31 janvier 2011
Ligne du temps
De tous temps, les artistes ont voulu représenter le souffle de la vie dans leurs œuvres. Chaque discipline possède ses propres techniques et ses particularités représentatives. Ainsi, les arts iconographiques sont forcés de fixer un moment avec l’impossibilité de le faire durer. J’ai déjà évoqué ce phénomène plusieurs fois car il me fascine.
Ce n’est pas tant l’impossibilité du temps qui me touche dans la peinture que la volonté des artistes de donner une direction, une suggestion du mouvement. Précédant en cela l’art cinématographique qui pourra montrer l’image dans la continuité de son mouvement donc du temps, les artistes d’époques reculées ont rivalisé d’astuces pour nous faire parvenir cette étrange sensation d’un passé, d’un présent et d’un futur dans leur œuvres. L’œil distingue le moment représenté, mais le cerveau projette, par sa logique et l’expérience, le devenir de l’œuvre ainsi que son histoire.
Ainsi cette fameuse « parabole des aveugles » de Pieter Bruegel, détrempe sur toile, 1568.

Nous pourrions arrêter notre observation en décidant que le peintre a décidé de nous montrer un instant choisi de cette parabole. La phrase de Saint Matthieu que le peintre illustre est celle-ci : « Si un aveugle conduit d’autres aveugles, ils tomberont tous dans le fossé ». Nous comprenons immédiatement que l’énoncé est poly sémantique. L’image première représente ce cortège des aveugles qui, pour ne pas se perdre, se tiennent l’un l’autre et évoluent à tâtons jusqu’à la catastrophe. La seconde se veut plus spirituelle et philosophique. Elle évoquerait d’ailleurs des sectes obscures qui passent à côté du vrai message que Saint Matthieu défend. Dans une troisième acceptation plus large, cette fois, la parabole des aveugles est un enseignement de la vie et du parcours que nous y faisons.
D’un point de vue strictement pictural, Bruegel a décidé de placer la scène dans la nature, à proximité d’un village dont l’église est le symbole. Manifestement, les personnages ont décidé de quitter le village et, forcément, l’église qui les protégeait spirituellement. Ils s’en vont donc à travers champs, longeant sans doute un fossé dont nous distinguons le bord à l’avant plan gauche.


Rapidement, notre regard s’attarde à l’événement principal. De part et d’autre d’une zone vide qui remonte verticalement vert le clocher de l’église et située dans un rapport de nombre d’or par rapport à la toile, nous voyons deux aveugles en train de perdre l’équilibre. La métaphore du vide par l’éloignement du clocher et la rupture qui s’opère dans le cortège sont de même nature. Les visages douloureux et surpris ajoutent à la catastrophe. Il est sur qu’ils vont tomber tous l’un après l’autre.

Même si le peintre nous montre que plus on remonte la file des aveugles, moins la catastrophe est prévisible, notre expérience nous dit que, dans le futur proche, tous seront par terre. En montrant le présent, l’artiste nous laisse deviner le futur. Mais il nous montre aussi le passé. Pour cela, nous devons nous diriger vers l’extrême droite du tableau.

Le conducteur du convoi est déjà par terre. Couché sur le dos, il a perdu, semble t-il tout contact avec le monde et paraît même être incapable de se relever pour éviter la chute des autres. Son inconscience l’a mené dans une situation bien précaire. Ce passé, est la cause qui crée l’effet dans le présent et ses conséquences dans le futur. La ligne directrice du temps est curieuse puisqu'elle traverse le tableau de gauche à droite, simulant l'écoulement du temps dans la représentation linéaire que nous en avons souvent. L'axe central est le lieu exact du présent. La perte d'équilibre y commence clairement. Les deux lignes situées au nombre d'or sont, à gauche, la limite de la perception de la catastrophe imminent et, à droite, la notion de vide et de distance par rapport à l'église du village. Dans cette dernière section, le chaos prend des proportions irréversibles. Toute la partie gauche de la toile représente d'une certaine manière le présent qui ne soupçonne pas encore la futur, tandis que la partie droite un présent qui mesure l'erreur du passé.

