grimard

  • Elena et Aurélie

     

    Non, il ne s’agit pas de la nouvelle série télé à la mode ! Décidément, cette fin de saison est un peu bousculée pour les concerts de l’U3A. Après l’annulation pure et simple du dernier concert pour cause de nuage de cendres volcaniques, voilà que le prochain aurait été menacé si nous n’avions pas réagi immédiatement et changé le programme en dernière minute. 

    Nous devions en effet entendre la jeune violoniste, Arielle Lafontaine, qui avait fait sensation dans la sonate de Franck la saison dernière. Au programme, un répertoire totalement solo avec des œuvres de Bach et d’Ysaye. Je devais commenter ce concert et ma préparation était quasi finie, les affiches préparées mais pas encore imprimées. Ce devait être un bon moment et je me réjouissais de cette nouvelle collaboration jusqu’au moment où le message me parvint. Arielle est blessée de cette « maladie » des musiciens, la tendinite, l’obligeant à annuler concerts, cours et examens ! 

    Prenant immédiatement les devants dans la hantise de me retrouver dans la situation récente, et disposant d’un peu plus de temps que la dernière fois, j’ai alors contacté quelques musiciens de confiance. J’avoue que j’ai eu beaucoup de chance. Elena Lavrenov, violon et Aurélie Gilmard, piano ont accepté de se produire une fois de plus chez nous dans un récital qui s’annonce superbe, j’y reviens. Ce n’est pourtant pas par manque d’occupation. Elena est, en effet, au travail avec l’OPL pour les répétitions et les premiers concerts du Festival Tchaïkovski qui s’annonce, les horaires sont serrés. Avec son enthousiasme habituel, elle a tout de suite accepté de mettre sur la scène un programme nouveau et notre salle sera donc le théâtre de cette première prestation. Nous aurons la chance de découvrir Aurélie Grimard, namuroise,  passionnée de musique de chambre. Je vous reparlerai de leur parcours respectifs la semaine prochaine.


    Affiche U3A 05052010 Lavrenov Gilmard
     


     

    Richesse du répertoire puisque le concert débutera par la Sonate pour violon et piano n°7  en ut mineur op. 30 n°2 de Beethoven. Les trois sonates de l’opus 30 ont été composées en 1802, à l’époque du fameux Testament de Heilgenstadt et témoignent donc de cette époque particulièrement grave de Beethoven où le compositeur lutte contre ses idées suicidaires. C’est le moment où l’on situe le début de la musique romantique. Elles furent publiées dès 1803. Et même si elles furent probablement composées juste avant cet été terrible tant pour l’homme que pour le musicien, elles témoignent avec force de toute cette époque où le spectre de la surdité devient une inévitable fatalité qu’il va falloir assumer. Des trois sonates, la septième est sans doute la plus novatrice et dramatique. Sa tonalité d’ut mineur et le rapport au ton relatif, mi bémol majeur est tout indiqué pour le drame et l’abattement, mais aussi pour le ressourcement et l’héroïsme correspondant aux mots même du Testament : « Ô le monde, je voudrais l’étreindre, si j’étais délivré ! Ma jeunesse, je le sens bien, prend son essor juste maintenant … Chaque jour j’approche un peu plus du but que je sens mais que je ne peux décrire … Pas de repos ! Je veux saisir le Destin à la gueule ; il ne réussira sûrement pas à me courber tout à fait ». C’est également la seule des trois sonates qui propose ce parcours initiatique en quatre mouvements particulièrement intenses. Une œuvre essentielle donc.


    Quatuor Lavrenov 17022010 g

    Elena Lavrenov



     

    Autre chef d’œuvre du répertoire violonistique ensuite avec le célèbre Tzigane de Maurice Ravel composé en 1924 pendant le travail sur L’Enfant et les Sortilèges. Pièce redoutée des solistes pour sa difficulté, elle exploite toutes les formes de la virtuosité depuis les longs passages en solo aux doubles cordes en passant par les glissandi, les pizzicati rapides ou les sons harmoniques particulièrement diaboliques. L’œuvre se présente sous la forme libre de la rhapsodie à la manière de Liszt et Paganini. Pourtant, au-delà de sa virtuosité apparente, elle propose une émotion ambiguë. Entre grincement ironique et sonorités séductrices, le Tzigane, sous ses sonorités populaires qui évoquent certaines musique d’Europe centrale, envisage tous les styles du jeu du violon. Dompter cette pièce, c’est être libre face à l’instrument.


    Tzigane de Ravel par T. Papavrami


     

    Moment du pur enchantement, cette Rêverie de notre compositeur verviétois Henri Vieuxtemps (1820-1881) dont les dons exceptionnels ont été révélés par Charles de Bériot. Sa carrière le conduit à travers l’Europe entière et sa renommée tient non seulement à sa virtuosité légendaire qu’à la qualité de ses compositions pour le violon. Les sept concertos, malheureusement trop peu connus (à l’exception des quatrième et cinquième) figurent en bonne place dans le catalogue de ses œuvres. Plusieurs autres pièces, de chambre ou de salon, dont cette rêverie, méritent, elles aussi une plus grande diffusion car elles mettent merveilleusement en valeur l’instrument qui chante alors avec une liberté formidable.


    Aurélie Gilmard

    Aurélie Grimard



     

    C’est encore cette liberté évoquée plus haut qui est absolument nécessaire pour aborder enfin le très célèbre diptyque Introduction et Rondo capriccioso de Camille Saint-Saëns. Œuvre de jeunesse écrite d’abord pour violon et orchestre en 1863 (la pièce se trouve magnifiquement interprétée par T. Papavrami et l’OPL dirigé par F-X Roth sur le nouveau cd présenté samedi dernier), L’introduction est une sorte de sérénade un peu mélancolique suivie d’un rondo joyeux qui ne ménage pas le soliste dans sa cadence virtuose. 

    Vous le voyez, on ne perd pas au change. Seul l’esprit sera différent du concert que j’avais prévu. Ce sera l’occasion de passer par toutes les couleurs du violon et de terminer cette saison par une séance festive. Venez-y très nombreux écouter ce duo de charme…

     

     

     

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