etude

  • Désespérance



    Les belges francophones sont déprimés… Voilà l’un des titres des journaux radiophoniques et télévisés des derniers jours. À vrai dire, c’est une fausse nouvelle car tout le monde le sait depuis longtemps. Ce sont, pourtant, les résultats d’une enquête réalisée pour la Mutualité Solidaris, la RTBF et le journal Le Soir. Présentée comme sérieuse, cette enquête a porté sur 1000 personnes âgées entre 18 et 75 ans. On ne peut donc y inclure ni les malaises existentiels bien importants des jeunes adolescents, ni ceux de nos aînés les plus âgés. Et c’est vrai qu’il ne nous faut pas chercher bien loin dans notre entourage pour rencontrer ces dépressifs ou ces déprimés qui représenteraient les trois quart de la population francophone du pays !!

    N’oublions cependant pas de bien déterminer ce qu’est une personne dépressive. Médicalement, ce n’est pas la même chose qu’une déprime ou un état d’âme temporaire comme nous en éprouvons tous. Dire que le moral « est en berne » ne veut pas dire que les trois-quarts de la population sont des dépressifs ! Et que nous soyons confrontés à l’anxiété, ce n’est pas un scoop, les modes de vie de notre époque y prédisposent depuis bien longtemps. Le tout est de ne pas confondre. D’ailleurs, ce malaise existentiel est présent depuis les années 1960 aux U.S.A. Souvenez-vous de tous ces américains dont se moque Woody Allen depuis des décennies… Ils ne peuvent pas vivre deux jours sans faire appel à leur « psy ». C’était mode, c’était dans le vent et c’était snob ! Mais cela dévalorise et banalise, toujours aujourd’hui, les gens qui sont vraiment malades et qui ont un vrai besoin de psychothérapies.

    Et comme si on ne pouvait pas en comprendre les raisons de cet état de fait, l’étude sérieuse nous rappelle que la crise économique est un facteur essentiel du mal-être. L’auriez-vous oublié ? La Wallonie est touchée gravement, bien sûr, mais ne l’était-elle pas avant ?

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    L’incertitude financière, le manque d’emploi, la pression sur les travailleurs, la hausse des prix, les pressions extérieures et les nouvelles en provenance de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande… ont raison du moral des belges. Comment éviter la question fatidique ? Que ferais-je si je perdais mon travail ? Comment subvenir aux besoins de ma famille ? Comment continuer à nous soigner ? Et si c’était à notre tour de verser dans le cataclysme européen ? Personne ne peut rester indifférent devant ces questions sources d’anxiété.

    Et comme si ce n’était pas tout, on affirme des évidences : Les chômeurs sont plus touchés que les travailleurs, les femmes plus que les hommes, tous s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants et pour leur propre pension. L’éclatement des familles, l’insécurité, …et puis, les salaires les plus bas sont les plus sujets à la dépression… En voilà des révélations… !... Même la météo semble vouloir éprouver nos nerfs et nos biens!

    Comprenez-moi bien, je ne remets évidemment pas en doute ces profondes incertitudes et ces mal-êtres intenses qui sont présents partout dans notre société. Je les constate tous les jours. J’ai pourtant peine à croire que trois personnes sur quatre soient désespérées, même à des degrés divers. Si c’est vraiment le cas, la situation est très grave. Alors, il nous faut nous demander si les conditions évoquées plus haut sont les seules coupables et nous demander ce qui crée cette insécurité.

    Si nous sommes désespérés, c’est à cause de l’incertitude et du chaos du monde. Comment nous parviennent les informations diverses qui nous conduisent à cet amer constat ? Pour une bonne part de la population, ce sont les médias qui transmettent les informations. Ceux-ci font des titres importants des moindres sautes d’humeur des bourses, des moindres fluctuations des marchés et des actes des banques, des agences de notation et des gouvernements. Si l’un est en difficulté, on l’affirme haut et fort. Si, au contraire, les choses ne posent pas de problème, on en fait un petit titre que plus personne n’écoute. Car le belge moyen est dépendant de l’information. La comprend-t-il dans toutes ses nuances ? Est-elle bien nuancée ? La hiérarchie de l’importance des sujets est-elle respectée ? Quel est le but de la présentation d’une information ? Soulever toutes ces questions, c’est s’exposer à un long et large débat qui dépasse, et de loin, le cadre de ce blog et dont les réponses ne sont pas évidentes du tout.

