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  • L’orchestre

     

    Et puisque je vous annonçais hier une « saga » de l’été sur les instruments de l’orchestre et, en conséquence, une nouvelle catégorie au blog (nommée  « Les Instruments »), commençons donc par le début avec un billet d’introduction consacré à l’orchestre symphonique ou philharmonique qui constitue le plus grand rassemblement d’instruments de toutes sortes dans la musique classique occidentale. 

    Et d’abord, une précision dans la terminologie habituelle et un peu floue des formations classiques. On considère aujourd’hui que la notion d’orchestre symphonique et philharmonique englobent les mêmes concepts, qu’elles sont synonymes. Il faut cependant savoir que les mots proviennent d’abord, dans le passé, des genres d’instruments que l’orchestre comprenait. Ainsi, on appelait orchestre symphonique celui qui était composé de cordes uniquement (ponctué par quelques percussions), orchestre d’harmonie, celui qui était formé de vents et de percussions et orchestre philharmonique, celui qui regroupait toutes les familles instrumentales. Avec le temps, on a commencé à faire participer des vents (bois surtout,) à l’orchestre symphonique et bientôt, la terminologie s’est assouplie pour devenir celle que nous connaissons aujourd’hui. 


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    Orchestre Philharmonique de Liège


     

    La fonction de l’orchestre, depuis le XVIIème siècle est liée à l’exécution de la musique dans les salles de concert pour les œuvres symphoniques et concertantes, dans les églises, lors d’accompagnements d’œuvres religieuses et dans les théâtres d’opéras pour les représentations d’art lyrique ou  d’art chorégraphique. 

    Les effectifs de l’orchestre ont évidemment beaucoup varié selon les époques et le but de ce billet n’est pas d’en faire une étude exhaustive qui dépasserait, et de loin, les dimensions raisonnables. Retenons simplement que, depuis les fameux « Vingt-quatre Violons du Roi » de Louis XIII en 1626 qui furent souvent renforcés par les « Douze Grands Hautbois de la Grande Ecurie » pour former la « Grande Bande » (la fameuse « Petite Bande » était dirigée par Lully), l’orchestre s’est régulièrement enrichi de sonorités nouvelles pour différentes raisons. La première est, tout simplement, le désir de remplir de sons des salles de plus en plus grandes tout en donnant un aspect spectaculaire aux désormais commerciales représentations. Mais il me semble qu’avec le classicisme et, à plus forte raison, le romantisme, le gonflement des effectifs est le résultat d’une volonté expressive de plus en plus forte et précise. Chaque timbre instrumental possède sa propre émotion et le compositeur cherche plus d’exactitude dans la transmission de ses affects. Il ne s’agit pas, comme on aime parfois le dire, d’un désir de gigantisme, mais d’une précision dans l’énoncé d’une idée musicale. Il n’empêche que le rassemblement des forces orchestrales peut parfois offrir des effets de masse impressionnants.  

    L’augmentation des effectifs orchestraux est également le résultat de l’arrivée en grand nombre des cuivres au sein de formations où les cordes se taillaient la part du lion. Les trompettes, cors et trombones sonnent tellement fort qu’il est nécessaire de rééquilibrer les cordes qui se multiplient à leur tour. De l’orchestre mozartien formé de quelques cinquante musiciens, on passe, au début du XXème siècle, à des « monstres » tels que l’orchestre de Mahler (la huitième symphonie, dite des « Mille » devait comporter un effectif complet avec chœurs, solistes et orchestre de 867 musiciens !), de Stravinsky ou des « Gurre-Lieder » de Schoenberg avec ses 122 musiciens.  


    Début du Sacre du Printemps de Stravinsky par l'Orchestre philharmonique de Berlin, dir. B. Haitink


     

     

    On comprendra également que cette évolution orchestrale entraîna une évolution considérable du métier de chef d’orchestre. Ce dernier, simple batteur de mesure agissant du clavier à l’époque baroque, se spécialisa progressivement en un véritable « conducteur » de la machine, aidant les musiciens à entrer au bon moment dans la musique, réglant les équilibres des masses orchestrales, gérant les directions de la dynamique et, finalement, devenant le vrai responsable de l’interprétation de l’œuvre après avoir transmis sa vision de l’œuvre et l’avoir fait répéter à son orchestre avant le concert.


