chant de la terre

  • Un Testament…



    J’ai eu la chance d’entendre une fois en concert le grand chef Carlo Maria Giulini (1914-2005) au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Il était à la tête de l’orchestre de la Scala de Milan. J’en ai gardé un souvenir particulièrement fort. Il transcendait de son calme et de sa stature d’aigle, un orchestre qui était pourtant bien loin de rivaliser avec les grandes formations symphoniques européennes. Depuis lors, chaque apparition d’une réédition de ses enregistrements passe par ma discothèque et à chaque écoute, il distille une véritable émotion, de celles qui vous prennent toujours par surprise même quand vous avez écouté cent fois le même enregistrement.

    Je considère, par exemple, sa version de la Neuvième Symphonie de Mahler comme l’une des meilleures de la discographie, disqualifiant les plus réputées par un lyrisme tout particulier et une gestion du temps musical inouïe. J’aime aussi beaucoup son « Inachevée » de Schubert, sa Septième de Bruckner et beaucoup d’autres que je n’énumérerai pas ici pour ne pas risquer une liste aride et trop longue. Ses enregistrements américains réédités récemment par DGG, sont des incontournables de la discographie. C’est étrange comme bien souvent les mélomanes estiment Giulini mais avouent ne pas connaître ses enregistrements. Il fut pourtant à mon sens l’un des plus grands chefs du XXème siècle.


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    Et si je vous parle de lui aujourd’hui, c’est pour évoquer la réédition récente sur le label TESTAMENT (à ne pas confondre avec un cd ORFEO qui propose le même programme avec les mêmes solistes, mais l'Orchestre philharmonique de Vienne) d’un concert particulièrement mémorable où le chef italien dirige l’Orchestre philharmonique de Berlin dans le Chant de la Terre de Gustav Mahler. Les plus avertis penseront qu'il s'agit de l'enregistrement paru chez en 1984 avec la même distribution. Pourtant, il n'en est rien. il faut croire que la fameuse marque jaune avait sans doute sélectionné d'autres bandes que celle-ci, moins brutale et plus lyrique… Une merveille ! Voici l'enregistrement DGG de l'Adieu, disponible sur YouTube:





    Les 14 et 15 février 1984 (l'édition de DGG parle du 17 février) , Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre) de Mahler fut donné à la Philharmonie de Berlin par le chef Carlo Maria Giulini. Brigitte Fassbaender, qui dans les années 1971-1992 fut une invitée appréciée des « «Philharmoniker » chantait la partie d’alto tandis que le ténor espagnol Francesco Araiza, chantant la partie de ténor, faisait ses débuts à la Philharmonie.

    Le critique du Berliner Morgenpost, Klaus Geitel, brossa ce portrait du maestro Giulini : « Méditatif, apparemment déjà complètement « perdu pour le monde » (« abhanden gekommen », citation de l’un des plus célèbres Rückert-Lieder de Mahler), ainsi fait-il son entrée en scène. Il tient sa baguette verticalement devant lui, la main à demi tendue : un sourcier de l’art… le chemin qu’il suit n’a pour but que la ferveur de l’acte musical. Une manière de faire de la musique avec naturel, sans chercher à se rendre intéressant, ne suivant que la seule volonté de la musique.

    Dans les interprétations de Giulini une gravité germanique teintée d’une sensibilité toute méditerranéenne semblent sans cesse se rejoindre. La transparence des interprétations ne repose pas tant sur une exploration structurelle que sur une sensation de bien-être auditif, affectif et même physique des proportions musicales.

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    Et, dans une discographie très dense, au moment où on se souvient avec émotion de Kathleen Ferrier et Bruno Walter distillant, à Vienne, les dernières notes de l’Adieu prémonitoire, la version de Giulini ne déçoit pas, loin de là. Même, il faut signaler que Francisco Araiza parvient à chanter là où beaucoup de ses collègues, à l’exception de Fritz Wunderlich, ne peuvent que crier. Brigite Fassbaender a le ton juste, elle laisse s’ouvrir tous ses sons, même si, enregistrement live oblige, on décèle quelques imperfections de syllabes trop poussées. L’orchestre est, évidemment d’une rare beauté et la direction de Giulini est égale à lui-même, très sensible, jamais démonstrative, attentive aux couleurs des timbres instrumentaux et à l’équilibre de l’orchestre… Et puis, quel lyrisme, quelle force dans l’émotion ! Une version qui restera l’une de mes préférées… C’est sûr !

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