fischer

  • Cadeaux…



    Hier matin, j’avais l’honneur d’être l’un des invités de Camille De Rijck pour partager deux heures du marathon Noël Euroradio, plage de neuf heures où s’enchainaient une multitude de concerts en provenance de divers pays. C’était une première pour moi. Je n’avais jamais participé à un direct aussi long, ma seule intervention radiophonique n’ayant jamais consisté qu’à un petit commentaire, dans le camion RTBF stationné devant la Salle philharmonique, dans le cadre Festival Mozart que l’OPRL (OPL à l’époque) avait organisé en 2006 à l’occasion du bicentenaire de la naissance du compositeur.

    Tout était donc découverte et étonnement ! J’admire la facilité avec laquelle Camille trouve les formules justes et percutantes, pleines d’humour, pour annoncer et désannoncer les concerts (c’est toujours un plaisir de l’entendre le matin au saut du lit sur Musiq’3).

    Dans le cadre de cette rencontre, il m’avait demandé d’apporter une sélection de trois cd’s qui représente, à mon avis, l’année discographique 2013. C’était l’occasion pour moi de renouer un peu avec mon ancien métier qui consistait à conseiller quelques galettes marquantes. Et ceux qui me lisent souvent savent à quel point je peux estimer la qualité de l’interprète, l’originalité de la parution ou la grandiose entreprise des grands cycles. C’était sur cette base que j’avais choisi, entre autres nombreuses parution, les trois disques que je développe un peu ici.

    Mon premier choix s’était porté sur le beau coffret Camille Saint-Saëns qui vient de paraître sous le label Zig-Zag Territoires. Plusieurs jeunes violonistes et violoncellistes de la Chapelle musicale Reine Élisabeth y interprètent l’intégrale des pièces concertantes pour violon et violoncelle avec orchestre, rôle dévolu à l’Orchestre philharmonique royal de Liège sous la direction de son directeur musical, Christian Arming. Outre la qualité toujours remarquable de l’œuvre de Saint-Saëns qu’on néglige trop souvent, c’était l’occasion pour moi de mettre l’accent sur la politique très dynamique de l’OPRL en matière d’enregistrements. Au moment où la marché du cd est profondément tourmenté, l’audace de poursuivre coûte que coûte la production régulière de cd’s est non seulement la marque d’une confiance inébranlable dans le mélomane, mais surtout d’un long travail de reconnaissance de l’orchestre comme l’un des piliers de la discographie moderne. Dans des répertoires moins fréquentés et dans l’esprit qui caractérise le son de l’orchestre, il y a assurément une place à prendre.

    Bach, Suzuki, Saint-Saëns, Arming, OPRL, Mahler, Fischer, Budapest, Euroradio, RTBF



    Cet enregistrement et le deuxième à voir le jour sous la baguette de Christian Arming. Le premier, récent, lui aussi, était consacré à la Symphonie de César Franck ainsi qu’à deux poèmes symphoniques moins connus et bienvenus au disque (Fuga Libera). La presse avait d’ailleurs salué unanimement la parution de ce premier opus. Et puis ce coffret Saint-Saëns, c’était aussi l’occasion de renouveler l’expérience de l’enregistrement des Concertos de Vieuxtemps, paru il y a quelques années, et qui mettait en évidence de jeunes solistes devenus, depuis, de grandes pointures du violon. Gageons donc que ces formidables jeunes talents feront aussi parler d’eux dans les prochaines années.

    Enfin, c’était l’occasion de découvrir des œuvres fort peu connues comme la Suite op 16b ou le magnifique Allegro Appassionato en si mineur pour violoncelle et orchestre, tout en retrouvant, dans le même coffret, les célébrissimes Troisième Concerto et l’Introduction et Rondo Capriccioso pour violon et orchestre. Un cadeau idéal, assurément !

    Le deuxième enregistrement que je voulais souligner est d’un tout autre registre puisqu’il s’agit du dernier volume (55) de l’intégrale des cantates de Jean-Sébastien Bach par le Bach Collegium Japan dirigé par Masaaki Suzuki (BIS). Il fallait souligner ici la fin d’une immense entreprise commencée il y a bien longtemps et qui, malgré l’ampleur de la tâche, a gardé, au fil des années une qualité d’interprétation vraiment exceptionnelle. Et puis, là où un certain public résiste encore parfois à écouter des interprètes japonais dans une musique si liée à la culture occidentale, on réalise à quel point l’apriori est sans fondement. Ces musiciens manient avec une heureuse évidence non seulement la profondeur et la complexité du discours sacré de Bach, mais aussi les techniques instrumentales les plus pointues qui mettent en œuvre les instruments anciens pour notre plus grand bonheur.

    Bach, Suzuki, Saint-Saëns, Arming, OPRL, Mahler, Fischer, Budapest, Euroradio, RTBF



    Comble du bonheur, ce dernier volume reprend, entre autres, cette cantate pour le premier jour de Noël, Gloria in excelsis Deo, BWV 191 qui n’est autre qu’un remaniement de la seconde partie de la Missa de 1733 que Bach avait dédiée à Frédéric-Auguste II, futur roi de Pologne en espérant trouver en la personne royale un soutien de taille pour ses activités à Leipzig. On sait que les deux parties de la Missa seront étoffées et complétées dans les dernières années de la vie du Cantor pour en faire le monument le plus exceptionnel de toute son œuvre, la grande Messe en si mineur BWV 232. Un cd qui reprend donc l’esprit de noël avec une force titanesque.

    Enfin, j’avais amené une version toute récente de la fameuse Cinquième Symphonie de Gustav Mahler, une de plus, interprétée par l’Orchestre du Festival de Budapest dirigé par Ivan Fischer (Channel Classics). Ce n’est évidemment pas une découverte et les références en la matière sont vraiment nombreuses. Pourtant, il y a dans l’optique de Fischer quelque chose qui me bouleverse vraiment. S’il n’en est pas à son coup d’essai, ayant enregistré les symphonies 1, 2, 4, 5, et 6, je n’ai pas toujours été séduit par sa manière « plus légère » de présenter Mahler. Si je n’avais vraiment pas accroché à sa deuxième et sa sixième, j’avais vraiment beaucoup aimé la première et la quatrième. Le miracle se renouvelle avec cette cinquième dans laquelle on entend des choses inouïes que la transparence et la profondeur de la direction mettent en évidence… et tout cela sans renoncer le moins du monde à l’émotion typiquement mahlérienne. Cela nous offre un équilibre formidable qui à défaut d’être vraiment incontournable, nous montre une autre manière particulièrement efficace d’interprété notre géant. Et puis la prise de son est limpide et les pupitres, la petite harmonie surtout, sont vraiment d’une beauté exceptionnelle.

    Bach, Suzuki, Saint-Saëns, Arming, OPRL, Mahler, Fischer, Budapest, Euroradio, RTBF



    Ces trois cd’s sont à écouter sans modération et montrent au moins une chose, chacun à sa manière, c’est que la production discographique n’est pas morte et qu’il nous faut la soutenir si nous voulons continuer à bénéficier de nouveautés qui témoignent de la vivacité des interprètes d’aujourd’hui. Bonne écoute !

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