classicisme

  • Interpolation



    Voici un court texte de J.W. Goethe (1749-1832) qui témoigne avec force du paradoxe du grand auteur allemand. Déjà romantique dans son art et dans la manière dont il traite ses thèmes et ses sujets, il reste classique dans l’esprit de la lettre et dans la mission de l’artiste. Curieux d’assister là à un homme qui semble se désinvestir de son œuvre alors qu’il a déclenché une vague de suicide au sein de la jeunesse avec ses fameuses « Souffrances du jeune Werther »… L’incompatibilité souvent relevée avec l’art de Beethoven se trouve condensée dans le dernier paragraphe.

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    Goethe dans la campagne romaine par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, 1787



    « À vrai dire, la réflexion du poète se rapporte à la forme. La matière lui est donnée de manière plus que généreuse par le monde, le contenu nait librement de sa plénitude intérieure. Les deux se rencontrent inconsciemment et en fin de compte on ne saurait dire à qui appartient la richesse.

    La forme, en revanche, bien qu’elle appartienne avant tout au génie, veut être connue, veut être pensée. La réflexion est donc nécessaire afin que la forme, la matière et le contenu s’accommodent, s’intègrent et s’interpénètrent.

    L’artiste est beaucoup trop haut placé pour prendre parti. La sérénité et la conscience, voilà les beaux présents pour lesquels il remercie le Créateur : la conscience, afin qu’il ne soit pas saisi de frayeur devant l’horreur ; la sérénité, afin qu’il sache représenter tout de manière agréable ».

    Johann Wolfgang von Goethe, Notes et dissertations au sujet du Divan occidental-oriental, 1819.

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