etudes

  • Allan Willcocks


    Les fidèles lecteurs n’auront pas manqué d’être surpris par un des exemples musicaux qui illustrait le billet récent « Poussière d’étoiles ». Et sans doute aurez-vous été surpris par la beauté de cette musique pour guitare d’un compositeur resté tout à fait inconnu, même des guitaristes, et à qui le virtuose Tilman Hopstock rend enfin justice, Allan Willcocks. Les propos qui suivent sont inspirés par la notice du cd présenté ci-dessous... lisez bien ce billet jusqu'au bout. Ce compositeur pourrait bien en cacher un autre...!

    Allan Willcocks est né en 1869 à Canterbury et décédé en 1956 près de Brighton. Contemporain de la génération 1860 (Mahler, Strauss, Debussy, Sibelius,…) et de ses compatriotes R. Vaughan Williams et G. Holst, il était avocat, guitariste et compositeur. À côté d'autres compositeurs comme John Ireland (1879-1962) et Cyril Scott (1879-1970), on peut le classer parmi les représentants de l'impressionnisme ou, plus exactement, du symbolisme anglais.

    Allan (Andrew) Willcocks est le deuxième fils d'une famille de commerçants. Le père, Peter Willcocks, qui était aussi un guitariste amateur, favorisa l’épanouissement du talent musical de son fils en lui offrant très tôt des cours de guitare avec Giulia Pelzer (1837-1938).

    Après quatre années d'étude intensive, il se met à l’étude du piano et de l’orgue à l’âge de 14 ans. Et, au fil du temps, il prit le goût à la composition. Pourtant, cet apprentissage fut longtemps cantonné au temps des vacances scolaires. Plus tard, lorsque Willcocks  fréquenta l'école des cadets à Maidstone, il reçu des leçons privées de composition à Canterbury et plus tard, l'harmonie et le contrepoint une fois par mois à la section musique récemment inaugurée à l'Université de Brighton. C’est là qu’il étudia le droit avant d’entrer à l’Université de Londres.



    Puis ce fut le séjour à Paris où il passe trois ans, de 1895 à 1898, puis, après un retour en Angleterre, y retourne pour une durée de douze ans. Là, il entre dans les milieux musicaux les plus fameux regroupés autour d’Alfred Cortot et Pablo Casals. Il s’inscrit dans la classe de composition de Paul Dukas. Il est bien possible qu’il ait rencontré le fameux guitariste espagnol Miguel Llobet dans les années 1905-10.
     
    An tous cas, c’est en 1903 ou 1904 que Willcocks fait la connaissance de Cyril Scott à Paris. Il parle en ces termes dans une lettre à son beau-frère : «Nous l’avons rencontré hier lors de la création de sa Symphonie. Cyril Scott est le seul compositeur qui peut tenir sa place au sein du cercle qui entoure les français Debussy et Ravel ».  Fait étrange, on ne trouve aucune mention de la présence d’un autre grand compositeur anglais de l'époque, John Ireland, qui était, lui aussi, à Paris à la même époque. On a parfois dit que la rivalité entre les deux hommes tenait du fait qu’on aurait attribué à Ireland un poste d’organiste à Londres que Willcocks postulait aussi en 1904. Finalement, il choisit de retourner en Angleterre en 1912 et  accepte un poste d'avocat.

    Après la mort de ses parents en 1924, plus rien ne l’attachait à l’Angleterre et il prit la résolution de s’installer définitivement à Paris. Pourtant, le sort en décida autrement et il se pourrait que le suicide de sa nièce et le besoin de soutenir sa propre sœur dans l’adeversité soit la cause de son retour en 1932. Il établit donc son cabinet d’avocats à Brighton tout en continuant de composer. Allan Willcocks  poursuivit sa profession d'avocat jusqu'à l'âge de 83 puis passa les quatre dernières années de sa vie dans la solitude de sa dernière demeure, près de Brighton, où il mourut le 3 Septembre 1956, après avoir subi un AVC. Sa sœur qui n’avait cessé de s’occuper de lui survécut cinq ans.




    On lui connaît quelques œuvres, mais il est fort probable qu’une bonne part de ses compositions ait disparu. Voici ce qu’il reste de l’inventaire de ses œuvres :

    • Études pour guitare (1928)
    • Douze Préludes miniatures (guitare, 1932)
    • Quatuor à cordes (1938, perdue)
    • Deux sonates pour piano (ca. 1938/1946, perdue)
    • Six nouvelles études pour guitare (1941)


    Son style est très fin et flirte avec l’esprit des impressionnistes et des symbolistes. À l’écoute de ses œuvres, on est frappé par l’influence reçue de Debussy et de Ravel. Une de ces études est d’ailleurs intitulée «Le Gibet de Ravel » car son début et sa fin sont basées sur des passages du fameux second mouvement de Gaspard de la nuit, Le Gibet.



    Dans le second volume des Études (1941), on sent l’importance que Willcocks accordait au renouvellement des capacités expressives de la guitare. Un pan de ses recherches allait dans l’exploration des accordages de l’instrument (scordatura). Il tente ainsi une série d’expériences qui, tout en modifiant l’art des doigtés habituel, confère à l’instrument des sonorités nouvelles et des possibilités harmoniques inouïes. Willcocks cherche à s’inspirer des techniques du piano en utilisant les doigts des deux mains comme de petits marteaux qui frappent les cordes dans certains passages de sa dernière Étude..

    Quant aux Douze Préludes miniatures pour guitare, ils s’inspirent de tableaux (n°1, 4, 8, 9, 10 et 11) ou de poèmes (n° 2, 3, 5, 6, 7 et 12) qui imprègnent la musique de leur couleur ou de leur affectivité. C’est dans la poésie musicale que Willcocks parvient le mieux à transposer les affects d’un texte dans sa musique et à transporter l’auditeur dans des contrées imaginaires formidables. Ceci est particulièrement efficace dans le second prélude (Romance, basée sur un poème de Paul Bourget) et dans l’atmosphère mélancolique du sixième prélude inspiré par la poésie  de Van Lerberghe (O mort, Poussière d'étoiles) que vous écoutiez dans le billet précédent. On peut y sentir les réminiscences du style tardif romantique de Gabriel Fauré (1845-1924) qui, rien que par le titre du mouvement sont indéniables.



    Un compositeur à découvrir absolument… Sauf si, et c'est ce qui semble ressortir des dernières recherches opérées par le très sérieux Classical Guitar Magazine, le compositeur est, une fois encore un personnage inventé de toute pièce par le guitariste Tilman Hoppstock pour dissimuler des pièces qu'il aurait composé lui-même. Il faut bien dire qu'un compositeur anglais de cette qualité et ayant fréquenté les milieux musicaux français ainsi que la classe de Paul Dukas passerait difficilement aussi inaperçu durant tout le XXème siècle... et ce d'autant plus que les pionniers de la guitare en Angleterre, comme Julian Bream, par exemple, toujours à l'affut de nouvelles oeuvres à ajouter au répertoire de la guitare n'auraient pas pu passer à côté...

    ... Une belle histoire tout de même... une superbe musique surtout!

     

    willocks,guitare,études



    CD "grandes études pour la guitare" édité par le label Christophorus

    Lien permanent Catégories : Musique 0 commentaire