bertrand lavrenov

  • Festival 2017 J+4 Les Quatre tempéraments…

     

    Trois concerts ponctuaient la quatrième journée (déjà!) du Festival Voyages d’été 2017… et quels concerts ! Vous vous direz peut-être que je me répète et que je manque d’objectivité, mais les mélomanes, venus très nombreux partager ces moments musicaux, sont du même avis que moi… nous avons entendu des prestations véritablement hors du commun.

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    Tout commençait à 15H avec un thème particulier puisqu’il s’agissait de diable ! J’avais écouté, il y a plus d’un an, un concert où la jeune pianiste et compositrice Manon Moemaers interprétait une de ses œuvres, La Danse du Diable. Séduit par cette musique, je m’étais dit que nous pourrions peut-être la rejouer à l’U3A lors d’un de nos concerts. Manon avait été enthousiaste et avait accepté de se produire à notre festival d’été.

     

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    Photos du concert d'Aurore Bureau et Manon Moemaers par Jean Cadet

    Mais l’œuvre trop brève pour un concert d’une heure devait trouver des compléments… en phase avec le propos. C’est là qu’intervient la formidable mezzo-soprano Aurore Bureau qui a accepté d’unifier la séance grâce à de grands airs où le diable, le surnaturel, la folie et la fatale séduction règnent en maître.

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    La Danse du Diable de Manon est, au départ, un projet de ballet qui s’articule autour d’un argument plaçant le diable lui-même au cœur d’une histoire d’amour. La pièce est magnifiquement écrite, dans un langage musical accessible et très expressif forcément habité par la danse et la rythmique.

     

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    Elle demande de la part de l’interprète une virtuosité remarquable et est très exigeante, ce qui ne gêne en rien la magnifique pianiste qu’est Manon. Vêtue de sa robe rouge, assortie à son rouge à lèvre et à ses chaussures… à moins que ce ne soit l’inverse… avec des reflets rouges dans ses cheveux roux, on se demande, en l’écoutant, si ce n’est pas elle la diablesse. Les sortilèges qu’elle déverse sur les mélomanes stupéfaits révèle son tempérament… diabolique ! Danse après danse, elle entraîne l’auditeur dans un voyage en enfer... initiatique !

     

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    Quand Aurore Bureau la rejoint pour la deuxième partie du concert, c’est pour évoquer les puissances des abîmes, celles que convoque avec force et autorité la terrible Ulrica du Bal masqué de G. Verdi ! Aurore se métamorphose alors en une terrible sorcière et investit la scène. Les personnages successifs qu’elle propose sont terrifiants… ou terrifiés… ou séducteurs… avec une idée fixe : nous entraîner vers notre perte. On sent vaciller le public sous la force vocale exceptionnelle d’Aurore et l’intensité de ses incarnations.

     

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    Pensez donc que nous avons reçu sur notre scène, en l’espace d’une demi-heure des personnages aussi typés que la Dalila de Saint-Saëns, l’Ulrica de Verdi, la Baba du Medium de Menotti, la gitane Azucena de Verdi, la Carmen de Bizet et la Jeanne d’Arc de Tchaïkovski ! Chacune de ces figure est investie incroyablement par Aurore Bureau qui vit chaque caractère avec une force intense. La scène est son univers, c’est sûr, et on attend vraiment que quelqu’un lui confie un grand rôle sur les planches d’une maison d’opéra. On cherche parfois bien loin ce qui est à portée de main… Quel tempérament !

     

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    Le public, encore sous les coups de ces diableries, se remet de ses émotions en attendant le deuxième concert autour d’un bon verre et d’une pâtisserie… Le Clavier bien tempéré de J.S. Bach devrait rééquilibrer notre âme tourmentée.

