en neuvice

  • Autour du luth



    Décidément, la journée de samedi a été très agréable... et instructive! Avant la présentation de la saison à l’OPRL, je participais, tout l’après-midi, à un événement musical bien intéressant autour du luth. Deux étudiantes du Conservatoire de Bruxelles, Anne-Sophie Mosnier, pianiste et musicologue et Pénélope Maravalhas, luthiste renommée étudiant dans la classe de Nicolas Achten, m’avaient contactées il y a bien longtemps déjà pour convier mes auditeurs de l’U3A à une séance pédagogique. Il s’agissait, entre autres, de remettre à l’honneur un compositeur luthiste assez méconnu, Jacques de Saint-Luc (1616-1710), originaire du Hainaut et dont la virtuosité… et la longévité sont les témoins non seulement d’un changement d’époque, mais surtout d’une transformation de l’usage de l’instrument. Jacques de Saint-Luc fut manifestement un musicien réputé dans l’Europe entière. On trouve en effet sa trace à Bruxelles, Paris, Vienne et Berlin. Vous pourrez lire ici la notice Wikipédia qui lui est consacrée.


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    A. Vander Does, d'après Gérard Seghers, Jacques de Saint Luc, 1641



    Mais le projet de nos deux étudiantes ne se résumait absolument pas à une conférence historique sur Jacques de Saint-Luc. Elles avaient obtenu la collaboration du luthier liégeois Renzo Salvador, installé dans une superbe demeure en Neuvice, dans le cœur historique de la ville et ce dernier avait non seulement ouvert son atelier à la quinzaine de curieux que nous étions, mais avait préparé une véritable explication d’un métier absolument fascinant. La passion de l’artiste pour la lutherie le rend absolument intarissable… et tout à fait pédagogique. À l’écouter, on a envie de devenir luthier… et même luthiste.

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    Renzo Salvador expliquant les différents matériaux et les techniques de construction d'un luth.



    Puis, Marie-Sophie et Pénélope nous ont sensibilisés à l’écriture particulière de la musique pour luth qui fonctionne par le système des tablatures, procédé qui fut à la fois la cause d’une extraordinaire richesse du répertoire et la raison de son déclin. Le luth, grâce à son jeu polyphonique et son transport aisé, jouissait d’une popularité qui suscitait l’enthousiasme des compositeurs de la fin de la Renaissance. Les musiciens traversaient l’Europe et déployaient un vaste répertoire.

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    Marie-Sophie Mosnier en pleine explication...



    Le principe de la tablature consiste en une notation qui indique quel doigt doit se déposer sur quelle corde ainsi que le rythme de succession des notes. Procédé génial que les claviers utiliseront également, l’écriture d’un doigté permet de bien saisir la pensée d’un compositeur. Malheureusement, chaque pays avait sa propre tablature et l’uniformisation des styles  n’a pu se faire qu’en adoptant, à l’époque baroque, la notation habituelle de la musique. Et puis, certains compositeurs écrivaient pour le luth sans connaître les principes de la tablature. Le déclin du luth vint de la difficulté des luthistes à s’adapter au monde moderne. Au moment où la musique s’adressait à des auditoires de plus en plus vastes, ses possibilités sonores limitées, et son rôle de plus en plus important dans le cadre de la basse continue, contribuèrent au déclin de sa pratique en solo vers le milieu du XVIIIème siècle. Il n’empêche, le répertoire est vaste, varié et d’une richesse inouïe.



    Après un échange de questions-réponses et une visite de l’atelier, Pénélope Maravalhas proposait un superbe récital de luth baroque dans le salon de réception de l’Hôtel de Neuvice. En liégeois qui ne dort pas dans les hôtels de sa ville, j’avoue que je ne savais pas qu’un superbe petit hôtel, tout à fait rénové, était sis dans cette rue qui, décidément semble enfin reprendre vie. Renzo Salvador, qui est d’ailleurs le président de l’ASBL pour le renouveau du quartier, m’a dit toute l’énergie consacrée à ce superbe projet. On s’en réjouit !

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    Une table d'harmonie à la rosace récemment ciselée.



    Au programme du concert, une suite d’Ernst Gottlieb Baron (1696-1760), une sonate de Silvius Leopold Weiss (1687-1750), un ami de Bach lui-même et, évidemment, une suite de Jacques de Saint-Luc, révélation d’un magnifique style entre musique française et allemande… une véritable découverte…

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    Pénélope Maravalhas, luth baroque à 13 choeurs (doubles cordes)



    Et un tout grand bravo à Marie-Sophie et Pénélope pour cet après-midi aussi instructive qu’agréable.

     

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    L'un des rares enregistrements consacrés à Jacques de Saint-Luc, édité chez Cyprès pour Musique en Wallonie... pour un peu prolonger les plaisir... s'il est toujours disponible...!



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