déplacement

  • Tombe la neige



    Tout le monde vous le dira, un hiver rude et précoce est mauvais pour le commerce. C’est effectivement le triste constat que doivent faire tous les commerçants en cette période particulièrement difficile. Et pourtant, les fêtes de fin d’année représentent facilement un quart des ventes de l’année. Réussir décembre est donc, tout simplement, une question de survie pour bon nombre d’entreprises. Et comme personne n’a encore eu l’idée de mettre Noël en juillet, il faut bien faire contre mauvaise fortune bon cœur.

    Vous me direz à juste titre que notre société a tellement déplacé le centre de son fonctionnement sur la consommation que les moindres perturbations climatiques ont des conséquences incroyablement lourdes sur l’économie. Elles sont tellement lourdes que de nombreux transporteurs, qui assurent l’approvisionnement des dits magasins en marchandises diverses, trouvent plus rentables de braver les interdictions de circuler et de payer d’éventuelles amendes que de ne pas livrer en temps et en heure les produits commandés. Ces comportements mettent non seulement en danger la sécurité des personnes et témoignent d’un mépris total des règles les plus élémentaires du civisme au nom de la sainte rentabilité.

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    Si la neige et le verglas ne font pas le bonheur des commerçants, ils ne le font pas non plus de tous les consommateurs que nous sommes tous à des degrés divers. Et là aussi, certains comportements sont irresponsables, tant dans la conduite automobile que dans l’attitude générale. Comment, en effet, peut-on d’une main, offrir des cadeaux de Noël avec le cœur et de l’autre aboyer, insulter, dépasser et bousculer son voisin ? Ce n’est certes pas nouveau, mais cela m’a toujours étonné.

    Mais, pour revenir aux conditions climatiques, je crois que nous sommes devenus trop dépendants de nos moyens de déplacement. Bien sûr nous devons aller travailler, bien sûr nous devons faire des courses, une bonne part de nos déplacements sont forcément justifiables. Alors, nous pestons sur les services publics qui ne déneigent pas assez vite à notre goût, nous nous lamentons sur les bouchons engendrés pas ces intempéries. Certains nous disent avec une hargne ironique que les canadiens ont bien plus de neige que nous et qu’ils ne sont pas paralysés au moindre flocon. On en déduit que nos autorités sont incompétentes… Il y a peut-être du vrai, mais avouons que notre pays n’est pas habitué à ces hivers sévères. Observons que le personnel et les budgets « hiver » pour nos routes ne sont pas adaptés à ces circonstances exceptionnelles… qui le deviendront sans doute moins avec les changements climatiques… et qui devront immanquablement augmenter les budgets. Adaptation ! Nous n’aurons pas le choix. Notre adaptation à ces transformations climatiques sera l’un des prix à payer pour notre gestion désastreuse de la terre. L’industrialisation et la société de consommation ont cruellement méprisé la nature ? Elle se rebiffe aujourd’hui déjà et montre qu’elle peut être bien plus forte que l’homme et que ses modèles de fonctionnement. Que sera demain ? Bref, nous pestons contre ces inconvénients de l’hiver. À nous prendre pour des victimes, on en oublierait presque que des centaines de personnes ne peuvent même pas envisager Noël faute de famille, de logement, de chauffage ou de nourriture.

     

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    Je me souviens de mon grand-père (même si celui-ci ne vivait pas à l'époque de breughel) qui évoquait les hivers d’autrefois. On sait ce que les souvenirs ont bien souvent d’un conte merveilleux… Il n’empêche. Les récits parlaient des joies de l’hiver, de la beauté des paysages, des promenades et des jeux, des bonhommes de neige, mais aussi souvent du froid et des difficultés à trouver chaleur et nourriture. Pourtant, tout cela semblait avoir gardé un aspect magique qui me semble bien souvent perdu aujourd’hui.

    Paysage d’hiver (dans le Brabant en Belgique), Détail ; Pieter Brueghel le Jeune, 1565.jpg

    Paysage d’hiver (dans le Brabant en Belgique), Détail ; Pieter Brueghel le Jeune, 1565




    Des bonhommes de neige ? On n’en voit plus beaucoup… Des descentes de luges improvisées dans le champ du voisin ? Interdit, trop dangereux en dehors des pistes balisées … et payantes ! L’admiration d’un paysage ? À la télé, bien sûr que c’est beau ! Ce qui fait parler les hommes, ce n’est guère tout cela, c’est la pénurie de pneus neige…!!!

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    La télé, justement parlons-en ! Celle qui informe, à travers ses bulletins météo, celle qui déforme et dramatise en consacrant un demi-journal télévisé à montrer des routes enneigées et à décrire des chaos incroyables et à effrayer la population par des propos exagérément alarmistes. On nous l’avait annoncé. L’information par la peur est arrivée chez nous. Elle ravage les USA depuis des décennies. Étrange comme les gens sont manipulables par la peur… curieux ce besoin de sensationnalisme teinté de voyeurisme ! Cela traduirait-il un manque de relief dans l’existence de nos contemporains ? Allez savoir !

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    Alors relativisons et retrouvons cet émerveillement premier de voir une nature blanche, figée. Dans la neige, on a l’impression que le temps s’est arrêté, que les sons se diffusent autrement, que les couleurs ont changé. Quelle beauté nous offre cette nature que nous malmenons tant. Prenons le temps de l’écouter, elle a tant de choses à nous dire… pour notre bien, espérons-le !


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