L’artiste, dans l’immobilité physique de sa toile est donc bien capable de nous faire sentir le mouvement et le temps. Le passé, le présent et le futur se télescopent dans notre cerveau et nous montrent le « film » de la parabole. Oui, l’artiste a choisi un instant précis, mais il a sélectionné, dans sa recherche cinétique celui qui pourrait le mieux possible nous laisser entrevoir le déroulement du temps. A une époque où la science n’est pas encore parvenue aux notions toutes modernes d’espace-temps et d’entropie (terme de la thermodynamique qui signale l’évolution vers un état de chaos croissant), Bruegel, dans un souci didactique et d’édification, a réussi à nous faire réfléchir sur le sens de la vie, sur l’aveuglement dont nous souffrons tous plus ou moins et sur les conséquences désastreuses du dit aveuglement. Même en dehors du contexte religieux, l’art se fait réflexion sur la vie et sur le temps.
20 août 2010
Babel
La Bible raconte qu'après le Déluge, les descendants de Noé décidèrent de bâtir une tour dont le sommet toucherait le ciel. Ce symbole serait le symbole de la communauté et lui éviterait la dispersion sur toute la surface de la terre.
Mais elle constituait un défi à Dieu, puisqu'elle devrait permettre aux hommes d'arriver par eux-mêmes jusqu'au Ciel, ce qui ne pouvait être toléré par le Créateur. Les audacieux furent donc condamnés à perdre leur langage commun (on se croirait presque dans les conflits linguistiques de la Belgique actuelle!). Incapables de communiquer, ils ne purent poursuivre leur construction et se dispersèrent partout sur la terre.

De 1553 à 1563, période à laquelle Pieter Bruegel, dit l'Ancien, peint son célèbre tableau, il vit à Anvers, où, sur la Place du Marché, était dressée une énorme grue que l'on peut distinguer au deuxième étage de la rampe à droite de la tour. Elle fonctionne avec six hommes, trois dans la roue avant, visibles sur le tableau, et trois dans la roue arrière.

La peinture imagine évidemment l'énorme construction biblique ainsi que la ville qui s'étend autour, mais en multipliant les emprunts à son expérience personnelles de citoyen d'Anvers comme à de nombreux souvenirs de voyage. Les allées intérieures, les arcs et les étages évoquent le Colisée et le Château Saint-Ange à Rome qu'il avait visités.
La description de l'architecture de la tour par Bruegel, avec ses nombreuses arches et d'autres exemples de l'ingénierie romaine fait penser de manière délibérée au Colisée qui représentait pour les chrétiens de l'époque le symbole de la démesure et de la persécution.
La peinture de Breughel semble attribuer l'échec de la construction à des problèmes d'ingénierie structurelle plutôt qu'à de soudaines différences linguistiques d'origine divine. Bien qu'à première vue la tour semble constituée d'une série stable de cylindres concentriques, un examen plus attentif montre à l'évidence qu'aucun étage ne repose sur une vraie base horizontale; la tour est plutôt construite comme une spirale ascendante. Les arches sont cependant construites perpendiculairement au sol incliné ce qui les rend instables, quelques unes se sont d'ailleurs déjà écroulées. Plus troublant peut-être: le fait que les fondations et les couches inférieures de la tour n'ont pas été finies avant que les couches supérieures ne soient construites.

La peinture est censée représenter les dangers de l'orgueil humain mais aussi l'échec de la rationalité classique face au divin.
Beaucoup de commentaires expliquent cette toile de Breughel. La Tour de Babel renvoie, bien sûr, à la Bible et la présence à l'avant-plan du roi Nemrod confirme la référence à la Genèse. Le moment choisi par le peintre est celui de la construction, au moment où tous les hommes parlent encore la même langue.
Le symbole de la Tour peut cependant prendre d'autres significations. Nemrod passe en revue les travaux et un architecte se prosterne à ses pieds. Entreprise d'un régime fort, dans une société que le pouvoir opprime, la construction est vouée à l'échec. D'autres y voient au contraire l'expression du progrès humain.

