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  • De la pointe au talon



    Une semaine déjà que le dernier concert en date de l'U3A enchantait les mélomanes et les entraînait dans le tournoiement infini de la valse. C'est vrai que mes activités ne m'ont pas permis de revenir plus tôt sur ce moment formidable où l'exceptionnel talent de notre duo à quatre mains préféré a brillé tant pas sa virtuosité que par sa profonde musicalité. Cela peut sembler banal d'encore le rappeler, tant j'ai déjà souvent loué Nadia Jradia et Harold Noben dans le cadre de nos concerts et de ce blog, c'est non seulement sincère mais surtout amplement mérité. J'ai cette immense chance de pouvoir travailler avec des musiciens d'un tel niveau qui comprennent à demi-mot ce que j'attend d'eux et le réalisent avec un brio et une sympathie formidables… "Trop! C'est trop!" Je les entend d'ici… j'arrête là!

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    Photo Miryam Noben



    Nous avions préparé une Petite histoire de la valse qui évoquait quelques grands moments de celle qui continue à faire tourner les têtes et à déployer ses vertigineux sortilèges. Au programme, les valses les plus connues, du célébrissime Beau Danube de Johann Strauss II à la Valse des fleurs de Tchaïkovski en passant, évidemment par Schubert, Brahms et Chostakovitch.

    Mais notre projet n'était pas de refaire une Histoire de la valse dans une direction purement historique. Si je montrais, au début de mon commentaire, les origines de la valse à travers les extraits enregistrés d'une volte ou d'un ländler, il s'agissait tout aussi de bien montrer la différence entre le menuet qu'on présente trop souvent comme l'ancêtre de la valse alors qu'il n'en est rien. Danser le menuet n'a aucun point commun avec la valse qui est une danse de couple qu'on ne danse pas en ligne mais qui tournoie. Les accentuations des temps de la mesure ne sont d'ailleurs pas les mêmes.

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    À la répétition...



    Mesurer la différence qui les sépare n'est pas seulement d'ordre historique ou technique, c'est aussi affaire de sensation… de sensualité. C'est probablement là que se trouve le succès exceptionnel de la valse dans l'Histoire, dans sa sensualité, dans la proximité des corps et dans le vertige (compensé, il est vrai, par les changements de sens de rotation). C'est le roman de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther (1774) qui présente une scène de bal avec valse qui a assuré sa promotion définitive. On connaît son immense succès dans les salons viennois dès le Congrès de Vienne, puis l'engouement qu'elle suscite dans tout le monde occidental. La dynastie des Strauss y est évidemment pour beaucoup.

     



    Il n'empêche, la valse fut longtemps considérée comme inconvenante à cause de ce "couple fermé" qui met face à face la femme et l'homme. Le chevalier de Ségur disait en parlant d'une jeune fille : « Elle a son pucelage, moins la valse »…

    Nous voulions aussi faire un gros plan sur une valse intégrée au poème symphonique et nous avions choisi la très populaire Danse macabre de Camille Saint-Saëns. Sur la danse macabre au sens large, cliquez ICI. L'œuvre montre à la fois tout l'humour (bien que sous certains aspects, l'ironie et le sarcasme sont bien présents) en reprenant les thèmes que le compositeur avait écrits pour mettre en musique le texte d'Henri Cazalis. Mais la Danse macabre témoigne aussi de l'extraordinaire science de l'écriture musicale de Saint-Saëns. Parodies de thèmes grégoriens, fugue, superposition polyphonique des thèmes,… le tout sur un irrésistible mouvement de… valse où, comme l'argument le laisse supposer, les squelettes aux os qui s'entrechoquent dansent en associant la marquise et le charron, le roi et le vilain!

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    Harold expliquant au public les grandes lignes de sa valse... (Photo Miryam Noben)


    Et puis, la fin de la séance était tout à fait originale puisque nous avions programmé une valse écrite par Harold Noben lui-même qui, tout en gardant sa casquette de pianiste, prenait aussi celle du compositeur. La valse fut écrite dans le cadre de son triptyque "De la pointe au talon" pour l'ensemble bien connu de huit violoncelles, Ô Celli et jouée dans le cadre du Festival Musiq'3 à Flagey. L'arrangement pour piano à quatre mains est une formidable réussite.

     

    La Valse d'Harold Noben dans sa version originale pour huit violoncelles

     
    L'œuvre est superbe de la première à la dernière note. Elle nous entraîne vers des expressions à la fois tragiques et sensuelles où l'on reconnaît, en son centre, la valse classique, mais l'expression d'un monde moderne, multiculturel et bigarré. Le public ne s'y est pas trompé. La valse a été littéralement plébiscitée par les mélomanes présents très nombreux et ravis d'une si belle soirée. Si nous avons encore la chance de redonner cette séance, j'espère pouvoir y ajouter un couple de valseurs qui illustreront bien l'extraordinaire variété de cet art, un art d'une noblesse absolue!

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