knappertsbusch

  • Parsifal à Vienne

    « Encore plongé dans la philosophie, je suis parvenu à d’importants résultats, qui complètent ceux de mon ami Schopenhauer. Mais je préfère ruminer ces choses en esprit plutôt que les écrire. En revanche, les esquisses poétiques se présentent à moi activement et en nombre. Le Parsifal m’a beaucoup occupé … Si je parvenais à mettre sur pied ce poème, ce serait quelque chose de très original. Je me demande combien de temps il me faudra vivre encore pour mettre à exécution tous mes projets ». R. Wagner, lettre à M. Wesendonk, 1858.


    Richard Wagner

     

    Parsifal, Bühnenweihfestspiel (spectacle scénique solennel initiatique) en trois actes sur un livret du compositeur, fut entièrement dédié à Bayreuth jusqu’en 1913. L’œuvre décrit un monde en déperdition morale et physique. Empêché de poursuivre le culte du Graal à cause d’une blessure rappelant au flanc celle du Christ, le roi Amfortas est ainsi puni pour avoir succombé aux plaisirs de la chair. Aucun baume ne peut le soulager. Gurnemanz, son fidèle chevalier cherche l’homme pur qui pourra être initié aux mystères du Graal pour succéder au roi défaillant et rétablir l’équilibre du monde. Ce dernier, incarné par Parsifal devra affronter les nombreuses tentations humaines avant d’être vainqueur et d’atteindre la plénitude salvatrice.

    bayreuth

    Théâtre de Bayreuth 

    Sous le plume de Richard Wagner (1813-1883), l’œuvre prend une valeur testamentaire. Créée à Bayreuth en 1882, elle regroupe toute la dernière évolution philosophique et spirituelle du compositeur. Elle devient alors une grande profession de foi dans laquelle le maître de Bayreuth nous livre le fruit de sa perception du monde. L’œuvre comporte de nombreuses allusions au christianisme et aux spiritualités orientales. La notion du Temps est en effet particulièrement subtile et laisse entrevoir une conception moins linéaire que spatiale de cette donnée indissociable de la vie humaine. De cela découle cette fameuse réplique de Gurnemanz à Parsifal au premier acte :

     

    PARSIFAL : Il n’y a pas longtemps que l’on marche et pourtant nous sommes déjà loin !

    GURNEMANZ : Tu vois, mon fils, ici le temps devient espace…

     

    L’intermède qui suit ce manifeste philosophique très moderne (les notions d’espace-temps seront plus tardives) décrit de manière merveilleuse comment la musique est le vecteur de cette notion spatiale …un des tous grands moments de l’histoire de la musique !

     

    Comme toujours, l’œuvre de Wagner amena des interprétations philosophiques et idéologiques de tous poils. Les plus ridicules côtoient les plus sérieuses. Il n’est pas utile d’entrer dans une littérature très dense et complexe dans le cadre de cet article. Il s’agit pourtant, à mon sens, de l’œuvre la plus aboutie du compositeur.

      

    Je vais sans doute m’attirer les foudres des wagnériens les plus orthodoxes en présentant ma discothèque idéale de cette semaine consacrée à la version en studio de Parsifal par Georg Solti publiée par DECCA en 1972.

     

    Le Parsifal de 1951 à Bayreuth par Knappertsbusch est une légende. Par sa distribution prestigieuse, tous les grands chanteurs wagnériens de l’époque étaient présents :  W. Windgassen (Parsifal), M. Mödl (Kundry), L. Weber (Gurnemanz) et G. London (Amfortas). C’est aussi la prise de pouvoir du grand chef à Bayreuth cette année là. Tous ces éléments rendent cette édition (TELDEC) indispensable à toute discothèque wagnérienne de choix.

     

    Parsifal Knappersbusch 1951Hans Knappertsbusch


     

     Pourtant, je lui préfère la version de Solti, plus récente (1972), à qui on a reproché, à tort je crois, de troquer l’engagement mystique contre le spectaculaire. Il est un fait que orchestralement, l’Orchestre philharmonique de Vienne surpasse celui du lieu de culte. Ce n’est pas plus spectaculaire, c’est simplement plus en place et moins truffé de ratés individuels ! Il faut dire que le grand Hans ( outre son art de la direction, il était en effet physiquement très grand) n’aimait guère les répétitions. Le souffle inouï qu’il parvient à donner à ses prestations est plus dû à l’inspiration du moment et à sa parfaite maîtrise des phrasés amples et lents qu’à la précision de son travail préparatoire.


    Georg Solti

     

    Chez Solti, les chanteurs sont de vrais acteurs, pas des allégories. Ils déploient une vision beaucoup plus humaine de l’œuvre sacrée. Le Gurnemanz de Gottlob Frick est, sans doute, le plus humain des grands initiateurs. Dietrich Fischer-Dieskau incarne un Amfortas rempli de cette douleur profonde qui est celle de tout homme, Christa Ludwig est immense dans la Kundry la plus sensuelle et féline mais aussi la plus meurtrie. Enfin, le Parsifal de René Kollo joue la sincérité et la naïveté juvénile avec beaucoup de finesse. L’orchestre de Vienne est somptueux dans la couleur de ses cordes et le timbre de ses vents.

     

    Parsifal Solti



    La direction de Solti, précise, ne tombe pas dans le piège des tempi extrêmes. Il garde la mesure du temps qui s’écoule avec un naturel extraordinaire. Loin du statisme des anciens et de la rapidité iconoclaste de Boulez, Solti parvient à créer la suspension du temps nécessaire à l’œuvre en ne forçant rien et en laissant couler la musique avec le plus de simplicité. L’enregistrement en studio, s’il a le fameux avantage d’une prise de son remarquable, ne souffre cependant pas de l’absence de la scène et du jeu théâtral (du reste peu développé dans Parsifal). Une version à conseiller absolument comme première approche de cette œuvre essentielle.

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