insolence

  • Mahler insolent! (1)

     

     

    Après l'immense voyage au coeur de la Troisième symphonie de Gustav Mahler., il nous faut revenir sur terre et aborder cette étrange pièce qui semble parfois en contradiction totale avec la pensée des trois premiers volets de la production symphonique du compositeur. La Quatrième symphonie en sol majeur a été écrite entre l'été 1899 et 1900. La symphonie comporte quatre mouvements :

       1. Bedächtig. Nicht eilen
       2. In gemächlicher Bewegung. Ohne Hast
       3. Ruhevoll
       4. Sehr behaglich


    ..Et là encore, un souvenir anime mon propos. Celui d’Armin Jordan avec qui j’avais eu l’immense chance de travailler cette œuvre pour un concert commenté à l’OPL en 2005. Je me souviens de l’aide précieuse du grand chef au moment de bien comprendre l’impact de cette symphonie au sein de l’œuvre de Mahler. De fait, la « petite » symphonie est très étrange. Suivant de peu l’énorme Troisième, elle peut sembler un retour à la forme classique. Elle comporte quatre mouvements, comme une symphonie classique, elle se passe des trombones si importants dans les autres œuvres, elle dure moins d’une heure et surtout, elle a un aspect beaucoup plus léger, voire optimiste, inhabituel chez le viennois.

     

     

    Mais on oublie souvent qu’elle est sans doute la plus ironique !  On l'oublie ou on le refoule...! Car vue sous cet angle, l'oeuvre est moins détendue qu'il n'y paraît. Pourtant, dès le début, le propos est clair. Le motif rythmique initial représente « le grelot du fou du roi ». Or le fou du roi, c'est celui qui peut mentir, raconter les plus belles histoires,  faire les plus belles promesses pour nous faire entrevoir… exactement l'inverse ! Cette brève introduction sonne donc comme un avertissement : « Tout ce que vous entendez là est faux ».

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    Manuscrit autographe du début de la Quatrième symphonie

     

     

    C’est l’ironie et le sarcasme poussés à leur point le plus extrême. Toute l’insouciance de la vie dissimule donc les questions les plus graves et tous les thèmes viennois qui y défilent, plus séduisants les uns que les autres, sont là pour noyer notre chagrin dans un vertige très proche de la valse. On sait l'aversion que Mahler pouvait avoir non pas pour la musique des valses, il en a écrit quelques unes mémorables, mais pour ce qu'elles représentaient, un vertige et un oubli de la réalité du monde, ne manière de passer à côté de l'essentiel ou de se voiler la face devant les dures réalités de la vie.

     

     

     

     

    Formules guillerettes et mélodies séduisantes, sensuelles même, ne sont interrompues que par le motif du destin (Mahler le réutilisera pour en faire le thème principal de sa cinquième symphonie) qui sonne à la fin du développement comme une fanfare soudain tragique mais vite dissipée.

     

     

     

     

     

     

    Le violon désaccordé demandé au concermeister de l'orchestre sert, dans le deuxième mouvement, à mettre en scène une danse de la mort. Mahler dira d’ailleurs : « Ici, la mort rôde ». Sa sonorité aigre, son rythme presque vulgaire, ses ricanements et sa virtuosité « diabolique » placent le funeste squelette au centre du propos. Danse de la mort interrompue par des Ländler presque trop doux, elle revient chaque fois avec plus de virulence.

     

     

     

    L’orchestre très moderne dans son traitement alimente son propos fantastique à la fois séducteur et effrayant renouant de la sorte avec l'image de la mort qui, avec les dernières cordes de son violon (les cordes, les fils de la vie), vient jouer sa funeste sérénade aux mortels qui doivent se résoudre à la suivre.


     

    Arnold Bocklin Autoportrait avec la mort

    A. Böcklin, Autoportrait avec la mort

     


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