drame lyrique

  • Rencontre au sommet

     

    Entre autres lectures de vacances, cet opuscule au titre particulièrement interpellant m'a permis une nouvelle vision du caractère de deux géants de l'histoire de la musique, Rossini et Wagner. Si les anectdotes et les mauvaises blagues courrent sur les rapports entre le maître du bel canto italien et le hérault de l'opéra allemand moderne, le récit de la rencontre entre les deux grands hommes montre a contrario deux hommes relevant de la meilleure éducation et de la politesse respectueuse. 

    Voici donc un document exceptionnel enfin réédité. Publié en 1906, ce récit inattendu du musicien belge Edmond Michotte relatait la visite que fit, en sa présence et par son entremise, une cinquantaine d'années auparavant le jeune compositeur Richard Wagner (1813-1883) à l'illustre Gioacchino Rossini (1792-1868), retourné à Paris vivre paisiblement une retraite dorée bien méritée.

    Né à Tirlemont en Belgique, Edmond Michotte (1831-1914) est envoyé à Paris pour suivre des cours à l’Ecole Louis le Grand. La Révolution de 1848 le ramène au pays natal. Déterminé à se consacrer à la musique, il interrompt ses études à l’ULB et passe de longues périodes à Paris. Il se réinstalle à Bruxelles en 1870, quand il entame sa collection japonaise. Reste que c’est dans la capitale française, où il est en contact avec les premiers grands japonisants de la seconde moitié du 19e siècle, qu’il effectuera la majorité de ses acquisitions. Aujourd’hui, sa collection, composée de 300 à 400 pièces rassemblées jusqu’en 1889, est conservée aux Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles.

     

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    Les deux grands compositeurs vont se lancer dans une conversation à batons rompus passionnante, chacun argumentant sur la "réforme" de l'opéra et sur les conceptions wagnériennes de la "musique de l'avenir". toute la finesse de l'ouvrage se trouve concentrée dans l'esprit extraordinairement subtil de Rossini qui comprend bien vite qu'il a en face de lui un théoricien inspiré et un interlocuteur de première force qui sait parfaitement ce qu'il veut et où il va. La lecture de ce petit ouvrage et les notes de la préface de Xavier Lacavalerie nous présentent un Rossini sérieux, affaibli par la maladie et conscient d'appartenir déjà au passé.

    Et pourtant, si les compositeurs véhiculent, dans leurs oeuvres, l'alpha et l'oméga de leur vision du monde, on aime se régaler à l'idée que ces messieurs aient été très ouverts aux plaisirs de la vie, la rigolade, l'humour ou la paresse. Ainsi, parmi les bons vivants, Rossini figure toujours en bonne place... à la première, peut-être même! Les anecdotes ne manquent pas à son sujet. Alors, florilège entre sarcasme, paresse, gastronomie et gourmandise...


     

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    On peut à ce sujet citer l'anecdote suivante: jouant un jour, au piano, une partition  justement de Richard Wagner, Rossini n'en tirait que des sons cacophoniques; un de ses élèves, s'approchant, lui dit: «Maestro, vous tenez la partition à l'envers!», ce à quoi Rossini répondit: «J'ai essayé en la mettant dans l'autre sens: c'était pire!»

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    Une autre anecdote, largement répandue dans les milieux musicaux et devenue légendaire: Rossini avait pris l'habitude de composer dans son lit. Lors de l'écriture d'un Prélude pour piano, il laissa tomber sa partition. Plutôt que de se lever pour la ramasser, il décida d'en recommencer un autre.

     

    Le tournedos Rossini est composé d'un médaillon de filet de bœuf (tournedos) de trois centimètres d'épaisseur, poêlé une minute de chaque côté, salé, poivré et déposé sur une tranche de pain de même dimension également dorée au beurre, surmonté d'une escalope de foie gras saisie quinze secondes à la poêle très chaude et de trois lamelles de truffe. La sauce est préparée avec les sucs de cuisson déglacés au vin de Madère et des truffes râpées.

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    Selon le Larousse gastronomique, «[…] l'origine du tournedos est liée à l'apprêt commandé par Rossini (au foie gras et aux truffes), si surprenant aux yeux du maître d'hôtel de l'époque que celui-ci fit passer le plat «dans le dos» des convives.» Souhaitant que la préparation se fit dans la salle à manger pour qu'il puisse l'observer, Rossini aurait répondu à l'étonnement du cuisinier: «Eh bien, faites-le tourné de l'autre côté, tournez-moi le dos!» Le filet de bœuf aurait ainsi pris de nom de tournedos. Pour certains chroniqueurs, c'est Casimir Moisson, le chef du restaurant de la Maison dorée qui aurait créé ce plat pour le compositeur qui était un habitué. Pour d'autres, marie-Antoine Carème, ami de Rossini et l’une des plus grandes toques de l'époque, en serait à l'origine.

     

    On raconte également que Rossini aurait pleuré trois fois dans sa vie: lors de l'échec de son premier opéra, au cours d'une promenade en bateau lorsqu'une dinde truffée tomba malencontreusement à l'eau, et enfin lorsqu'il entendit pour la première fois Niccolo Paganini.

     

     

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