cassard

  • Tout Debussy !



    Jouer toute la musique pour piano de Debussy en une seule journée de quatre concerts ! Voilà le défi que s’est lancé le pianiste français Philippe Cassard en 1993. Depuis, il a sillonné le monde avec cette prouesse musicale pour le plus grand plaisir des mélomanes. Hier, il était à Liège, à la Salle philharmonique, pour donner ainsi la seconde partie du Festival Debussy qui avait débuté, déjà sous la houlette de Cassard, en février 2012. On avait alors pu entendre les œuvres de musique de chambre, mélodies, œuvres pour deux pianos et quelques œuvres orchestrales assez rares.

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    Photo Vincent Catala



    La journée de dimanche, estivale à souhait, n’encourageait pas le public à s’enfermer du matin au soir dans une salle de concert. Pourtant, ceux qui avaient décidé de venir ne l’ont pas regretté. Cassard exprime cette musique avec une virtuosité qui n’est jamais au service de la démonstration. Chaque noter est pensée, les couleurs particulièrement riches et subtiles de l’harmonie de Debussy sont profondément senties. Les mélodies chantent magistralement leur expression toute symboliste. L’humour ou parfois l’ironie d’un compositeur parfois « pince sans rire » (comme l’accord de Tristan intégré à la danse Golliwogg’s Cake-walk de Children’s Corner, la vieille chanson « Nous n’irons plus au bois… » dans les jardins sous la pluie des Estampes,… par exemple) trouvent ici leur juste place.



    Mais ce qui transparaît le plus chez Philippe Cassard, c’est qu’au-delà de son talent exceptionnel de pianiste, on sent une rare culture profondément assimilée qui nourrit l’œuvre. Pas d’intellectualisme, bien sûr, mais le sentiment profond de la correspondance entre les arts. Les couleurs qu’il offre à travers son clavier sont issues d’une compréhension totale de cette époque particulière, celle de la France au tournant de siècle, au moment où les réactions contre le naturalisme, contre le romantisme devenu académique, prennent des directions nouvelles vers la suggestion des symbolistes ou la perception de l’éphémère des impressionnistes, bref, vers une autre manière, plus sensuelle d’exprimer les archétypes humains. À vrai dire, on ressent même une forme d’hédonisme et parfois de narcissisme dans la manière dont le pianiste nous berce des ses sonorités.

    Il en résulte alors l’émotion à l’état pur, d’une part, mais aussi le sentiment, plus tragique, celui-là, de l’éphémère et de la finitude.

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    Pour prolonger encore un peu ce merveilleux Festival Debussy, je vous invite à (ré) écouter l’intégrale que Philippe Cassard a publiée pour DECCA (Universal) en 1994 et rééditée au début de l’année 2012.

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    À écouter aussi sans modération, ce programme Debussy pour piano à quatre mains et deux pianos enregistrés récemment, toujours pour DECCA (Universal) avec François Chaplin (2012)… Que du bonheur !

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