En situant le tableau dans le contexte historique, certains y ont trouvé une métaphore de la Réforme: critique de la futilité de l'Église catholique, trop attachée aux richesses selon Luther et ses adeptes. L'intérêt de Breughel pour le sujet tient peut-être aussi dans la situation d'Anvers: l'essor rapide de la ville est menacé par les affrontements religieux. La présence de marchands étrangers ajoute à la "confusion" qui règne dans cette ville champignon.
La Tour de Babel, dont le sommet perce les nuages, domine une ville flamande aux toits gothiques. Elle se trouve au bord d'un port dont le trafic semble dense … Anvers? On est frappé par l'activité sans relâche, par les détails microscopiques de construction: appareils de levage, cintres, échelles , cabanes pour les artisans de chaque corporation... Breughel avait sans doute eu l'occasion d'observer l'édification des cathédrales gothiques de son temps.
Cette toile fascine par l'entreprise démesurée que des hommes ont conçue. L'histoire nous dit qu'elle restera inachevée mais devant ce tableau, on se prend à y croire, on a envie d'encourager ces ouvriers-fourmis qui ont eu l'intelligence d'associer la nature (rocher) à leur construction.

Il s'agit donc d'une représentation particulièrement réaliste d'une ville imaginaire, à un moment où Anvers est en train de devenir le premier port commercial d'Europe occidentale, lieu de croisement d'hommes et de marchandises en provenance de tous les pays, où l'on parle de nombreuses langues.
Logiquement, Breughel a vu dans la cosmopolite Anvers une nouvelle Babel: une Babel divisée par les langues mais aussi par la multiplication des sectes contre lesquelles l'Eglise réagissait alors avec fermeté.
C'est parce que le peintre appartenait lui-même à cette Schola caritatis, condamnée par la papauté, qu'il avait dû quitter Anvers pour trouver refuge à Bruxelles.
La Tour de Babel est exposée au Musée d'Art et d'Histoire de Vienne. Une autre œuvre du peintre sur le même sujet, La "Petite" Tour de Babel (c. 1563) se trouve au Musée Boymans-van Beuningen à Rotterdam.

23 février 2009
Icare oublié !

Jacob Peter Gowi, La Chute d'Icare, 1636, d'après Rubens
« Cependant Dédale, las de

Carlo Scareni (1579-1620), La Chute d'Icare, 1607
L’histoire est bien connue et fait partie des grands mythes dispensateurs de la morale classique. Icare, dans sa jeunesse fougueuse, ne tient pas compte des conseils de son père. Sorte de plaidoyer pour le voie du milieu, la constance et la mesure en toutes choses, la tragédie d’Icare a été traitée à de nombreuses reprises par les peintres et les artistes de toutes les époques. Plus ou moins fidèles à la pensée d’Ovide, certains se sont contentés d’une illustration remarquable de la fable. D’autres, au contraire, y ont amené un sens nouveau et très étrange. C’est le cas de cette version superbe de Pieter Bruegel (vers 1525-1569),

