centre ville

  • Centre ville

     

    À Liège, ces derniers temps, de plus en plus de voix se font entendre pour dénoncer la désertion du centre ville par les promeneurs et les touristes. En filigrane, le danger que représente ce phénomène pour les commerces, la vie des citadins, la sécurité et la propreté. On peut même se demander si le cercle vicieux de la désertion qui entraine une insécurité croissante avec tous les dommages collatéraux inévitables ne va pas sonner le glas des quartiers jadis les plus fréquentés de Belgique.

     

     

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    Bien sûr, mon propos peut sembler excessif. Un centre ville reste un nerf économique très important pour la ville toute entière et ses agglomérations. Mais qu’on y regarde de plus près… L’ouverture successive de trop de centres commerciaux à la périphérie a contribué à diminuer la fréquentation de la ville.

    La météo aidant, la ville est toujours trop chaude, trop froide, trop humide, trop ceci ou trop cela pour nos contemporains habitués au confort moderne. Par contre, bon nombre de consommateurs préfèrent les ambiances aseptisées, à l’abri des intempéries, des centres commerciaux. Les enseignes commerciales ne s’y sont pas trompées. Beaucoup ont multiplié leurs points de vente en ouvrant boutiques et surfaces commerciales dans les galeries commerçantes de la périphérie… Ce qu’on disait bon pour l’emploi se révèle être un simple déplacement ou une répartition d'un même personnel sur plusieurs surfaces. Mais voilà, le public drainé par ces temples de la consommation déserte le centre ville. Engrenage: des magasins ferment en ville pour ouvrir dans les centres commerciaux ou, plus grave, mettent la clé définitivement sous le paillasson. Le gain ? Difficile à mesurer...

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    Mais entretemps, le centre ville qui possédait déjà une réputation parfois douteuse, se vide encore plus. Mais que reproche-t-on au centre ville ? Qu'y a-t-il de plus agréable que les quartiers avec toute la diversité des ambiances, des gens et des lieux? Comme dans la plupart des villes, la personnalité de la des rues témoigne encore un peu (très peu sans doute) des anciennes attributions, des anciens métiers et des corporations. Certains quartiers plus chics, d'autres plus populaires, des zones où se développent les cultures étrangères, italiennes, chinoises, africaines, ... Tout cela crée la dynamique et la diversité d'un centre ville qui échappe encore un peu à l'aspect complètement formaté et impersonnel des centres commerciaux.

    Mais la ville pêche d’abord par son manque de propreté. C’est vrai que le liégeois, honte sur nous, ne respecte pas la propreté de sa ville. Durant cet été, visitant plusieurs villes belges et étrangères, je me disais qu’aucune ne pouvait rivaliser avec la saleté de Liège. Bien au contraire. Les villes allemandes sont d’une propreté exemplaire. Pas un déchet, un emballage, une canette laissée par terre. Et pourtant les poubelles publiques ne sont pas plus nombreuses que chez nous. Les villes flamandes (Anvers, Bruges, Gand, Hasselt) suivent le même exemple. Comment font-ils ? Ont-ils des services de voirie plus performants que les liégeois ? Je ne le crois pas.

    Aux grands maux, les grands remèdes, les responsables politiques de Liège allouent d’énormes budgets à la propreté et enregistrent d’ailleurs des progrès conséquents, dit-on (http://www.liege.be/proprete/une-ville-propre-cest-laffaire-de-tous-15-mesures-concretes). J'ai même lu quelque part, sur un site officiel, qu'une étude indépendante avait classé Liège au niveau 4 d'une échelle à 5 degrés (le rang cinq est le maximum de la propreté), c'est dire les progrès accomplis ... à certains moments!

     

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    Conscientiser la population à la propreté de la ville, c’est bien. C'est le but des autorités. Malheureusement l’éducation de la propreté doit se faire depuis la plus tendre enfance et dans le milieu familial. J’ai parfois l’impression, à voir le comportement des passants, que ce pan de l’éducation manque à beaucoup de liégeois. Les étrangers, de passage à Liège, ou installés depuis quelques temps n’en reviennent pas. Nulle part, me disent-ils, on ne voit des gens « pisser », passez-moi l’expression, sur les murs publics, dans les recoins des parkings ou ailleurs encore ! Il est vrai que Liège ne possède pas beaucoup de toilettes publiques, mais il y en a. C’est inadmissible !

    Mais malgré cela, il faut bien admettre que Liège n'est pas une ville riche. Le taux de chômage y est important. La sidérurgie et les crises économiques passées et présentes n'arrangent rien. La pauvreté gagne une bonne partie de la population. Ce n'est pas une raison pour se laisser aller et s'enfoncer plus encore. Au contraire, dans les crises et les difficultés, il faut redresser la tête et retrouver cette fierté que les liégeois ont en eux. Et ils l'ont, c'est sûr!

