clarinette basse

  • Famille nombreuse

     

    La famille des clarinettes est la plus vaste de tous les instruments de musique, exception faite des percussions. Son timbre, reconnaissable entre tous, chaud dans le registre grave et brillant, ironique et même bruyant dans l’aigu, en a fait l’un des instruments les plus utilisés au sein des orchestres classiques, klezmer et des formations de jazz (avec le saxophone, issu de la même famille et de la trompette).


     

    Clarinette en si b



     

    C’est vers 1700 qu’un certain Johann Christoph Denner créa la clarinette à Nüremberg à partir d’un instrument plus ancien : le « chalumeau ». L’évolution de la clarinette au cours du XVIIIème siècle, et notamment l’ajout de clés (système Boehm déjà énoncé à propos de la flûte et du hautbois) permettant d’atteindre les trous lointains pour les mains du musicien a permis le jeu de notes aigues proches de la tessiture du clairon, tandis que sa sonorité se rapprochait d’une petite trompette baroque nommée la clarine. C’est de là que, semble t-il, que son nom provient. Ce n’est qu’en 1810 que Heinrich Bärmann proposa le retournement du bec, positionnant ainsi l’anche sur la lèvre inférieure du musicien ce qui adoucit considérablement la sonorité.

     

    Si la clarinette d’orchestre ressemble physiquement (de loin) au hautbois, des différences majeures sont à repérer au plus vite. De toutes manières, leur timbre est radicalement différent. La clarinette est construite avec une perce cylindrique et non conique comme le hautbois. De tous les instruments à vent, elle est désormais celui qui possède le plus grand ambitus (écart entre la note la plus grave et la plus aigue) avec ses trois octaves plus une sixte mineure soit 45 notes en tout. Sa vaste famille permet de couvrir toute l’étendue de l’orchestre symphonique. On ne dénombre pas moins de treize instruments de tailles et de sonorités différentes, depuis la petite clarinette sopranino en la bémol jusqu’à la clarinette contrebasse en si bémol utilisée presque uniquement en ensemble de clarinettes.


     

    Clarinettes, famille
     


     

    Mais ce qui est déterminant dans la sonorité de la clarinette, c’est son mode de transmission de l’air dans le tuyau de l’instrument. L’extrémité supérieure comporte un bec (ou embouchure) anciennement en bois ou en ivoire. Il est aujourd’hui moulé en ébonite (parfois plastique ou verre) et usiné. Il comporte la table sur laquelle vient se déposer l’anche simple (une seule lamelle de roseau). Cette dernière est la partie vibrante de l’instrument. Elle est ligaturée sur le bec et se place donc sur la lèvre inférieure du musicien. Ici encore, l’artiste se double d’un artisan qui doit lui-même tailler les anches en fonction du répertoire.


     

    Clarinette, parties
     


     

    Voici les différentes parties de la clarinette :

     

    1. Le bec et sa ligature
    2. L’anche fixée sur la partie inférieure du bec
    3. Le barillet
    4. Le corps supérieur pour la main gauche
    5. Le corps inférieur pour la main droite
    6. Le pavillon

     

    Comme presque tous les instruments à vent, la clarinette se tient avec la main gauche en haut du corps et la main droite en bas. Sur le corps inférieur, une patte accueille le pouce qui maintient l’instrument et qui n’intervient pas dans le jeu. Le poids de l’instrument (entre 700 et 900 g pour l’instrument d’orchestre, la clarinette soprano en si bémol) repose entièrement sur ce doigt. Dans des utilisations prolongées, le clarinettiste peut souffrir de contractures pouvant, dans des cas extrêmes, provoquer des tendinites. Pour y remédier ils utilisent parfois un collier qui permet de maintenir l’instrument et d’alléger ainsi le poids reposant sur le pouce et la main. Il s’agit alors de (dé)boucher les trous pour produire les différentes notes de la partition. La perce cylindrique permet un jeu spécial qu’on nomme le quintoiement (jeu sur des sons harmoniques).

     

    La clarinette fait partie des instruments transpositeurs. Je vous parlerai de cette particularité technique et un peu complexe lorsque nous passerons aux cuivres. Ainsi, à l’exception d’une petite clarinette en ut, abandonnée aujourd’hui à cause de son timbre peu raffiné, la majorité des instruments de la famille sont soit en si bémol, soit en la, soit en mi bémol (avec quelques exceptions relativement inusitées).


     Martin Fröst joue le mouvement lent du concerto de Mozart


     

     

    Dans l’orchestre symphonique, la clarinette est devenue un instrument incontournable. La plupart du temps, ce sont deux musiciens qui prennent place au pupitre. Une clarinette basse complète de temps à autre la formation. C’est Meyerbeer qui fit entrer pour la première fois la clarinette basse, au son particulièrement envoûtant, à l’opéra. Parfois, la petite clarinette en mi bémol s’ajoute à l’ensemble (Boléro de Ravel ou Symphonie fantastique de Berlioz, par exemple). Mais on trouve chez Mozart un large usage de cor de basset (Gran Partita, Requiem) et de la clarinette de basset (Concerto pour clarinette). Aujourd’hui, les musiciens jouent cette œuvre sublime sur la clarinette en la. De nombreux concertos et pièces de virtuosité ont été composés pour la clarinette si riche en timbres et en nuances (Weber, Krommer, Rossini, …)


    La clarinette basse expliquée par le titulaire du London Symphony Orchestra


     

     

    Si la musique de chambre confie à la clarinette quelques unes des plus belles pages de la musique (Sonates et Quintette de Brahms, par exemple), elle possède aussi un répertoire de famille. Ces formations sont alors composées de trois ou quatre instruments qui couvrent l’étendue du trio avec piano ou du quatuor à cordes. Certains orchestres de clarinettes disposent même de toutes les tailles d’instruments permettant une grande variété de timbres. Dans ces diverses formations, la clarinette en si bémol (celle de l’orchestre symphonique) tient le même rôle que le premier violon au sein des cordes.

     

    La clarinette est un instrument bien servi par les compositeurs des deux derniers siècles. Au début du XXème siècle, Stravinsky, Bartok, Prokofiev, Debussy, Milhaud, Messiaen, Hindemith et bien d’autres encore lui dédient des œuvres importantes, mais l’un des emplois les plus célèbres est le fameux glissando virtuose qui ouvre la Rhapsody in Blue de Gershwin. La fin du XXème siècle montre encore plus d’intérêt pour l’instrument comme en témoigne, par exemple, la Sequenza de Berio, Domaines de Boulez ou, plus récemment encore, le Concerto pour clarinette et orchestre de Magnus Lindberg.


     

     Messiaen, Quatuor pour la fin du Temps, III. Abîme des oiseaux


     

     

    Quelques citation pour finir : Emile Zola disait que la clarinette est l’instrument qui représente l’amour sensuel, tandis que la flûte représente tout au plus l’amour platonique, comme le hautbois représente le paysage ironique. Et Raymond Devos, qui jouait un peu de la clarinette, comme beaucoup d’autres instruments d’ailleurs, disait un jour : « Je me suis remis à la clarinette. C’est ce qui s’approche le plus de l’anglais. »

     

    Lien permanent Catégories : Les Instruments 0 commentaire