Pieter Bruegel (1525-1569), La Chute d'Icare, 1560.
Ce qui est étrange, d’abord, c’est qu’on cherche en vain la présence de nos hommes oiseaux dans le ciel. A l’inverse des autres représentations du thème, Bruegel semble insister sur la disparition des deux personnages. C’est comme s’ils étaient déjà passés. Le paysage et ses personnages ont déjà recommencé leur labeur. Ils semblent nettement moins surpris que ceux d’Ovide. Pourtant, on distingue dans l’eau, juste devant le bateau, la jambe d’Icare, seul membre à encore sortir de l’onde. Il est déjà tombé. Sa chute pourtant spectaculaire et moralisatrice n’a pas suscité de réaction forte ni d’agitation dans le petit monde alentours. Dédale, quat à lui, a purement et simplement disparu. Il a quitté la toile et l’angle de vue des personnages du tableau.
Détail
Et pour cause, la morale de l’histoire, ils la connaissent déjà tous ces hommes au travail. Ils ont depuis longtemps compris que le labeur est la voie du milieu, leur moyen de survie. Pour eux, il n’est pas question d’atteindre le soleil, ni même la connaissance qu’il peut symboliser dans sa divine lumière. Alors vous pensez bien, Icare, c’est de l’histoire ancienne, de la philosophie imagée. Cette attitude d’indifférence face au destin d’Icare jette non seulement un voile sur leurs illusions depuis longtemps perdues, mais aussi sur l’espoir de sortir d’une condition humaine laborieuse et difficile.
Est-ce à dire que les personnages de la toile affichent leur absence de bonheur face à la vie ? Je ne crois pas. Il me semble, au contraire, qu’ils ont cerné l’essentiel de leur existence, certes modeste, mais paisible. Il se dégage de la toile une vision idyllique de la nature qui permet non seulement à l’homme de la cultiver pour en retirer la nourriture utile à la vie, mais aussi de pêcher, d’élever, bref de vivre en accord avec la terre. C’est justement ce que n’avait pas encore compris Icare malgré les avertissements de son père.
Décidément, cette toile reste une vision très moderne de l’homme et de la sagesse qu’il devrait acquérir. C’est l’affirmation d’un monde moderne pour qui le mythe ne fait plus sens. Un monde qui doit s’éloigner des rêveries (qui n’a jamais rêvé de voler ?) pour se concentrer sur les tâches humaines. Cette vision du peintre, qui délaisse souvent la mythologie, est sans doute révélatrice d’une société qui par son caractère productif et commercial (agriculture, bateaux, pêche, élevage, on distingue la ville au fond de la toile), délaisse ses modèles, ses figures de références, ses pères … et même ses fils !
Alors, quel est le message du peintre ? Personne ne peut le dire à coup sur…et il est peut-être double. En se détournant de la mythologie, donc, d’une certaine manière, de la culture ancestrale au profit d’une voie du milieu sage, mais liberticide, l’homme n’est-il pas en train de se perdre ? L’indifférence face au malheur d’Icare n’est-il pas le reflet d’une société qui dans son besoin de productivité effréné, perd son humanité, ne vit plus, ne risque plus ?
Au fond, ne sommes-nous pas encore dans ce processus aujourd’hui. Face au monde en folie et aux diverses catastrophes mondiales de toutes sortes, ne replongeons-nous pas dans notre quotidien en nous forçant à nous concentrer sur notre « nous-même » avec des œillères particulièrement efficaces ? Le malheur des autres, on ne veut pas le savoir et quand on s’y intéresse, c’est souvent pour nous dire simplement que nous ne sommes pas si mal lotis après tout… Dans cette optique, hélas bien pessimiste, le message du peintre doit nous secouer et nous faire sortir de notre torpeur. C’est aussi le rôle de l’art… !
Écrit par Jean-Marc Onkelinx dans Arts | Commentaires (4) | Tags : bruegel, icare |
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15 mai 2008
Un instant choisi ?
De tous temps, les artistes ont voulu représenter le souffle de la vie dans leurs œuvres. Chaque discipline possède ses propres techniques et ses particularités représentatives. Ainsi, les arts iconographiques sont forcés de fixer un moment avec l’impossibilité de le faire durer. J’ai déjà évoqué ce phénomène plusieurs fois car il me fascine.
Ce n’est pas tant l’impossibilité du temps qui me touche dans la peinture que la volonté des artistes de donner une direction, une suggestion du mouvement. Précédant en cela l’art cinématographique qui pourra montrer l’image dans la continuité de son mouvement donc du temps, les artistes d’époques reculées ont rivalisé d’astuces pour nous faire parvenir cette étrange sensation d’un passé, d’un présent et d’un futur dans leur œuvres. L’œil distingue le moment représenté, mais le cerveau projette, par sa logique et l’expérience, le devenir de l’œuvre ainsi que son histoire.
Ainsi cette fameuse « parabole des aveugles » de Pieter Bruegel, détrempe sur toile, 1568.

