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  • Francis Poulenc

     

    En prélude au Festival Francis Poulenc que l'OPRL va nous offrir le week-end prochain et qui sera consacré à la musique de chambre du compositeur dont on commémore cette année le cinquantenaire de la disparition, j'avais envie de revenir brièvement sur la place essentielle de la musique sacrée dans l’œuvre du compositeur français et, en particulier, sur son magnifique Stabat Mater, l'un des plus beaux du répertoire.


    Francis Poulenc (1899-1963)

     

    Le texte du Stabat Mater ne fait pas partie de la liturgie. Il fut composé au XIIIème siècle et attribué au franciscain italien Jacopone da Todi qui a voulu traiter du sujet sensible d’une mère qui perd son fils, Marie au pied de la Croix. Ce poème a souvent été considéré par les théologiens et les historiens comme le signe d’une nouvelle forme de piété. Plus émotive et sans doute plus humaine, elle est aussi le témoignage de l’explosion de la dévotion mariale.

    mater dolorosa

    Et le texte a tenté les compositeurs de toutes les époques. La musicologie en a recensé plus de deux cents vingt dont les auteurs les plus connus se nomment Pergolesi, Vivaldi, Steffani, Haydn, Rossini, Schubert, Dvorak, Verdi, Poulenc, Penderecki, Szymanowski, Pärt, …)

     

    Le Stabat Mater de Francis Poulenc (1899-1963) est atypique mais ô combien puissant. Il ne s’agit pas ici de donner une vision théologique d’un texte. Il est seulement ressenti. Composé en 1950 pour rendre hommage à la mémoire de son ami, le célèbre illustrateur et décorateur Christian Bérard (ayant, entre autres, participé au film de Cocteau, la Belle et la Bête en 1946).


    Le compositeur confie sa longue hésitation entre un requiem, rejeté car trop pompeux et le Stabat. Composées pour un effectif important de soprano solo, chœur mixte et orchestre, les douze pièces forment un ensemble extrêmement homogène. Il avait beau dire que sa musique naît spontanément, l’œuvre est magnifiquement construite et témoigne d’une maîtrise exceptionnelle. « Le sens de la musique polyphonique est chez moi vraisemblablement inné ». C'est un fait! L'écriture ne souffre d'aucune faiblesse et exploite toutes les formes du contrepoint imitatif et libre. Souci de couleur, souci de limpidité qui peut évoquer aussi bien la polyphonie de la Contre-Réforme (celle de Palestrina et de Victoria), mais qui ne peut se confondre avec une musique ancienne tant l'usage de la dissonance y est audacieux sans pourtant perdre son expressivité. Et puis cet esprit unique, qui caractérise justement toute l’œuvre de Francis Poulenc, profondément sacré... et tellement humain.


    Il se souvient : « Mon père était profondément religieux, il l’était sans étroitesse, magnifiquement croyant ». Ses dernières œuvres religieuses, souvent parmi les meilleures de Poulenc, furent générées par un retour de la Foi provoquée par une visite à Rocamadour. Pourtant, il reste lui-même. Lui, qui a côtoyé les plus grands artistes du début de XXème siècle, s’est forgé, en autodidacte, une solide culture musicale qui en fait l’un des grands français de l’histoire.

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    Loin des dogmes, sa musique va droit au but. Elle est aussi provocante et humoristique, elle est grave et austère (Moine ou voyou selon les mots de Claude Rostand). Son « Stabat » est tout simplement sublime et magnifique de cette humanité qui habite son auteur. Il exprime cette émotion qui connaît la souffrance dans ce qu’elle a d’intérieur et de plus profond. Tout y est ; couleur orchestrale, polyphonie à l’ancienne, modernisme des dissonances expressives, rhétorique du mot, visions du temps extérieur et intérieur, …Laissons-le encore parler : « J’ai repassé ma robe de bure et je suis en plein Stabat (comme un poisson dans l’eau). Tu sais d’ailleurs que je suis aussi sincère dans ma foi sans hurlements messianiques que dans ma sexualité parisienne. Le problème de la personnalité ne se pose jamais pour moi. Mon ton musical est spontané et, en tous cas, je pense, bien personnel ». (F. Poulenc)

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