froid

  • Lamentable !



    Tout récemment, quelqu’un me signalait avec la plus grande assurance que nos pays occidentaux ne connaissaient plus la pauvreté ! Il n’y a plus de pauvres, disait-il, dans nos sociétés évoluées et solidaires ! Quelques minutes auparavant, on venait de faire un appel solennel aux dons de nourriture et aux produits de première nécessité pour les plus démunis… Je ne vous cache pas ma colère d’entendre, dans la bouche de quelqu’un d’autorité, de paroles provocantes contre lesquelles je m’insurge avec la plus grande force.

    Le propos venait du fait que je précisais, à la fin d’une conférence, que pour avoir la chance de reconnaître le sens profondément humain des arts et de la musique en particulier, il était d’abord indispensable de ne pas avoir faim, de ne pas avoir froid, bref, de ne pas manquer de tout. Car en ces circonstances, il est impossible de s’ouvrir à l’art. Si nous avons la chance d’en parler, d’en profiter tous les jours, c’est parce que nous en avons la possibilité matérielle. Alors qu’on cesse de proférer ces fausses banalités qui consistent à défendre l’idée que l’art est la solution à tous les problèmes de délinquance, de violence ou de décrochage scolaire ou social. Nourrissons d’abord nos semblables et abritons-les décemment et alors, peut-être, l’art pourra s’envisager comme une aide humanitaire à la réadaptation.

     

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    Et si vous ne me croyez pas, allez parler de l’humanité de Mozart à un sans-abri qui se les gèle (passez-moi l’expression) par les températures polaires de ce début décembre, avec la perspective d’un hiver de plus de trois mois qui commence à peine. Il y a presque trois ans, j’écrivais déjà cela dans les touts premiers articles de ce blog :
    « Je n'ai pas la moindre intention moralisatrice. Ni dans le cadre de ce blog ni ailleurs. Je ne me suis jamais senti investi de quelque mission que ce soit pour porter un jugement sur le monde. Si j'évoque souvent les situations de toutes sortes qui caractérisent notre époque (il suffit d'écouter, de regarder ou de lire un journal!), c'est uniquement pour les rattacher à mes préoccupations humaines.


    C'est vrai qu'il est facile d'observer le monde quand on a une certaine sécurité. L'expression "le cul dans le beurre" est tout à fait adéquate pour désigner ceux-qui, comme moi, ont la chance de pouvoir s'intéresser à l'art et s'interroger sur les rapports de ce dernier avec l'homme. Il devient alors facile de tracer de grandes théories sur la tolérance et l'ouverture vers l'autre. Je ne serais sans doute pas si loquace sur la question si je devais me demander tous les jours ce que ma fille va manger et comment nous allons nous réchauffer en hiver ».


    Alors, ne mélangeons pas tout et ne nous plaçons pas en moralisateur en faisant mine de divulguer des solutions qui n’en sont pas. La seule réalité, c’est celle qui devrait être l’objectif d’une nation ou d’une communauté toute entière, éradiquer la détresse économique. Cela ne devrait cependant pas résoudre complètement le problème de la délinquance, encore moins celui de l’intolérance. Comment ne pas s’offusquer en entendant les commentaires et les disputes entre responsables  politiques qui se rejettent la balle quant à l’aménagement de places « au chaud » pour les sans-abris. Mercredi, on parlait d’au moins deux semaines d’attente avant que les casernes soient aménagées. Aujourd'hui, on parle des centres de vacances. Mais il faut d’abord préparer l’infrastructure qui empêchera les sans-abris de rencontrer les militaires… ! Et en attendant ces deux semaines ? Ils dormiront dans le froid. Dormir ? Impossible, dangereux même ! Que faire ? Notre belle et moderne civilisation n’a pas de solution… lamentable ! Mais nous proposions notre candidature à l’organisation de la Coupe du Monde de foot… ! Des milliards à dépenser !

    Ne vous y trompez pas. Je n’ai strictement rien contre le football, ni contre l’organisation de tout événement important, que du contraire, mais c’est triste de considérer que des milliards d’euros seraient dépensés pour des nouveaux stades alors que de plus en plus de citoyens flirtent avec ou se débattent dans la pauvreté. Il semble, en outre, de plus en plus évident et ostentatoire que l'organisation de ces grands événements soit réservé à ceux qui, en dehors de toute préoccupation sportive ou populaire, sont les plus corrompus. Une histoire de fric qui déclasse les petits pays d'office. Pourquoi, dès lors, être candidat? Pourquoi ne pas consacrer nos budgets à fournir des infrastructures décentes pour chacun? On accorde ce qui devrait être une fête mondiale à un pays où la démocratie n'existe pas (ou si peu) et où le peuple vit, à l'exception des mafieux de tous poils, dans une pauvreté d'un autre âge. Un journaliste a donné la belle formule: "Les empereurs romains voulaient du pain et des jeux pour divertir le peuple. Les russes auront les jeux, pas le pain!"




    Et puis, et j’arrête là mes coups de gueule, cela ne semble pas être la priorité des hommes politiques qui sont enfermés dans leurs spéculations financières et qui semblent vivre complètement en dehors du monde réel. Et on a beau parler et reparler des financements, certes très complexes, qui représentent l'avenir du pays, en attendant, on s'enfonce un peu plus chaque jours. Les patrons tirent la sonnette d'alarme, non pas pour les pauvres d'aujourd'hui, pour le devenir des entreprises et, sans doute un peu aussi pour chercher à éviter que les pauvres de demain soient beaucoup plus nombreux! La Belgique aura surtout réussi à montrer au monde son incapacité, et ce à différents niveaux, à faire front face à cette crise qui touche le monde de plein fouet, alors qu’elle-même assure, sans gouvernement de plein exercice, la présidence tournante de l’Union Européenne. Le retour de manivelle et le réveil risque d’être très durs.

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