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  • Trios…



    C’est toujours une vraie joie de retrouver mon ami, le formidable violoncelliste, Étienne Capelle, dans les concerts de l’U3A. Il est chaque fois partant pour les projets les plus variés et déploie une énergie exceptionnelle qui n’a d’égale que sa légendaire bonne humeur pour partager sa passion de la musique. C’est dans cet esprit amical que je lui avais demandé de réfléchir à la possibilité d’un concert composé d’œuvres pour trio avec piano. Ma proposition se teintait de mon désir d’entendre une fois dans notre salle le fameux Trio à l’Archiduc de L. van Beethoven. Je lui donnais carte blanche pour compléter le programme à une seule condition … que ce soit des pièces qu’il ait vraiment envie de jouer.

    Heneaux, Lauwers, Capelle, Beethoven, Arenski, Trio avec piano, U3A, concerts de l'U3A, Liège, Onkelinx

    Photo Miryam Noben



    Très vite, la formule s’est constituée. De vieux complices, un partenaire de longue date, Pierre Heneaux au violon, puis un ami de toujours, Paul Lauwers au piano. L’un et l’autre avaient déjà pu séduire nos auditeurs lors d’autres occasions. Le trio de choix était donc formé ! Puis, Étienne m’a proposé de compléter l’ « Archiduc » par le premier trio d’Anton Stepanovitch Arenski (1861-1906). Pourquoi pas… ? Si c’est ce qu’il aime, me suis-je dit, un peu sceptique quant à la pertinence de ce choix après l’écrasant Trio de Beethoven. Je l’ai laissé faire. Après tout, il avait carte blanche ! J’avais eu raison !

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    Étienne Capelle, Photo Miryam Noben



    Je ne me suis alors plus occupé de ce programme et n’ai pas non plus eu le temps d’explorer plus en détail ce Trio du compositeur russe disciple de Tchaïkovski avant de l’entendre mercredi dernier lors de notre concert d’ouverture de la saison. Je me souvenais bien vaguement du jugement fort mitigé des musicologues et des critiques sur son œuvre. Voici, d’ailleurs, ce que la brève notice de Wikipédia en dit :

    « Dès l'âge de 9 ans, Arenski compose des pièces pour piano et des lieders. Ses parents s'installent à Saint-Pétersbourg en 1879 afin qu'il étudie la composition au Conservatoire, avec notamment Nikolaï Rimski-Korsakov comme professeur. Diplômé en 1882, il est nommé professeur au Conservatoire de Moscou où il enseigne à de futurs compositeurs comme Alexandre Scriabine, Serge Rachmaninov ou Alexandre Gretchaninov. Sous la recommandation de Mili Balakirev, Arenski retourne à Saint-Pétersbourg afin de diriger le chœur impérial de 1895 à 1901. Il se consacre ensuite à ses activités de pianiste, de chef d'orchestre et de compositeur.

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    Pierre Heneaux (violon) et Paul Lauwers (piano), photo d'Armand Mafit



    En 1906, Arenski meurt de tuberculose alors qu'il est soigné dans un sanatorium en Finlande. La musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski représente une influence marquante dans les compositions d'Arenski. Rimski-Korsakov aurait ainsi déclaré : « Dans sa jeunesse, Arenski n'a pas pu échapper à ma propre influence, puis à celle de Tchaïkovski. Il sera rapidement oublié. » L'incapacité d'Arenski à se forger un style personnel explique donc l'oubli dans lequel sa musique est tombée jusqu'à aujourd'hui. »

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    Photo Armand Mafit



    Jugement largement injuste mais hélas très répandu ! Il faut préciser que parmi ses pièces les plus réussies, dit-on, figurent justement les deux trios ainsi que les deux quatuors à cordes. La prestation que nous avons eu l’honneur d’entendre portait littéralement le premier trio en ré mineur au rang de chef-d’œuvre. Si on sent effectivement l’esprit russe qui souffle dans cette musique (pourquoi en serait-elle exempte ?) et l’incontestable influence de ses maîtres, on prend plaisir à écouter une œuvre très originale, pleine de finesse et d’un équilibre parfait, encore rehaussé par la prestation de nos musiciens. Les auditeurs ne s’y sont pas trompés, considérant que c’est là que se trouvait la révélation musicale du jour.

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    Et c’est vrai que si personne ne nie la force titanesque de Trio à l’Archiduc de Beethoven, ses sublimes inspirations et ses ruptures profondément tragiques, si on admire sa formidable et virtuose partie de piano, ses contrastes thématiques, rythmiques et dynamiques, si, enfin, on est bouleversé en entendant le sublime mouvement lent, proche parfois des mouvements que Schubert écrira plus tard, la pièce d’Arenski, jouant sur un autre tableau, dans une autre division, a également distillé toute son émotion, profondément romantique et surtout magnifiquement sentie. Si la forme de la sonate y est plus conventionnelle que celle du maître de Bonn, elle n’en est pas moins superbement menée. Le fulgurant scherzo et la formidable élégie qui en constituent les deuxième et troisième mouvements sont de toute beauté et constituent les joyaux de cette partition. Une vraie découverte que je vais creuser un peu plus profondément dès que j’en aurai le temps.

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    Face à l’extraordinaire enthousiaste de la salle quasi comble, le plaisir musical s’est prolongé par deux bis contrastés et généreux. Oblivion (Oubli) d’Astor Piazzolla, un tango rempli de cette mélancolie si particulière des œuvres du maître argentin, puis une brève pièce d’Anton Rubinstein, plus légère. Une soirée formidable annonçant favorablement la belle saison qui commence. Merci les amis pour ces moments musicaux irremplaçables !



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