     

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    Autre problème majeur, la toxicomanie ! S’il y a des toxicomanes dans toutes les villes, ils sont visibles plus qu’ailleurs au centre de Liège. Cela fait des années que cela dure. De véritables trafics s’organisent au vu de tous, dans les recoins des endroits les plus fréquentés, il n’est pas rare d’assister au délire d’un jeune homme ou d’une jeune fille ravagé par la drogue et en proie aux plus effrayantes visions. C’est insupportable ! Les services de police semblent impuissants face à ce fléau. La Ville aussi ! Car cela dure depuis vingt ans au moins (cela fait vingt ans que je travaille au centre ville et que je peux observer cela, rien ne change) et je crois que cela s’aggrave chaque année…

     

     

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    Tout cela crée inévitablement une insécurité et une réticence des promeneurs et touristes à venir faire leur shopping au centre de la Cité ardente. Ajoutez à cela des prix de stationnement complètement indécents, une absence de politique de mobilité (pas d’infrastructure de parkings périphériques avec navettes) et de bouchons continuels sur les grands axes de la ville, vous admettrez qu’il reste beaucoup à faire pour rendre le centre ville attractif. De grands projets d'aménagements sont mis en oeuvre. On parle de réimplanter le tram. Imaginez les nouveaux travaux, pendant des années (l'exemple de la Place Saint Lambert, dont les travaux ont duré... 30 ans a fait le tour de la Belgique et la risée des liégeois) ... N'y a-t-il rien de plus urgent, ne faut-il pas d'abord réhabiliter la ville, ses rues, ses façades et ses monuments existants? Mais tout est toujours si lent... les idées ne manquent pas, mais les fonds et les concrétisations ne suivent pas toujours, hélas...

     

     

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    Et pourtant, Liège ne manque pas d’atouts majeurs. Cité historique, jadis principautaire et florissante, Liège est située au carrefour des cultures allemande, hollandaise et française, ses infrastructures ferroviaires et autoroutières sont remarquables et la placent à proximité des grandes villes européennes telles que Bruxelles, Paris, Cologne ou Amsterdam. Au point de vue du tourisme, la ville comporte, en son centre, d’innombrables édifices historiques d’une beauté extraordinaire. La superbe gare Calatrava (moins au centre !) mérite le déplacement. Liège possède aussi de grandes ressources muséales. Le Grand Curtius et ses infrastructures modernes intégrées à des édifices historiques est l’un des fleurons de notre patrimoine. Au point de vue culturel et musical, Liège possède deux grandes maisons qui comptent en Europe : l’Orchestre philharmonique de Liège et sa magnifique salle philharmonique et l’Opéra Royal de Wallonie dont l’imposant bâtiment est à l’heure actuelle en phase de restauration. Des festivals de musique se déroulent à Liège : les Ardentes, par exemple, attirent de nombreux publics étrangers. Et Liège est aussi une ville jeune puisqu’elle est universitaire. De nombreux étudiants belges et étrangers font vivre la ville dans une ambiance inégalée de jour comme de nuit. On pourrait encore multiplier les avantages de cette ville de 200 000 habitants, métropole culturelle, qui se doit d’assurer son avenir en forçant le destin.

     

     

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    Car il est bien connu que le liégeois, aussi sympathique soit-il, peut parfois se montrer négligent sur les points essentiels destinés à rendre sa ville attractive. Voir les gens venir à Liège pour le plaisir, pour son ambiance, pour ses monuments et sa population ... voilà un rêve que je nourris depuis longtemps! On est encore loin du compte!

    Il y a quelques mois, Jean-Pierre Rousseau cernait bien le problème dans un entretien qu'il accordait à François Brabant paru dans Le Vif L'Express du 23 avril dernier. A la question du journaliste qui, dans le fil de la conversation (d'où l'importance de replacer ce propos dans son contexte: http://rousseaumusique.blog.com/2010/04/28/entretien/ ), lui demandait si la Wallonie était grise et terne, il répondait:

    "Ah oui! Les villes en tout cas. Dans les villages, je constate une vraie volonté de s’y sentir bien. Mais les villes, j’ai l’impression que c’est à tout le monde et à personne et qu’on s’en fout un peu. Liège accueillera peut-être une exposition internationale en 2017. Génial ! Mais tous les citoyens doivent maintenant s’y mettre. Car ils n’ont pas intérêt à proposer cette ville-là à leurs visiteurs. La statue de Charlemagne est entourée de grillages. Il faut restaurer la statue ? Eh bien, pourquoi ne le fait-on ? la fontaine magnifique qui se trouve sur la place de l’Hôtel de Ville ne tient que grâce à des espèces de gros élastiques. Ce n’est pas possible, un truc pareil ! Le problème, c’est que les habitants de cette ville sont tellement habitués à ça. Ils n’y font même plus attention. Quand on se déplace vingt kilomètres plus loin, à Maastricht, on se dit : waouw ! Peut-être est-ce même trop beau… Ce sont exactement les mêmes constructions qu’on rencontre à Liège et à Maastricht, sauf qu’une ville a pris conscience qu’il faut sourire aux visiteurs, l’autre pas."

    Certains diront que le propos est dur, certes, il l'est. Mais il est vrai, il est grand temps d'en prendre conscience. Si le phénomène de la désertification des centres villes tend à se généraliser là où fleurissent les centres commerciaux impersonnels, ne laissons pas dépérir notre patrimoine citadin. Il est notre culture, notre identité. Il faut la soigner... absolument car pour plagier un slogan publicitaire bien connu, nous le Wallons bien...!

     

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