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  • Correspondances



    Avec la saison d’été, le blog, lui aussi ralentit. Mais comme chaque année, j’aime bien poursuivre les billets même s’ils sont sensiblement plus légers et je sais que beaucoup d’entre vous continuent à les lire régulièrement. Alors j’ai imaginé une nouvelle catégorie de billets qui se proposent de mettre en parallèle un texte, une œuvre picturale et une œuvre musicale. J’ai nommé cette catégorie : « Correspondances ». Vous la trouverez avec les autres dans le menu « Catégories » de la colonne de gauche.

    La plupart du temps sans commentaires, ces « correspondances » auront simplement pour but de prendre conscience des affinités des artistes avec certains sujets qui dépassent, et de loin, les soi-disant frontières des disciplines artistiques. Cela prouve, s’il était encore besoin de le démontrer, que les arts sont en parfaite corrélation.

    Mais attention ! Ces correspondances ne seront pas toujours contemporaines et n’exprimeront pas toujours le même point de vue sur un sujet donné. C’est bien là que se trouve toute la richesse du sujet. Artistes de temps différents, de vue ou d’esprit différents, contradictoires ou sans rapport parfois, cette confrontation sera une perche tendu vers vous, les observateurs afin de susciter chez vous une interrogation, une quête sur ce qui, d’un sujet précis, correspond le mieux à votre tempérament. …Mais aussi les quelques instants de réflexion qui font que même si des visions divergentes s’imposent entre nous et l’œuvre, il nous arrive de comprendre et même parfois d’adhérer à l’esprit d’un artiste qui, de prime abord, semblait nous échapper.

    Voici, pour débuter la série un petit exemple de ces nouveaux billets qui interviendront une à deux fois par semaine. Alors laissez-vous emmener dans ce voyage extérieur et intérieur, laissez-vous bercer par cette imagination extraordinaire des hommes, laissez-vous enfin emporter vers des régions inespérées… au fond de nous-mêmes. Bon voyage !




    Théophile GAUTIER (1811-1872), Les Nuits d'été, Au cimetière

    Connaissez-vous la blanche tombe,
    Où flotte avec un son plaintif
      L'ombre d'un if ?
    Sur l'if une pâle colombe,
    Triste et seule au soleil couchant,
      Chante son chant :

    Un air maladivement tendre,
    À la fois charmant et fatal,
      Qui vous fait mal,
    Et qu'on voudrait toujours entendre ;
    Un air, comme en soupire aux cieux
      L'ange amoureux.

    On dirait que l'âme éveillée
    Pleure sous terre à l'unisson
      De la chanson,
    Et du malheur d'être oubliée
    Se plaint dans un roucoulement
      Bien doucement.

    Sur les ailes de la musique
    On sent lentement revenir
      Un souvenir;
    Une ombre de forme angélique,
    Passe dans un rayon tremblant,
      En voile blanc.

    Les belles-de-nuit demi-closes,
    Jettent leur parfum faible et doux
      Autour de vous,
    Et le fantôme aux molles poses
    Murmure en vous tendant les bras:
      « Tu reviendras ? »

    Oh! Jamais plus, près de la tombe,
    Je n'irai, quand descend le soir
      Au manteau noir,
    Écouter la pâle colombe
    Chanter sur la branche de l'if
      Son chant plaintif !

     

     

    F.A. Vincent, la mélancolie 1801.jpg

    François André Vincent (1746-1816)

    La Mélancolie (1801)

     


     

     

     

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