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  • Nature... morte?


    Il est difficile de déterminer les peintres qui influencèrent véritablement Paul Cézanne (1839-1906). Il est en tous cas certain que lui, il fut à l’origine de bien des courants de l’art du 20ème siècle. Il se revendiquait l’héritage de nombreux maîtres de toutes les époques parmi lesquels on peut citer Poussin, Rubens, Chardin et Delacroix, pour n’en évoquer que quelques uns.

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    Paul Cézanne, Pommes vertes (1873)



    Les rapports avec ces maîtres anciens sont indiscutables, mais il ne fait aucun doute qu’en matière de nature morte, il est l’héritier de Jean Siméon Chardin (1699-1779).

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    Jean-Baptiste Siméon Chardin, Nature morte (vers 1760)

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    Paul Cézanne, Nature morte, (1893).



    Dans sa dernière période créatrice, Cézanne a véritablement hissé la nature morte à un degré rarement atteint avant lui, lui conférant une véritable fonction spirituelle, tant dans la démarche technique qui annonce les évolutions vers l’abstraction et la dématérialisation que dans l’esprit.

     

    Si la nature morte a toujours (souvent) eu le pouvoir de susciter en nous une réflexion sur la brièveté de l’existence et donc la vacuité des choses terrestres, si encore elle suscite en nous le sentiment du temps qui passe (ce qui reste un vrai tour de force de l’art pictural qui par essence est figé), elle devient une fin en soi, un univers qui se suffit à lui-même, poétique par essence et absolu sa dimension quasi universelle.

     

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    Paul, Cézanne, Nature morte au crâne

     

     

    Paul Cézanne naquit le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence. Ses études de peintures commencèrent par la fréquentation des cours du soir de l'École Municipale de Dessin. En 1861, il déménagea à Paris où il fit la connaissance de Camille Pissarro. La même année, il retourna à Aix-en-Provence pour travailler dans la banque de son père.

    Entre 1862 et 1864, il revint à Paris où il fit la connaissance d’Auguste Renoir, Claude Monet, Alfred Sisley, Jean-Frédéric Bazille et plus tard Édouard Manet. Entre les années 1864 et 1870, il fit de nombreux allers-retours entre Aix et Paris. Puis il rencontra dans la capitale sa future épouse Marie Hortense Fiquet. En 1872, le couple eut un enfant, un garçon qu’il nommèrent Paul, comme lui. L’artiste commença sa collaboration avec Pissarro qui lui fit découvrir le mouvement impressionniste. Cette collaboration dura 2 ans. Cézanne participa alors à l'exposition des impressionnistes et y montra trois tableaux. Il fut impitoyablement raillé. Entre 1879 et 1886, il vécut en différentes villes de France avant de retourner définitivement à Aix-en-Provence où il mourut le 22 octobre 1906.

    Avec sa déformation des objets et l'utilisation des formes géométriques, il devint le précurseur de l'art moderne avec Vincent van Gogh et Edward Munch. Au cours de son existence, il n'eut pas la reconnaissance de ses pairs ni de la critique, si bien qu'il fut toujours dépendant financièrement de son père banquier.

    Pour le dernier Cézanne, la nature morte était un art majeur… et elle le restera pendant au moins un demi-siècle après sa mort, dominant, par exemple, la production des cubistes qui furent de véritables disciples du maître. Car Cézanne parvenait à transformer les objets communs de la vie quotidienne, oignons, bouteilles, verres, vases, fruits, nappes, … disposés sur une simple table de cuisine réincarnée en autel, en objets de culte de quelque rite mystérieux. Le jeune peintre Louis Le Bail (1866-1929) a décrit ave quel soin il disposa un jour les objets destinés à la réalisation d’une nature morte, une nappe, un verre contenant un peu de vin rouge et quelques pêches :

    « La serviette a été drapée à peine sur la table, avec un goût inné, puis Cézanne a placé les pêches, en opposant les tons les uns aux autres, faisant vibrer les couleurs complémentaires, les verts aux rouges, les jaunes aux bleus, penchant, inclinant, équilibrant les fruits comme il voulait que ce soit, se servant pour cela de pièces d’un sou et de deux sous. Il y apportait un très grand soin et beaucoup de précautions. On devinait que c’était pour lui un régal de l’œil. Quand il eut terminé, il expliqua : le modelé, il n’y a que cela, on ne devrait pas dire modeler mais moduler ».

     

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    Paul Cézanne, Nature morte avec oignons (vers 1895)

     

    Les Pommes et oranges résument à elles seules les conceptions artistiques de l’artiste élaborées durant toute sa vie créatrice.

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    Paul Cézanne, Pommes et oranges, 1899



    La simplicité des formes est utilisée avec le jeu des incidences de la lumière sur les objets, fruits, drapés de la nappe et décor environnant. C’est là le vrai sujet de l’œuvre, un travail sur la lumière. Abandonnant les règles traditionnelles de la perspective, Cézanne construit un espace idéal que chaque objet contribue à déterminer. En 1904, le maître exprimait sa vision de l’art de la nature morte en affirmant que le peintre, loin des abstractions de l’auteur littéraire, utilisait, lui, des objets absolument concrets pour les transcender par la couleur, la lumière ainsi que les sensations ressenties par le peintre. Visant à devenir le plus possible maître de ses moyens d’expression, l’artiste se devait, de pénétrer et d’exprimer l’objet qu’il avait devant lui et qu’il voulait peindre.

    Cézanne s’est pourtant toujours défendu d’être un théoricien abstrait. Il s’était donné comme règle de vie de toujours étudier ce qu’il y a de concret dans la nature car celle-ci est prodigieusement diversifiée et son interprétation dans la réalité de l’art est le résultat de l’artiste catalyseur de ses émotions face à cette nature. Finalement, l’idée antique de la mimésis, de cette imitation de la nature par l’artiste n’est pas loin. Elle transite simplement par l’homme qui, lui-même, en faisant partie de cette nature, lui donne une émotion humaine. Cézanne humanise la nature par une perception d’une sensibilité bouleversante !

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