    Observons objectivement, par exemple,  le déroulement d’un journal télévisé : Hier, à treize heures, et cela dure depuis des jours, plus de dix minutes, en début de journal, sont consacrées à des affaires criminelles plus ou moins locales. L’affaire des émeutes de Molenbeek et de leur agitateur islamiste, le procès très médiatisé (pourquoi ?) du père du petit Younès, la suite d’un procès d’assises des assassins de la jeune femme dite « possédée », enfin, un dernier mot sur cette pauvre dame tuée d’un coup de révolver dans la nuque suite à un cambriolage qui a mal tourné. Quatre affaires traitées à grand renfort d’envoyés spéciaux, de rapports en direct, etc. Plus de dix minutes… ! Pour quel résultat ? L’entretien d’un voyeurisme malsain, la propagation de peurs irraisonnées. Observons une peur différente pour chaque affaire (Radicalisme religieux, infanticide, possession et sorcellerie, banditisme classique) !

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    La suite du journal parle de la situation en Syrie, de l’état des banques espagnoles, des entreprises qui licencient, de la déclaration fiscale en vue ou mal pré-remplie, du mauvais présage que représente la baisse des produits pétroliers, de la disparition de la solidarité entre les citoyens, je vous en passe… Constat : que des peurs, que des inquiétudes ! Et vous vous étonnez que les gens soient anxieux ? La question qui me vient à l’esprit est celle-ci : Comment le téléspectateur perçoit-il tout cela ? Pourquoi un tel négativisme dans l’information ? N’y a-t-il vraiment rien de moins sombre sur la terre ? J’en doute ! Et pourtant, en regardant les titres de Google Actualités hier, … pas un article positif… !

    Ah si ! … j’oubliais, il y a le sport à la télévision… le seul à pouvoir retarder le journal du soir… ! Comme un opium… on oublie tout… C’est bien ! Du pain et des jeux… ! Et si le pain venait à manquer ? Voilà les angoisses qui remontent à la surface… Les hommes ont besoin de s’identifier à des vedettes, des sportifs (c’est pareil), des gens exceptionnels, un moment de rêve (amour, gloire et beauté). Alors, je ne vous parle même pas de la place réservée à la culture au sens large, la grande absente des débats politiques et économiques… trop élitiste sans doute! … ou trop dangereuse… culture égale liberté, culture égale indépendance, culture égale action, culture égale critique…  Je vous ai déjà dit par ailleurs mes idées à ce sujet. Une société sans culture est une société qui se meurt.

    Et pourtant, moi qui ne suis pas désespéré, mais qui comprend parfaitement qu'on puisse l'être, et qui lutte tous les jours contre le marasme, je reste persuadé que le monde est plein de richesses, de belles choses, que les hommes ne sont pas que des machines passives. Je crois qu’il y a de par le monde des hommes et des femmes qui créent, qui vivent dans un esprit positif, qui entretiennent la diversité du monde et des cultures. Je crois profondément aux ressources humaines, à sa capacité à survivre. Des exemples de tolérances, de sagesses supérieures, on en trouve par milliers, de la solidarité, de l’empathie et du respect, il y en dans toutes les sociétés, sous toutes les philosophies et les spiritualités, sur tous les continents. Des initiatives citoyennes et responsables, des créations respectant la nature, on en trouve partout… Alors pourquoi ne pas nous les montrer D’ABORD. Pourquoi laisser cela pour la fin, comme une maigre consolation ? Et si on faisait l’inverse… Ah ce serait moins spectaculaire, moins sensationnel et moins orienté vers une forme certaine de voyeurisme. Cela ne solutionnerait certes pas les problèmes du monde, non, mais nous montrer tout ce qui est positif en premier lieu, puis nous parler des horreurs après… pourrait peut-être créer un sentiment de dynamisme positif... Y aurait-il toujours alors les trois-quarts de la population avec le moral dans les talons ? Au moins on montrerait que tout est encore possible dans ce bas monde. Et je crois fermement que ce n’est pas de l’angélisme.


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