geiger

  • Caricature



    Plusieurs compositeurs ont, durant leur vie, fait les frais de leurs particularités, de leur style ou de leur esthétique... bref de leur génie. Si nous connaissons l’art de la caricature politique, on connaît moins celle qui a touché les artistes. Pourtant, à une époque où l’enregistrement sonore et filmé n’existait pas encore, la presse parvenait à faire comprendre par l'image une part de la teneur de la musique entendue lors des concerts. Ainsi, on connaît bien les images de Franz Liszt au piano qui témoignent de sa virtuosité et de son inspiration en scène…

     

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    On connaît très bien également  les images de Mahler dirigeant son orchestre à grand renforts de gestes et de passion.

    Mahler chef d'orchestre.jpg

     

     

    Mahler dirigeant sa première symphonie en 1900.jpg




    On se rend compte qu’il s’agit aussi pour le dessinateur de saisir ce qui lui semble être la particularité de l’art du musicien qu’il représente.

    Mahler 6.jpg




    Andreas Geiger, dans son « Un Concert en l’an 1846 ! », une lithographie conservée à la Bibliothèque nationale de France, représente Berlioz en train de diriger sa propre musique. Car le compositeur français, conscient de la difficulté que représentait pour les musiciens son usage de l’orchestre, préférait diriger lui-même. Et si les choix orchestraux de Berlioz, qui d’ailleurs inspireront de nombreux autres compositeurs ultérieurement, cherchaient à explorer le domaine des timbres, les capacités sonores inhabituelles des instruments, leur spatialisation et leurs possibilités dynamiques, urent souvent critiqués, force est de constater que sa vision de l’orchestre dépassait le cadre du XIXème siècle et trouverait de nombreuses applications dans le XXème.

    Geiger Berlioz.jpg




    Cette image est une variante d’une gravure de Grandville parue la même année. Elle témoigne également des difficiles rapports entre Berlioz et le milieu artistique français en général, parisien en particulier. On peut en effet déduire de ce dessin satirique que les critiques et le public n’appréciaient guère les innovations orchestrales du compositeur. Au premier plan donc, une foule de mélomanes qui s’enfuient, terrorisés par les sonorités hostiles de l’orchestre en présence. Tandis que le compositeur, en chef d’orchestre, reste digne et souverain dans la cohue générale, un canon, au premier plan vient de lancer sa déflagration qui rempli de fumée une bonne part de la fosse d’orchestre.

    On n’y distingue d’ailleurs pas grand-chose. Quelques instruments à cuivres manifestement sonores et graves, tubas de toutes sortes, tant à droite qu’à gauche, trois contrebasses et des percussions (on distingue la grosse caisse à droite et quelque étrange machine à bruit (sortes de marteaux) juste au-dessus d’une timbale. Force est de constater que le dessinateur n’a pas voulu représenter les violons ou les bois aux sonorités un peu plus douces. Et quand on se met à écouter, on croit entendre ce terrible vacarme comme dans le cas d’une attaque militaire.

    Car c’est bien souvent le côté gigantesque de Berlioz que les caricaturistes ont voulu montrer, à l’instar de cette image de Gustave Doré, certes moins féroce, de Berlioz dirigeant un concert à la fameuse Société philharmonique en 1850.

    Gustave Doré, Berlioz dirigeant.jpg




    Berlioz lui-même a tenu, durant près de trente ans au Journal des Débats, un feuilleton musical craint et respecté, alors que ses propres œuvres connaissaient de grandes difficultés à être jouées et n'étaient pas reconnues à leur juste valeur. Le public parisien restait fidèle à ses chroniques mais désertait ses opéras, trop habitué à être diverti par le bel canto et l'opérette. Longtemps, le grand compositeur français fut considéré comme un compositeur certes innovant, voire révolutionnaire, mais tellement « bruyant ». Cette image est la plus répandue dans les caricatures. Reste que leur nombre témoigne malgré tout de l'importance accordée au musicien. Elles devaient certainement agacer Berlioz autant que l'amuser, comme le laisse entendre cet échange rapporté dans les Mémoires :


    Portrait-charge d'Hector Berlioz.jpg



    "Le prince de Metternich me dit un jour à Vienne :
    – C'est vous, Monsieur, qui composez de la musique pour cinq cents musiciens ?
    Ce à quoi je répondis :
    – Pas toujours, Monseigneur, j'en fais quelquefois pour quatre cent cinquante."

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