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  • Mahler et Klemperer



    On sait que le grand chef d’orchestre Otto Klemperer (1885-1873) avait été, avec son collègue Bruno Walter, un assistant de Gustav Mahler. L’un et l’autre avaient gardé du célèbre compositeur une impression extraordinaire et une profonde admiration qu’ils traduiront par de pénétrantes interprétations des symphonies du maître, même si leur vision diverge profondément quant aux tempi et à l’équilibres de l’orchestre mahlérien. Il suffit de comparer les minutages de l’Adagio final de la Neuvième symphonie pour s’en apercevoir avant même l’écoute : Bruno Walter (1961) le réalise en 21 minutes avec l’Orchestre symphonique de la Columbia tandis qu’Otto Klemperer dépasse largement les 24 minutes avec le New Philharmonia (1967). Voici le témoignage écrit que Klemperer nous a laissé à propos de cette œuvre qu’il dirigeait souvent.

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    Otto Klemperer vers 1930



    « Cette œuvre appartient au groupe des symphonies instrumentales de Mahler, dépourvues de toute partie vocale. Le premier mouvement débute comme une berceuse, glissant dans une sphère presque extatique.

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    Le deuxième thème forme un violent contraste avec cette berceuse et semble évoquer une tempête. Le premier et le deuxième thème se répètent en alternance. Une crise s’y rattache, suivie d’un formidable point culminant. Les trombones retentissent comme des cornes, les timbales frappent le thème principal dans un triple forte. Suit une marche funèbre, que Mahler a définie ainsi : « comme un convoi funèbre ». Dans la coda, on entend à nouveau résonner la berceuse ; la musique se fait progressivement plus lasse, avant d’expirer totalement.

    Le deuxième mouvement, le scherzo, a un caractère relativement terrestre. Il est formé de trois danses : un Ländler, une partie impétueuse ressemblant à une valse, et un Ländler extrêmement lent ; ces trois rythmes n’ont qu’un point commun : leur caractère autrichien. La deuxième danse turbulente rappelle involontairement la « Promenade de Pâques » du Faust de Goethe : « Ils hurlèrent comme des possédés et appellent cela de la joie et de la danse ». Vers la fin du mouvement, la musique se fait progressivement plus tendre et se résout dans une sorte de trait d’esprit piquant et enjoué entre la flûte et le contrebasson.

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    Bien que nous ne possédions aucune photo en couleur de Gustav Mahler, l'informatique a permis à l'artiste américain Armando Bravi de reconstituer ce qu'aurait pu être ce portrait de 1907. Il figure en page d'accueil de la Société internationale Gustav Mahler de Vienne.



    Le troisième mouvement est qualifié de « Rondo burlesque ». Mahler a porté en exergue de la partition autographe : « À mes frères en Apollon ». Ces « frères en Apollon », c'est-à-dire ses collègues, Mahler ne les a pas aimés. Il faut donc comprendre l’ensemble du mouvement dans un sens ironique. On perçoit d’abord une violente obstination, qui dès la deuxième partie se change en sarcasme ouvert. Suit alors une double fugue, qui donne l’impression que Mahler voulait montrer à ses chers collègues comment on pouvait composer une fugue qui fût à la fois belle et « savante ». Elle est interrompue par une entrée brutale, surprenante, des cymbales, qui fait penser à une voix qui ordonnerait « Halte ! ». Insensiblement, la musique prend un caractère lyrique, songeur, un pressentiment de l’adagio qui suit. Après un nouveau passage douloureux, le mouvement s’achève par des coups destructeurs.

    La résolution de toute la symphonie se réalise dans le quatrième mouvement, l’adagio. Il n’y a plus ni ironie, ni sarcasme, ni ressentiment d’aucune sorte. Il n’y a plus que la majesté de la mort – de cette mort du Bin Freund und komme nicht zu strafen (Je suis une amie et ne viens pas punir) de Schubert et Claudius. La fin est morendo (en mourant).

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    Cette symphonie est la dernière que Mahler ait achevée. Je ne la considère pas seulement comme sa dernière, mais également comme sa plus grande œuvre ». (Extrait du programme du concert donné par le New Philharmonia à Londres en février 1967, au moment de l’enregistrement mentionné ci-dessus).

     

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    Réédition des enregistrements Mahler de Klemperer par EMI. On y retrouve également l'insurpassable Chant de la Terre avec F. Wunderlich, l'un des seuls ténors à ne pas hurler dans le premier mouvement et C. Ludwig dont l'Adieu final est inoubliable d'émotion.


    Voici une extraordinaire version intégrale de la Neuvième dans la dernière interprétation de Bernard Haitink et de l'orchestre du Royal Concertgebouw d'Amsterdam (Adagio final à partir de 1:00:50)... Une référence moderne incontournable...



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