e-book

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    Depuis quelques années, les chercheurs en informatique et les firmes commerciales tentent d’introduire le livre électronique sur le marché. Pour eux, il s’agit d’une avancée technologique de taille qui permettra, une fois numérisés des millions d’ouvrages, de donner accès à des textes indisponibles pour le grand public depuis trop longtemps. 

    Mais c’est loin d’être le seul avantage de l’e-book. Son format livre de poche (ou un peu plus petit ou plus grand selon les modèles, peut contenir une mémoire gigantesque et intégrer des bibliothèques complètes en un seul « volume ». C’est, du moins, ce qui est prévu pour les mois ou les années à venir. Imaginez-vous que vous pourriez transporter toute votre bibliothèque dans votre poche ! S’il est indéniable que la formule est tentante, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les procédés mp3 pour la musique. Là aussi, de touts petits et très légers lecteurs peuvent contenir des musiques, des films, des photos, servir de téléphone, d’agenda, donner accès à Internet, … mais ils ne peuvent pas encore servir de four à micro-ondes ! Leur capacité s’élève, dans les modèles les plus puissants à 160 Gigas ce qui permet, évidemment de nombreuses applications. Eux aussi, malgré un écran trop petit, peuvent contenir de nombreux livres numériques.


     

    Livre ebook


    Alors, nous dirigeons-nous vers les mêmes conséquences que pour le cd ? Les bibliothèques et les librairies sont-elles menacées par l’arrivée de ces nouveaux objets adaptés à la lecture ? Pas sûr ! Pas dans l’immédiat de toutes manières ! Car le livre numérique pose encore de très nombreux problèmes. Le premier se trouve dans l’autonomie même de l’appareil. Si on estime la durée de charge d’une batterie à huit heures de fonctionnement, ce n’est sans doute pas encore assez pour permettre un usage confortable d’autant que cette durée se réduit fortement dans le passage d’un livre à un autre, dans la manipulation et le chargement des pages virtuelles ainsi que des nombreux liens hypertextes présents au sein même des textes des ouvrages. 

    Mais la question la plus essentielle est de savoir si le confort de lecture peut être le même dans la version électronique que dans la version papier. Et là, les techniciens planchent sur une amélioration significative. On sait que lire un texte sur Internet n’est pas très confortable. La luminosité de l’écran et le peu de souci des éditeurs face à l’encre électronique provoque une fatigue plus grande, que certaines migraines peuvent survenir, que notre attention est, à chaque moment distraite par l’absence de repères de pagination. Nous avons, en effet, des mécanismes cérébraux liés à la perception et à la compréhension d’un texte qui fonctionnent géographiquement. Nous retenons, malgré nous, certaines informations sur la place d’un mot ou d’une phrase sur la page. Cela permet à notre cerveau de comprendre les structures du récit. Si ces critères disparaissent dans la lecture sur ordinateur, cela perturbe notre organisation mentale. La conséquence est simple à imaginer : la compréhension profonde d’un texte s’en ressent. C’est justement ce que veulent éviter les chercheurs. Ils travaillent donc tous ces aspects avec la volonté de rendre le texte sur l’e-book aussi confortable pour la vue, et donc le cerveau, que le livre papier. Mais ce n’est pas gagné d’avance.


     

    Livres ouverts
     


    Ces écueils de la lecture électronique portent un nom. Ce sont les désorientations cognitives. Elles sont encore plus présentes dans le cas des liens hypertextes. Un lien ainsi nommé est cette capacité de cliquer sur un terme présent dans le texte pour obtenir plus d’informations sur le mot ou le concept. On ouvre alors une nouvelle page qui contient elle-même de nombreux liens de la même sorte qui vous emmène alors sur une autre page… Ce procédé n’existe évidemment pas sur les livres papier. C’est sans doute un « plus » de l’électronique. Toutes les informations sont à portée de clic. Mais le point critique, c’est qu’à force de surfer par les liens hypertextes, on finit par perdre le but, l’objectif de départ de la lecture. Nous en avons tous fait l’expérience un jour ou l’autre. C’est cela, la désorientation cognitive. Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive à l’université de Nice illustre ce processus par un exemple : « Je lis un texte sur la culture des tomates. Un lien m’envoie vers la région d’où sont originaires les tomates, puis un personnage historique de la région, etc. Au fur et à mesure, je m’éloigne de plus en plus de la culture des tomates. La richesse des liens hypertextes fait que l’on se perd de plus en plus dans des niveaux de profondeur. Alors on zappe, comme à la télévision, on dérive, on digresse. On n’arrive plus à avoir une lecture vraiment profonde ». 

    Car dans un bon vieux livre, c’est l’auteur qui vous indique, au fil des pages, le chemin que vous suivez. C’est le sien. Dans la lecture électronique, c’est le lecteur lui-même qui crée l’itinéraire et il y a un risque non négligeable qu’il prenne des chemins de traverse. Ce danger concerne surtout le novice, celui qui n’est pas habitué à lire et à chercher l’information. Il s’égare presque à chaque coup. Le lecteur chevronné parviendra à garder son objectif premier car il sait ce qu’il cherche et peut faire la distinction entre le futile et l’utile. Il faut donc toujours savoir ce qu’on est venu chercher.


     

    Livres bibliotheque


     

    Mais les améliorations de l’e-book sont efficaces pour le confort visuel et le rétro éclairage, pour la simulation du feuilletage des pages (encore très lent, ce qui provoque de la distraction dans le flux de la lecture), pour le poids, désormais très léger, pour les diverses fonctions et applications. Tous ces éléments garantissent à l’e-book un avenir certain et sans doute radieux surtout dans l’exploitation des polyvalences. Il va falloir cependant prendre de nouvelles habitudes, mais les êtres humains en ont l’habitude. Le livre électronique deviendra une nécessité, non seulement par le commerce qui va s’en emparer et l’imposer aux consommateurs, mais aussi parce qu’il apporte de vraies nouvelles richesses dans l’approche des informations. 

    De là à affirmer, comme certains que le livre papier va disparaître de nos horizons, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir. Qu’il existe des marchés parallèles, c’est évident, mais comment remplacer la sensation du livre entre les mains, comment rendre attrayants les livres d’art ? Il y aura peut-être deux types de livres. Le livre fonctionnel, disponible toujours et partout et le livre plaisir, celui de la bibliothèque, celui qu’on lit pour le plaisir. N’est-ce pas un peu cela qui se joue, de manière plus évidente encore, entre le cd et le mp3 ?

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