idée

  • Communiquer…



    J’assistais tout récemment à un exposé qui traitait de la communication entre les êtres et de la manière dont les messages transitent d’un émetteur à un récepteur, choses auxquelles je suis tous les jours confronté dans mes activités. Force est de constater qu’il s’agit là d’un fondement même de tout notre rapport aux autres. Tous les jours, dans toutes les circonstances, nous communiquons… et peut-être pas toujours de manière optimale…

    Lorsque nous devons ou voulons dire quelque chose à quelqu’un, l’idée que nous désirons transmettre se crée dans notre cerveau. Elle ne se formule pas encore sous la forme que nous enverrons au récepteur. Les mécanismes de notre pensée ne sont pas ceux du langage articulé. En d’autres termes, nous ne pensons pas avec des mots. Ce serait beaucoup trop lent et laborieux. Dès que nous nous mettons à transmettre un propos à l’autre, nous formulons notre idée au mieux avec les règles du langage articulé que nous connaissons ainsi qu’avec une attitude corporelle qui se veut adéquate.

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    Plusieurs obstacles peuvent déjà nous perturber. Le premier réside dans la clarté de notre idée. Sommes-nous en possession de tous les éléments qui nous permettent d’avoir l’idée « claire » ? Cela dépend de notre connaissance du sujet que nous allons traiter, de la manière dont il est répertorié dans notre cerveau, des ramifications et du degré de clarté que nous avons de tous ses tenants et aboutissants.

    Le deuxième obstacle est de l’ordre de la formulation. Avons-nous tous les éléments linguistiques qui nous permettent de formuler avec précision notre pensée ? Ces éléments sont non seulement de l’ordre de la maîtrise de la langue (vocabulaire, grammaire, phraséologie,…), mais aussi de l’organisation temporelle des éléments de l’idée. En effet, notre cerveau n’est pas lié aux mêmes impératifs temporels lorsqu’il pense ses idées ou lorsqu’il les formule. Vous avez sans doute déjà ressenti cette difficulté à placer dans l’ordre logique oral ce qui semble logique dans la pensée. Car la formulation est plus concrète que la pensée et nous avons la capacité de penser des émotions difficilement exprimables par des mots. C’est particulièrement vrai lors de discours où le côté affectif est primordial. Les mots sont faibles, nous le savons et cela peut nous poser problème.

    Le premier travail de la communication, pour l’émetteur, est donc de s’entrainer à rapprocher sa formulation de l’idée qui l’a vue naître. Mais c’est loin d’être tout…

    Un troisième obstacle peut s’avérer dangereux, c’est ce que l’on peut appeler l’attitude corporelle. Attention, il ne s’agit pas seulement du corps lui-même, même s’il occupe une place de choix à ce niveau. Mais c’est aussi la force et le niveau sonore de la voix qui doit être adapté au contenu du message et au récepteur, c’est le débit des paroles, la respiration qui permet d’aérer ou de compresser le discours, le contact visuel et le mouvement des yeux, la distance entre les deux protagonistes et enfin les gestes qui doivent être adaptés.

    Cet obstacle montre la nécessité d’une attitude en corrélation parfaite avec l’idée. Nous ne parlons donc pas qu’avec nos mots et nos phrases. C’est un point vraiment essentiel. Mais on oublie aussi qu’on ne s’adresse pas de la même manière à tout le monde. Du récepteur dépend aussi la formulation… Le connaît-on, est-il un ami, un parent, une simple connaissance, un parfait inconnu ? Tout cela détermine notre formulation. Et puis, quelle est sa capacité à comprendre votre idée ? Toutes questions difficiles à résoudre et pourtant essentielles.

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    Admettons que nous ayons une idée claire, que nous la formulions parfaitement selon les critères que nous venons d’évoquer, la transmission a donc lieu. C’est alors le récepteur qui voit et entend. Quelle est la compréhension qu’il a de votre propos (nous sommes toujours tour à tour l’émetteur et le récepteur) ? Comment l’interprète-t-il ? Car c’est bien là la vraie question. Pour que le message soit efficace, il faut qu’il interprète ce que vous venez de dire comme vous l’avez pensé… et ce n’est pas gagné d’avance. Là aussi, de nombreux obstacles peuvent survenir. Pour la réception, ce sont les inverses de l’émission. Une voix faible si l’ouïe est déficiente ou l’environnement est bruyant détruit la meilleure des idées. Un propos trop élitiste et non adapté à l’interlocuteur rate sa cible. On peut multiplier ces obstacles à l’infini.

    Mais même lorsque tout semble adéquat, la tournure d’esprit du récepteur peut déceler d’infimes lacunes de l’émission et adopter une interprétation divergente. On connaît, évidemment, cet exercice auquel se plient les politiciens qui profitent d’un silence mal placé, d’une hésitation, d’une minuscule ambigüité pour s’engouffrer dans une interprétation erronée du propos de leurs adversaires.

    On le voit, la communication, ce n’est pas simple. On est toujours surpris de l’effet de certaines de nos formulations. Dans la vie de tous les jours, nous sommes amenés à partager des idées et des informations, des ressentis ou des émotions avec une multitude de personnes plus ou moins étrangères. Dans le cas d’un métier de la parole, la difficulté est multipliée et il est essentiel que l’orateur (émetteur) remette en question chaque jour ses formulations pour s’adresser le plus adéquatement possible aux auditoires qui, en plus, n’ont pas nécessairement la parole, eux, pour lui faire préciser sa pensée. Il en va de la validité même du discours. Il est donc indispensable de s’adapter aux auditeurs, de leur parler avec un langage (compris comme un tout) qu’ils peuvent comprendre et avoir la possibilité de modifier le mode de transmission en temps réel lorsqu’on observe les signes d’une incompréhension ou d’un décrochage.

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    Entendons-nous bien, il ne s’agit pas là d’un nivellement par le bas ou de quelque manière populiste, mais seulement d’une efficacité dans la formulation. On sait, et c’est un danger que l’Histoire nous a souvent enseigné, que la forme du discours et la manière dont il est transmis joue plus que son sens réel. Les grands dictateurs haranguent les foules avec des idées horribles et suscitent l’adhésion. Je me souviens, à l’inverse, d’orateurs très savants et profondément humains qu’on n’écoute pas, non pas à cause du contenu de leur discours, mais à cause de leur prestation. L’art de la communication est une arme redoutable. Pourtant, lorsqu’il est au service des idées nobles et de l’humanité, c’est le plus beau des cadeaux que la nature nous a donné. Quoi de plus beau, en effet, que le partage des idées et des émotions ?

    Ce travail, pour toujours affiner la transmission, il est d’une exceptionnelle richesse car c’est un acte inépuisable de perpétuelle ouverture aux autres et de connaissance de soi-même. C’est l’une de mes passions.


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