berlioz

  • Fantastique...



    Berlioz, lui-même, écrivait beaucoup et décrivait, certes avec parfois un peu d’emphase, ses intentions et ses perceptions. N’est-ce pas là l’une des formes du romantisme ? Alors lisons-le et découvrons ce qui se cache sous ces premières mesures énigmatiques de sa symphonie.

    « [...] Les essais de composition de mon adolescence portaient l’empreinte d’une mélancolie profonde. Presque toutes mes mélodies étaient dans le mode mineur. Je sentais le défaut sans pouvoir l’éviter. Un crêpe noir couvrait mes pensées; mon romanesque amour de Meylan les y avait enfermées. Dans cet état de mon âme, lisant sans cesse l’Estelle de Florian, il était probable que je finirais par mettre en musique quelques-unes des nombreuses romances contenues dans cette pastorale, dont la fadeur alors me paraissait douce. Je n’y manquai pas.



    J’en écrivis une, entre autres, extrêmement triste sur des paroles qui exprimaient mon désespoir de quitter les bois et les lieux honorés par les pas, éclairés par les yeux [La Fontaine, Les deux pigeons] et les petits brodequins roses de ma beauté cruelle. Cette pâle poésie me revient aujourd’hui [avril 1848], avec un soleil printanier, à Londres, où je suis en proie à de graves préoccupations, à une inquiétude mortelle, à une colère concentrée de trouver encore là comme ailleurs tant d’obstacles ridicules... En voici la première strophe:



    Je vais donc quitter pour jamais
    Mon doux pays, ma douce amie,
    Loin d’eux je vais traîner ma vie
    Dans les pleurs et dans les regrets!
    Fleuve dont j’ai vu l’eau limpide,
    Pour réfléchir ses doux attraits,
    Suspendre sa course rapide,
    Je vais vous quitter pour jamais.

     

     

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    Quant à la mélodie de cette romance, brûlée comme le sextuor, comme les quintettes, avant mon départ pour Paris, elle se présenta humblement à ma pensée, lorsque j’entrepris en 1829 d’écrire ma Symphonie fantastique. Elle me sembla convenir à l’expression de cette tristesse accablante d’un jeune cœur qu’un amour sans espoir commence à torturer, et je l’accueillis. C’est la mélodie que chantent les premiers violons au début du largo de la première partie de cet ouvrage, intitulé: RÊVERIES, PASSIONS; je n’y ai rien changé. [...] »

    Tout un programme…!

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