côte belge

  • Maître Soleil!



    On aura tout entendu… ! Encore plongé dans le demi-sommeil du petit matin, j’ai été tiré de ma torpeur, hier matin,  par un titre d’actualité de la plus haute importance. Le journaliste, chargé de réaliser un bulletin d’informations concis, avait choisi de mettre en avant cette étrange contestation des commerçants et des bourgmestres de la Côte belge, à savoir une protestation contre la mauvaise qualité des prévisions météorologiques pénalisant leurs chiffres d’affaires… ! Ils envisagent de démasquer le coupable et  de le traîner devant le tribunal. Il faut dire que les erreurs à répétitions ne sont pas faites pour rassurer les touristes d’un jour, découragés effectivement de prendre la route au moindre coup de vent… Et affirmer dès aujourd’hui que le mois d’août pourrait être pourri, à l’instar de Météo Belgique, est, ma foi, bien audacieux !

    Il n’en fallait pas tant pour que chaque prévisionniste se mette à justifier la véracité de ses propos. Et on sait que ces dernières semaines, les prévisions s’apparentent plus à de la prédiction à la manière de Madame Soleil ! Plus le pays est petit, plus les prévisions sont compliquées et les changements de temps… imprévisibles fréquents. Alors, encore une histoire bien belge… dans laquelle les plaignants sont prêts à convoquer Maître Soleil et Madame Pluie comme témoins, Monsieur Gros Sous comme juge et Monsieur Météo comme accusé… ? Ce qui pourrait n’être qu’un gag de premier avril suscite cependant quelques réactions… tout aussi saugrenues sans doute !

    météo,côte belge,tourisme,vacances



    Car ma première réaction a été de penser que le citoyen belge a toujours dû composer avec la météo capricieuse de notre pays. Le fait est là, nous ne sommes pas en Espagne ou en Italie. En été, il pleut souvent. C’est le climat tempéré maritime avec ses lots de nuages, de pluies et de grisailles. D’ailleurs, ceux qui ne peuvent pas le supporter et qui en ont les moyens fuient à l’étranger quelques fois par an pour trouver le dieu soleil qui, dit-on, nous manque tant.

    Parmi ceux qui restent, deux types de personnes : les premiers sont ceux qui pourraient partir, mais trouvent dans des vacances de proximité un plaisir suffisant pour recharger les batteries. La Belgique et ses proches abords regorgent en effet de coins et de recoins magnifiques où il fait bon vivre, se promener, visiter,… Les seconds sont ceux qui n’ont pas les moyens de partir… et qui n’ont d’ailleurs pas la possibilité de voyager en Belgique non plus ! Je crains d’ailleurs que ceux-là ne constituent pas vraiment la population que nos bourgmestres côtiers attendent. Ils ne dépensent sans doute pas 35 euros par personne en moyenne, ceux là (voir l’article RTBF).

     

    météo,côte belge,tourisme,vacances




    Ceux qui choisissent des vacances à la Côte belge ne dépensent donc pas moins que ceux qui vont à l’étranger. De plus, s’ils espèrent le soleil, ils savent pertinemment bien, et depuis toujours, que c’est une loterie. Les touristes d’un jour sont donc les plus susceptibles de renoncer à leur excursion à cause d’une prévision météo. Mais est-ce la seule raison ?

    météo,côte belge,tourisme,vacances



    Tentez le coup… ! …Si le cœur vous en dit ! Prenez votre voiture de bon matin et partez pour Ostende (200km à partir de Liège). Dès l’approche de Bruxelles (à Leuven à 80 km), les ralentissements commencent. Tout le « ring » de la capitale (le périphérique pour les français) est encombré. Et l’autoroute jusqu’à la mer n’est qu’une file. Si vous partez à 7H du matin de Liège et que vous avez de la chance (pas d’accident ou de catastrophiques travaux souvent programmés en été), vous arriverez à Ostende entre 10H et 10H30. C’est la même galère pour le retour. Pour une journée ensoleillée ou pluvieuse, six heures de route dans le meilleur des cas… la faute à la densité de circulation et à un réseau autoroutier saturé.

    Qu’à cela ne tienne… prenons le train. Ligne Liège-Ostende, départ Liège Guillemins… toutes les heures. Plus de deux heures de route, certes, mais cool… vous êtes dans le train. Pas de chance ! Les trains sont bondés. Entre les navetteurs qui se rendent ou reviennent du travail… on peut les excuser, et les touristes découragés par la voiture… impossible de s’asseoir. Mieux, je me souviens d’un trajet passé debout dans le sas du wagon, compressés comme des sardines, plus de trente degrés, des gens qui pleuraient de claustrophobie… une aventure qui vous décourage à tout jamais d’aller à la mer en train en été… épuisant ! J’exagère ? Essayez !

    météo,côte belge,tourisme,vacances

    La plage d'Ostende



    Pas surprenant que les wallons affirment de plus en plus leur besoin de changer d’air. La Côte d’Opale, magnifique, en France ou la Zélande aux Pays-Bas sont accessibles bien plus facilement… en voiture du moins. Et s’il n’y a pas trop de travaux et que la météo est convenable vous arrivez plus vite à Wuissant ou à Sluis qu’à Ostende. Mais sont-ce la encore les seules raisons ?