Nous pourrions arrêter notre observation en décidant que le peintre a décidé de nous montrer un instant choisi de cette parabole. La phrase de Saint Matthieu que le peintre illustre est celle-ci : « Si un aveugle conduit d’autres aveugles, ils tomberont tous dans le fossé ». Nous comprenons immédiatement que l’énoncé est poly sémantique. L’image première représente ce cortège des aveugles qui, pour ne pas se perdre, se tiennent l’un l’autre et évoluent à tâtons jusqu’à la catastrophe. La seconde se veut plus spirituelle et philosophique. Elle évoquerait d’ailleurs des sectes obscures qui passent à côté du vrai message que Saint Matthieu défend. Dans une troisième acceptation plus large, cette fois, la parabole des aveugles est un enseignement de la vie et du parcours que nous y faisons.
D’un point de vue strictement pictural, Bruegel a décidé de placer la scène dans la nature, à proximité d’un village dont l’église est le symbole. Manifestement, les personnages ont décidé de quitter le village et, forcément, l’église qui les protégeait spirituellement. Ils s’en vont donc à travers champs, longeant sans doute un fossé dont nous distinguons le bord à l’avant plan gauche.


Rapidement, notre regard s’attarde à l’événement principal. De part et d’autre d’une zone vide qui remonte verticalement vert le clocher de l’église et située dans un rapport de nombre d’or par rapport à la toile, nous voyons deux aveugles en train de perdre l’équilibre. La métaphore du vide par l’éloignement du clocher et la rupture qui s’opère dans le cortège sont de même nature. Les visages douloureux et surpris ajoutent à la catastrophe. Il est sur qu’ils vont tomber tous l’un après l’autre.

Même si le peintre nous montre que plus on remonte la file des aveugles, moins la catastrophe est prévisible, notre expérience nous dit que, dans le futur proche, tous seront par terre. En montrant le présent, l’artiste nous laisse deviner le futur. Mais il nous montre aussi le passé. Pour cela, nous devons nous diriger vers l’extrême droite du tableau.
Le conducteur du convoi est déjà par terre. Couché sur le dos, il a perdu, semble t-il tout contact avec le monde et paraît même être incapable de se relever pour éviter la chute des autres. Son inconscience l’a mené dans une situation bien précaire. Ce passé, est la cause qui crée l’effet dans le présent et ses conséquences dans le futur. La ligne directrice du temps est curieuse puisqu'elle traverse le tableau de gauche à droite, simulant l'écoulement du temps dans la représentation linéaire que nous en avons souvent. L'axe central est le lieu exact du présent. La perte d'équilibre y commence clairement. Les deux lignes situées au nombre d'or sont, à gauche, la limite de la perception de la catastrophe imminent et, à droite, la notion de vide et de distance par rapport à l'église du village. Dans cette dernière section, le chaos prend des proportions irréversibles. Toute la partie gauche de la toile représente d'une certaine manière le présent qui ne soupçonne pas encore la futur, tandis que la partie droite un présent qui mesure l'erreur du passé.

L’artiste, dans l’immobilité physique de sa toile est donc bien capable de nous faire sentir le mouvement et le temps. Le passé, le présent et le futur se télescopent dans notre cerveau et nous montrent le « film » de la parabole. Oui, l’artiste a choisi un instant précis, mais il a sélectionné, dans sa recherche cinétique celui qui pourrait le mieux possible nous laisser entrevoir le déroulement du temps. A une époque où la science n’est pas encore parvenue aux notions toutes modernes d’espace-temps et d’entropie (terme de la thermodynamique qui signale l’évolution vers un état de chaos croissant), Bruegel, dans un souci didactique et d’édification, a réussi à nous faire réfléchir sur le sens de la vie, sur l’aveuglement dont nous souffrons tous plus ou moins et sur les conséquences désastreuses du dit aveuglement. Même en dehors du contexte religieux, l’art se fait réflexion sur la vie et sur le temps.



