierge du peintre anversois. La toile originale, commandée en 1613 par la Cathédrale fut installée malgré tout ici et finit, elle aussi par être emmenée à Vienne.

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    En effet, en 1773, lorsque la Compagnie de Jésus est supprimée par le pape Clément XIV, les jésuites sont expulsés de leur maison. Leurs biens sont inventoriés et confisqués par les autorités autrichiennes. C’est alors que plusieurs tableaux de Rubens provenant de l’église partent pour Vienne sur l’ordre de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche qui les achète à grand prix. L’église elle-même est confiée au clergé séculier et devient paroissiale sous le nom de Saint-Charles Borromée. Durant la période hollandaise (1816-1830) elle sert de temple protestant pour l’église réformée des Pays-Bas. Elle redevient église catholique après l’indépendance de la Belgique… Un endroit exceptionnel à ne pas manquer si vous passez à Anvers !

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