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  • Complémentarité!

    La saison des Concerts de l’U3A s’achevait, mercredi dernier, par un bouquet final exceptionnel. Frédérique Bozzato au violon et Isabelle Landenne au piano nous offraient une heure de musique exceptionnelle, entre émotion et virtuosité. Il faut dire que nos musiciennes sont parvenues à capter l’auditoire par une formidable présence et une musicalité à toute épreuve. Même dans les passages les plus intenses de la terrible Troisième Sonate de Grieg, leur passion transparaissait sans faiblir un seul instant. 

     

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    Photographies Armand Mafit

     

     

    Deux passions complémentaires d’ailleurs que, dès le premier coup d’œil, on distingue clairement. Deux personnalités très différentes mais absolument complémentaires. Frédérique Bozzato est très intérieure. On ne voit dans son attitude en scène que peu de démonstration physique. Tout transite par son âme et parvient à nos oreilles par l’instrument qu’elle maîtrise en cherchant visiblement une économie des moyens qui rend d’autant plus efficace la force de son jeu. Ainsi, elle parvient à ne perdre aucune des inflexions de la musique. Mieux, elle la conduit directement à notre oreille en nous invitant à bien écouter et comprendre la fusion de son jeu avec celui de sa comparse, Isabelle Landenne.

     

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    Celle-ci, passionnée et d’un tempérament musical absolument romantique collant à merveille avec son amour immodéré de la musique de Robert et Clara Schumann, est une partenaire absolument parfaite. Elle vit sa musique à travers son corps, son regard, ses gestes amples. Elle est la partition qu’elle interprète. Le résultat est immédiat : son piano est orchestre à lui tout seul, parvient à toutes les nuances allant du miroitement sonore le plus délicat aux envolées les plus agitées. À les écouter toutes les deux, on en oublie les instruments et c’est la musique qui s’impose. C’est, ne l’oublions pas, vers ce but que tendent les musiciens qui pratiquent la musique de chambre.

     

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    Il faut dire que les œuvres choisies sont d’immenses fresques qui dépassent le cadre d’un récital de pure virtuosité. Leur contenu est très intense. La Troisième Sonate en ut mineur d’Edvard Grieg (1843-1907) a été conçue entre 1886 et 1887, probablement à la demande d’une jeune violoniste italienne, Térésina Tua, qui avait rendu visite au compositeur chez lui, près de Bergen. Il y avait bientôt vingt ans que Grieg n’avait plus écrit pour le violon et le piano et notre sonate, qui est d’ailleurs la dernière pièce de musique de chambre du musicien, montre sa manière la moins connue, celle qui tente de se dégager des musiques nationales si souvent associées à son nom. Il reviendra plus tard, dans les années 1890, à l’esprit des musiques folkloriques en recueillant sur le terrain de nombreuses mélodies populaires. Si on entend encore clairement ici certaines tournures populaires dans le mouvement lent, la Sonate adopte un ton plus passionné et plus tragique. La tonalité de base d’ut mineur témoigne de l’esprit dramatique de la pièce. Grieg oblige les musiciens à une profonde interaction au profit d’une exceptionnelle puissance qui allie la densité de l’écriture à la subtilité de l’émotion. Un chef-d’œuvre qu’il faudrait entendre plus souvent… !

     

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    La Deuxième Sonate en ré majeur op.94a de Sergei Prokofiev est d’un autre type. Basée sur la Sonate pour flûte et piano op.94 composée en 1942, la pièce, arrangée pour le violon en 1943 était destinée à David Oïstrakh qui en donnera d’ailleurs la création mondiale en juin 1944 avec, au piano, son ami de toujours, Lev Oborin. Typique des œuvres du Prokofiev réinstallé en URSS, la sonate est, selon les consignes du régime, absolument classique dans sa forme. Ses quatre mouvements sont conformes au schéma et aux structures des sonates classiques et son propos ne manque pas de lyrisme. Mais comme souvent, chez ces compositeurs soviétiques surveillés par la censure sévère et l’Union des Compositeurs toujours à l’affût d’éventuelles dissidences, le propos est à chercher entre les lignes. Comment ne pas y entendre le désarroi de l’homme, la férocité de la machine du pouvoir, l’angoisse et… l’humour grotesque, l’ironie qui, seule, peut encore être le refuge de l’être ? Dmitri Chostakovitch sera, lui aussi, le spécialiste du double discours.

     

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    On le comprend à demi-mot. Mener à bien un récital aussi sensible et aussi profond demande à la fois la verve virtuose, le tragique romantique, la puissance orchestrale, l’humour grinçant du grotesque… un sens harmonique et mélodique à toute épreuve et une intelligence rythmique de tous les instants. Tout était là… c’était un vrai bouquet final. Le public l’a bien senti en réclamant bruyamment un bis qui a refermé la saison des Concerts de l’U3A avec une gâterie toujours populaire, la célébrissime Méditation de Thaïs de Jules Massenet, de quoi ramener la paix et la ferveur chez les auditeurs ! Merci, Mesdames, pour ces moments de musique fabuleux !

     

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