     

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    Les familles d'instruments dans l'orchestre (avec une inversion entre la place des bassons et contrebassons!)


     

    Tout ceci étant dit, il convient maintenant de prendre conscience des quatre familles d’instruments qui composent le grand orchestre et que nous détaillerons bientôt. Les instruments de la famille des cordes sont composés des violons, divisés en premiers (+/- 16) et seconds (+/- 14), des altos (+/- 12), des violoncelles (+/- 10) et des contrebasses (+/- 8).  

    Les instruments de la famille des vents en bois regroupent les flûtes (+/- 4, parfois piccolo et grande flûte plus grave en sol), les hautbois (entre 1 et 4, avec un cor anglais ou hautbois alto), les clarinettes (entre 1 et 4, avec clarinette piccolo et basse), les bassons (avec contrebasson).  

    Viennent ensuite les instruments à vent en cuivre qui comportent en leur sein les cors (entre 2 et 8), les trompettes (entre 2 et 4), les trombones (entre 3 et 4, avec parfois un trombone basse) et les tubas (1 ou 2).  

    Reste la famille des percussions dont on classe les instruments selon la manière d’émettre le son et la matière qui les constitue. Les claviers en bois d’abord avec le xylophone et les marimbas, les claviers en métal comme le vibraphone, le glockenspiel, le célesta, les jeux de cloches et les cloches tubulaires. D’autres instruments sont des tambours tendus de peaux accordables comme les timbales (entre 2 et 5), la grosse caisse, la caisse claire, tambourins, tambour de basque, … D’autres, enfin que l’on classe dans les accessoires sont soit en bois (wood-block, castagnettes, maracas, …) soit en métal (cymbales frappées ou suspendues, triangles gong, tam-tam, …), soit en matières diverses et dont l’usage est souvent pittoresque (klaxon, sirène, sifflet, …). Il faut encore y ajouter le piano qui, dans certaines œuvres orchestrales fait partie de l’ensemble des percussions. 

    En fonction des pays et des traditions, tout ce beau monde trouve une disposition particulière sur l’estrade ou dans la fosse d’orchestre. En voici deux exemples courants.


     


    orchestre a


     

    Orchestre disposition b


     

    Chaque famille d’instruments comprend un premier soliste (pouvant être secondé par un second) dont le rôle est de jouer les parties solo d’une partition orchestrale. Il est aussi le responsable de son équipe. Au dessus de ces solistes, se trouve encore le Concertmeister, sorte de super soliste, c’est le violoniste qui salue au nom de l’orchestre au début du concert. Il représente l’orchestre auprès du chef et c’est lui qui demande au hautbois, en l’absence du piano, de donner le « la » pour l’accord de l’orchestre. 

    Et justement, le « la » , si instable au cours des siècles et fixé à 440 Herz pour tous par un congrès d’acousticiens à Londres en 1953 (ce qu’on nomme le diapason) s’est remis à varier ces dernières années. Toujours de plus en plus haut, il semble correspondre au désir de brillance que notre oreille, écrasée par les bruits de la civilisation, demande. Ainsi les pianos sont pratiquement tous accordés à 442 Herz ce qui oblige les instruments de l’orchestre et les chanteurs (qui doivent toujours chanter plus aigu !) à s’adapter.  

    Une remarque encore ; les interprètes qui jouent sur des instruments baroques avec des techniques de jeu adaptées aux styles anciens s’accordent selon un autre diapason qui est le résultat d’une moyenne observée sur les tuyaux d’orgues du XVIIIème siècle mais qui ne correspond aucunement à un diapason officiel. Ces orchestres jouent donc avec un « la » accordé à 415 Herz, soit un demi ton plus bas que le diapason actuel.


     

    diapason
     


    Nous pourrons désormais entamer un examen et une écoute plus précise de tous ces instruments au cours des prochains billets de cette catégorie.

     

    A suivre…

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