     

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    Photos du concert de Nadia Jradia par Armand Mafit

    Et on ne croit pas si bien dire. Lorsque Nadia Jradia monte sur scène pour entamer ce marathon de dix Préludes et Fugues d’affilée la paix descend sur la salle. Pendant une heure, elle enchaîne avec une maîtrise extraordinaires des pièces d’une inouïe difficulté. Son attitude face à l’instrument, la plénitude des sons qu’elle parvient à tirer de la matière, son sens de la polyphonie, d’une incroyable clarté et précision, l’intelligence du discours et de la pensée,… on se dit à chaque détour que c’est l’évidence même de cette musique qu’elle nous offre, simplement… avec rigueur, mais toujours sans sécheresse.

     

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    Elle parvient à faire oublier le piano qui s’efface pour que le son devienne pensée, pure musique. Nadia possède à la fois la sérénité des grandes plages contemplatives, la verve, la virtuosité et l’esprit des mouvements vifs et toujours elle nous transporte entre… ciel et terre !

     

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    Ce moment exceptionnel m’a littéralement tiré les larmes des yeux. Depuis toujours, je suis très sensible à la musique de Bach. C’est d’ailleurs lui qui était déjà l’objet de toutes mes passions d’étudiant… et cela ne s’est jamais démenti depuis. Bach est présent tous les jours de ma vie, d’une manière ou d’une autre. J’y trouve, je ne vous le cache pas l’alpha et l’oméga de la pensée humaine, dépassant de loin ce que certains croient encore être de la bigoterie luthérienne. C’est dire si je suis exigeant face à l’interprétation de ses œuvres. Le Clavier bien tempéré est ce que les pianistes nomment l’Ancien Testament de la musique pour clavier. Et ils ont raison.

     

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    C’est un véritable défi que d’entreprendre le travail des 48 préludes et fugues des deux livres du Clavier bien tempéré. Je nourrissais de longue date son interprétation intégrale, à raison d’un concert par an, dans nos concerts. Le jeune pianiste Benjamin Thill, amoureux de Bach, a assuré les deux premiers concerts, c’est Nadia Jradia qui reprend le cycle, tout aussi amoureuse de la musique du Cantor, qui nourrit sa formidable maturité musicale. Vivement la suite !

     

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    La journée se terminait en donnant une nouvelle fois la parole à de jeunes musiciens de chez nous. Bertrand Lavrenov au violon et Thomas Waelbroeck au piano avaient acceptés d’interpréter la Cinquième Sonate pour violon et piano de L. van Beethoven, celle que l’on surnomme le Printemps, lors d’un concert que je me proposais de commenter.

     

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    M’opposant avec force à tous ceux, et ils sont de plus en plus nombreux, qui prétendent qu’il est élitiste et inutile d’expliquer les contextes de la musique et le fonctionnement de son discours, je tenais à placer dans le festival, deux séances commentées, différentes des séances présentées. C’est étrange et inquiétant cette manière récurrente de vouloir toujours tout niveler par le bas, de ne pas trop expliquer,… je n’entre pas aujourd’hui dans ce débat, j’y reviendrai de manière plus spécifique bientôt !

     

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    Mais puisque la musique est un des langages symboliques de l’humanité, je reste persuadé que pour le comprendre avec émotion et le ressentir, il faut dépasser la simple écoute spontanée… imaginez vous écouter la déclamation d’un poème en hongrois. Vous ne connaissez pas la langue ? Peu importe ! Écoutez comme cela sonne bien ! Admettez avec moi qu’une attitude comme celle-là est peut-être en partie responsable de l’effondrement de la culture dans nos sociétés.

     

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    Alors pour ceux qui le veulent, j’aime tenter d’expliquer, de réfléchir sur le sens de l’art et de ses œuvres. Les musiciens et les mélomanes sont bien souvent preneurs car ils sont conscients que pour déclamer, il faut comprendre. Nos deux héros du jour sont des musiciens nés qui progressent de manière exponentielle à chaque fois que je les écoute ! C’était la première fois que nous faisons l’exercice ensemble et ce fut une superbe expérience.

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    Ils nous ont offert ensuite une sonate absolument merveilleuse, pleine de la passion de la jeunesse, le quatrième tempérament de la journée était celui de Beethoven délivré magistralement par Bertrand et Thomas… un vrai moment de bonheur acclamé par la salle entière ! Exceptionnel ! Bravo ! Quelle journée !

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