    Celle qui effleure mon esprit me déplait fortement et est à l’opposé de mes convictions, mais elle ne peut plus être niée, il me semble. Je me fais donc violence pour l’évoquer tout de même. On récolte ce qu’on a semé. Vous me comprenez bien. Les discours de certaines autorités flamandes qui conspuent les francophones en insinuant leur paresse, leur bêtise, leur manque de connaissance de la deuxième langue nationale (ce qui, d’ailleurs, est malheureusement vrai), en revendiquant leur différence avec intolérance et en réduisant l’autre à un voleur de la richesse flamande a fait son chemin. Lorsque ces idées semblaient marginales, on n’en tenait pas compte. Lorsqu’elles remportent l’adhésion de plus de 40% de la population flamande, c’est une autre histoire… ! Hélas, beaucoup de ces francophones passaient jadis leurs vacances à la Côte belge… et y dépensaient leur argent. Ah ces politiciens flamands qui n’ont pas peur de revendiquer la richesse de leur région (je suis sincèrement admiratif de cette réussite) et qui considèrent qu’ils sont en Belgique ce que l’Allemagne est à l’Europe… la vache à lait (j’en suis moins sûr) !

    météo,côte belge,tourisme,vacances



    Dans ces conditions, si les Wallons vont moins à la Côte belge… euh…la Vlaamse Kust (la côte flamande), comme certains la revendiquent, c’est parce qu’ils ne se sentent plus bien accueillis, c’est qu’ils sentent l’oppression face à la langue et sentent le regard du mépris. C’est un peu comme si les Ardennes belges devenaient soudain les Ardennes wallonnes… !

    Qu’on me comprenne bien. Je suis le premier à réclamer à corps et à cri la connaissance des trois langues nationales (que je ne possède pas moi-même, ce qui me complexe d’ailleurs) et je comprends les frustrations linguistiques et communautaires. Mais avouons que nos amis du nord y ont été un peu fort ces derniers temps et ont découragé beaucoup de francophones non bilingues à venir paisiblement chez eux. Et si en France, on parle le français, et si en Zélande, tout le monde fait un effort pour baragouiner deux mots d’anglais, de néerlandais et de français, on n’y ressent pas du tout cette pression linguistique et sociale. Pourtant, la plupart des commerçants et des tenanciers parlent parfaitement deux ou trois langues. Le problème ne vient pas d’eux, mais des politiques populistes en plein développement en Flandre… ou de la médiatisation qui en est faite… Ah mais justement…

    N’est-ce pas là une raison supplémentaire, plus insidieuse et perverse encore ?… Est-ce que tout, dans le traitement de l’information, n’est pas fait pour créer la peur et la méfiance chez le citoyen ? J’en parlais récemment dans un autre billet, la manière dont l’information est traitée semble toujours viser le sensationnalisme... que ce soit dans les faits divers, l’actualité internationale ou… la météo, on y revient. Avez-vous observé comme moi que l’expression « orage violent », par exemple, accompagne chaque bulletin météo annonçant l’orage ? Avez-vous remarqué que dès qu’il y a dix centimètres d’eau dans une rue (ce qui est toujours très désagréable pour les victimes, bien sûr, mais a toujours existé !), on en fait le premier titre des journaux télévisés. N’avez-vous jamais trouvé étrange que, chaque fois, un envoyé spécial, en direct, cherche maladroitement à commenter… le non-événement ? Je pourrais multiplier les exemples sidérants de non-informations qui jonchent les journaux télévisés. Cela fait peur… et cela génère de l’audimat !

    météo,côte belge,tourisme,vacances



    Mais attention, messieurs les journalistes et prévisionnistes de tous poils, le jour où vos prévisions seront devenues tellement nulles qu’elles n’émouvront plus personne, j’espère que vous n’aurez pas raison en prédisant une vraie catastrophe…  car vous serez responsables du fait qu’on ne vous aura pas cru…

    Alors n’est-ce pas là la leçon de cette histoire belge… ? Que ceux qui font l’information reprennent leurs règles de critique et que ceux qui veulent accuser le Soleil de déserter les plages belges cherchent un peu en eux les raisons d’une triste récolte ! Quant au téléspectateur, il croit ce qu’on lui dit, il prend les choses au premier degré…il a une telle confiance dans ce qui est dit à la sacro-sainte télévision que la moindre prévision devient pour lui une certitude. On le voit, c’est vraiment à chacun de faire son examen de conscience… !

    Bon week-end… belge !


    Lien permanent Catégories : Actualité, Général 2 commentaires