hymne

  • Brabançonne

    La Belgique reste un pays où il fait bon vivre. En ce jour de fête nationale, il n’est pas inopportun de le rappeler. Il suffit de regarder autour de soi pour constater que nous sommes vraiment parmi les mieux lottis du monde. Je ne suis pas un patriote, loin de là. Je me revendiquerais plutôt comme un européen … et encore, nos horizons doivent s’élargir bien au-delà de nos régions et viser l’humanité entière. Mais beaucoup de belges et, a fortiori, d’étrangers qui lisent quotidiennement ce blog n’ont qu’un idée bien sommaire de ce qu’est ce petit pays attachant bien que contradictoire qui abrite la capitale de l’Europe, et qui reste, sur les cartes du monde, un point un peu abstrait et méconnu.

     

    Loin de moi l’idée de tracer un portrait de la Belgique aujourd’hui ! Je veux simplement réfléchir un instant sur les valeurs que l’hymne national véhicule depuis bien longtemps maintenant et, remarquer le côté obsolète de certaines idées. Car enfin, un hymne a pour fonction de rassembler une communauté autour d’intérêts communs. 

     

    « En août 1830, les belges ne chantaient pas d’autres refrains patriotiques que « la Parisienne » et « la Marseillaise ». Jenneval, un acteur français de passage en Belgique et le ténor néerlandophone François Van Campenhout seront respectivement l’auteur originel et le compositeur de l’hymne national belge, d’abord intitulé « la Bruxelloise » avant de devenir « la Brabançonne ». Selon la légende, l’hymne fut écrit durant une réunion au café L’Aigle d’Or. La musique et la chanson ont été jouées pour la première fois en septembre 1830.

     

    Van Campenhout chantant la Brabançonne


    Van Campenhout chantant la Brabançonne

     

    Les paroles actuelles de la Brabançonne ne datent pas de la révolution belge mais de 1860 et ne furent pas écrites par Jenneval mais modifiées sur l’ordre de Charles Rogier. D’abord pour atténuer les insultes envers le royaume des Pays-Bas avec lequel la Belgique était désormais en paix et ensuite pour faire croire qu’avant la révolution de 1830, la Belgique existait déjà en germe, mais sous domination étrangère. Certains historiens actuels prétendent que ces dernières affirmations sont des anachronismes car les différents Etats d’Ancien Régime qui composent aujourd’hui l’Etat belge n’auraient eu aucune prédestination à devenir un jour la Belgique et que les régimes, même s’ils étaient « étrangers », étaient légitimes aux yeux du peuple ». Wikipedia

     

    brabanconne
     Premier texte de la Brabançonne

     

    Toujours est-il que la musique de la Brabançonne a souvent été modifiée par des arrangeurs de toutes sortes et qu’il fallut un décret du ministre de la guerre en 1873 pour imposer une version officielle aux harmonies militaires. Le texte, écrit à l’origine en français, ne fut traduit en néerlandais qu’en 1938 ! Finalement, seule la quatrième strophe, celle de Charles Rogier, fut conservée comme paroles officielles de l’hymne. La voici : 

    Noble Belgique! Ô Mère chérie!

    A toi nos cœurs, à toi nos bras

    A toi notre sang, ô Patrie !

    Nous le jurons tous, tu vivras !

    Tu vivras toujours grande et belle

    Et ton invincible unité

    Aura pour devise immortelle :

    Le Roi, la Loi, la Liberté !

    Aura pour devise immortelle :

    Le Roi, la Loi, la Liberté !

    Le Roi, la Loi, la Liberté !

    Le Roi, la Loi, la Liberté ! 

     

    Chose curieuse, la seule strophe officielle est celle qui met en évidence la vie et l’unité du pays sous l’autorité du Roi. La Loi et la Liberté sont évidemment essentielles à toute démocratie et l’on pourrait gloser longuement sur le respect de l’une et de l’autre aujourd’hui même si nous figurons au rang des pays les plus libres du monde.

     

    brabanconne-partition

     

    Mais cette sacro-sainte unité revendiquée par l’hymne, a-t-elle jamais existé réellement. Depuis toujours, nos régions séparées non seulement pas l’appartenance à des régimes et des pays différents, ce qui implique, évidemment, des nuances culturelles très fortes … et pas seulement linguistiques.

     

    Si les belges ont pu s’unir dans des circonstances graves, il n’en reste pas moins que les différences ont toujours été très fortes. Il est vrai qu’aujourd’hui, la fameuse invincible unité est bien mise à mal par les diverses revendications communautaires et qu’on se demande bien s’il est encore possible et utile de la créer ou si la Belgique est amenée à disparaître dans les méandres de l’Histoire. Il n’empêche que c’est bien là que se trouve la saveur toute particulière de la Belgique, dans ce creuset très varié des cultures. Il ne faut surtout pas abolir les différences culturelles, mais les cultiver. La diversité est source de richesses (pas financières) et cette variété, encore accentuée par le côté cosmopolite de la capitale Bruxelles, est sans doute garante de la survie d’un Etat belge.

     

    Je ne suis pas fier d’être belge, car on ne choisi pas son pays de naissance, mais j’aime bien l’être pour toutes ces raisons là, justement. Il existe, en Belgique, et de nombreux étrangers en témoignent, une ambiance toute particulière, faite d’un mélange de bonhomie, de fatalisme (ce n’est sans doute pas notre meilleur côté !), de sérieux et d’un humour tout particulier (la capacité qu’a le belge de rire de lui-même) toujours un peu surréaliste… Magritte était belge après tout ! Le belge a le sens de la fête et du bien vivre. Ses accents sont typiques et imités à travers le monde sous forme de caricatures qui exaspèrent certains, mais qui me font bien sourire, car la couleur vocale est vraiment le témoignage de cette diversité que la Belgique sans ses accents (et sans ses frites et ses bières inégalées) ne serait plus elle-même. Alors avec humour, festoyons sur la Belgique si unie dans sa désunion. Voici une autre version de la Brabançonne, moins officielle, celle-ci, mais avec un esprit de fête belge que je ne voudrais perdre pour rien au monde.

     

     

     

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