cours du lundi

  • Rome antique…



    J’ai pris un peu de retard dans le suivi des résumés des cours d’Histoire de la musique… j’espère le rattraper d’ici peu. En attendant, voici quelques idées que je développais, il y a déjà quelques semaines sur ce pan fort peu connu de l’Histoire de la musique, l’antiquité romaine.

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    « La musique de la Rome antique est beaucoup moins bien connue que la musique grecque ancienne, sur laquelle (nous l’avons vu) beaucoup de sources subsistent. On a par exemple pu déchiffrer une quarantaine de partitions dans la notation musicale grecque, et les théories musicales de Pythagore et d'Aristoxène sont bien documentées (tant par les sources grecques que par les écrits d'auteurs latins comme Vitruve et Boèce). À l'inverse, peu de choses ont survécu sur la musique de la Rome antique.

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    la tuba romaine



    Il y a plusieurs raisons à cela. L'une d'elles est l'hostilité des premiers pères de l'Église à la musique théâtrale et aux fêtes du paganisme, autant d'éléments supprimés une fois le christianisme devenu religion officielle de l'Empire.

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    Tuba et cornu



    Il semble que les Romains n'ont été ni particulièrement créatifs, ni originaux dans leur production musicale. Contrairement aux Grecs, ils n'attachaient guère d'èthos spirituel à cet art. Si l'on considère que les Romains ont porté la même admiration à la musique grecque qu'au reste de la culture hellène, on peut en déduire sans grand risque d'erreur que leur musique a été monodique (c'est-à-dire qu'elle ne comportait qu'une partie mélodique sans harmonisation), et que ces mélodies étaient fondées sur un système de gammes élaboré (appelées modes). Le rythme des hymnes chantés devait se conformer à la métrique de leur poésie.

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    Femme jouant de la cithare (Pompéi)

     



    Il y eut aussi des influences non-grecques sur la culture romaine (par exemple celle des Étrusques, et plus tard, avec les conquêtes, celles des Chaldéens en Orient et des Numides au sud). Il est très probable que certains éléments de la musique jouée à Rome venaient des apports des Italiques et de peuples non-européens ; toutefois, la nature exacte de ces apports n'est pas clairement établie.» (Wikipédia)

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    Masque funéraire de Lutatia, Ier siècle ACN (Espagne)



    C’est dire que les informations sont rares et qu’une bonne part de l’idée qu’on peut se faire de la musique romaine est sujette à conjectures. Pourtant l’importance de la pratique musicale et/ou de la connaissance approfondie de la science de la musique est une certitude. Il suffit de lire le grand chapitre que Quintilien (42-95), l’auteur d’un traité sur l’art de la rhétorique (De institutione oratoria) faisant autorité en son temps et pendant plusieurs siècles après, consacre à la musique pour constater que celle-ci devait non seulement être une base auxiliaire à l’apprentissage du métier d’orateur, mais aussi figurer dans toutes les activités humaines, du temple à la maison en passant par les jeux du cirque, le théâtre, la danse et la pantomime.

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    Ce que Quintilien tente de faire passer, c’est un pouvoir extraordinairement structurant de la musique sur l’esprit. Les théories d’une musique fondement des proportions et de l’équilibre de l’univers sont importées de Grèce et manifestement à la base de la connaissance. En voici un extrait significatif :

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    Quintilien



    « Qui peut douter que les hommes les plus renommés par leur sagesse n'aient été passionnés pour la musique, lorsqu'on voit Pythagore et ses disciples répandre l'opinion, accréditée sans doute de toute antiquité, que le monde lui-même avait été créé selon les lois de la musique, et que la lyre avait été depuis formée à l'imitation du système planétaire? Et même, non contents de l'idée de cette concorde entre des choses contraires, qu'ils appellent harmonie, ils prêtaient encore des sons aux mouvements des sphères célestes. »

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    Lyre, Marriage de Aldobrandine, Ier S ACN

     

     

    Ainsi, le théoricien peut faire un parallèle efficace entre les inflexions du langage et celles de la musique. Connaître les formules mélodiques qui expriment, maîtriser les rythmes pour les exploiter dans une rhétorique efficace, voilà le programme :

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    « Examinons maintenant l'utilité particulière que l'orateur peut retirer de la musique. La musique a deux sortes de nombres, les uns pour la voix, les autres pour le corps: car il faut que les mouvements de l'une et de l'autre soient réglés. Le musicien Aristoxène divise ce qui regarde la voix en rythme et en mélodie cadencée. Le premier consiste dans la modulation, l'autre dans le chant et les sons. Or, tout cela n'est-il pas nécessaire à l'orateur? Le rythme du corps se rapporte au geste, le rythme de la voix à l'arrangement des mots, la mélodie aux inflexions de la voix, qui varient à l'infini dans le discours,  à moins qu'on ne s'imagine qu'il n'y a que les vers et les chansons qui soient susceptibles de rythme et d'harmonie, et que tout cela est superflu pour l'orateur; ou que celui-ci ne varie pas sa diction et sa prononciation, suivant les sujets qu'il traite, aussi bien que le musicien.

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    Tuba, Hydraulis (bientôt un billet sur le sujet) et cornu

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    On pourrait continuer longtemps ainsi la dissertation… ! Ce qui est cependant remarquable, c’est le nombre de représentations d’instruments de musique que l’art romain contient. Souvent ce sont bien des variantes des instruments grecs et là encore, les romains semblent n’avoir pas fait preuve d’une grande originalité. Quant à la notation, les quelques rares fragments qui nous sont parvenus semblent adopter le principe des lettres de l’alphabet pour désigner les sons. Les premiers chants chrétiens font d’ailleurs appel à l’écriture grecque et à son système de notation.

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    Hymne Oxyrhinque à la Sainte Trinité (IIIème siècle) Original



    Les nombreux documents qui évoquent les spectacles sont une mine d’informations pour notre connaissance de la musique latine. Ceux-ci se présentent autant comme un plaisir pour les yeux que pour les oreilles. Danse et musique, paroles et chants y étaient très présents. On estime également que le joueur de Tibia (voir ci-dessus) était à l’égale de l’acteur indispensable pendant toute la durée des tragédies et des comédies. Tout finissait d’ailleurs par des chansons riantes ou pleurantes.

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    Tibia et scabellum, Mosaïque de l'Aventin, IIIème S. PCN

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    La déclamation faisait appel, selon les formes du texte à des métriques très régulières (septénaire trochaïque) ou à des chansons polymètres, libres et traitant le texte en temps réel. Les spécialistes signalent cette forme de rhétorique aux mètres changeants pour illustrer l’ivresse, par exemple. Il se pourrait même que les grandes pièces chantées aient pu constituer un véritable répertoire proche de nos airs d’opéras.

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    Danseuse de la Villa des mystères de Pompéi



    Si la musique romaine nous est fort peu connue, ses théoriciens, tel Boèce, sont manifestement les tenants et les vecteurs de la transmission de l’art musical des grecs. Ce seront ces principes que les Pères de l’Église voudront encore exploiter autant par souci de perpétuer l’esprit de la pensée grecque que d’adapter un formidable système très efficace au christianisme naissant. Mais là, c’est la fin de l’Antiquité et le Moyen-âge débute sur les restes de l’Empire romain désormais scindé, sur des empereurs désormais chrétiens et sur fond des invasions barbares. Ce que nous nommons le Haut Moyen-âge n’aura d’autre dessein que de reconstituer l’empire perdu en lui redonnant lustre et unité. Mais cela, c’est une autre histoire.

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