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  • La ligne



    N’avez-vous jamais observé les choses du point de vue de leur forme seulement ? Alors, dans ce cas, la ou les ligne(s) s’impose(nt) à notre vision. En effet, dans le système codifié de la vision, les profils et les contours des objets sont schématisés en formes linéaires. D’ailleurs, quand on dessine (ce que l’on ne fait malheureusement pas assez et qu’on ne nous enseigne plus au-delà de l’enfance, ce serait pourtant bien intéressant de s’exprimer parfois par le dessin), on trace des lignes qui expriment une forme, qui font apparaître un objet sur une feuille de papier ou sur toute autre surface.

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    Et la ligne prend vite l’allure d’une forme expressive. Et si nous tentons de repenser au premier dessinateur, à l’artiste primitif des cavernes, nous pouvons nous imaginer qu’il a peut-être mémorisé les silhouettes des animaux qui peuplaient son quotidien en voyant se découper le corps de l’animal sur le l’arrière-plan lumineux du jour, sur les ombres projetées au sol ou sur les murs par les lueurs du feu ou par diverses illusions d’optique opérant entre le plein et le vide pour mettre en évidence quelque forme concrète. Car c’est bien du contraste entre le clair et l’obscur ou entre le vide et le plein que nait l’effet visuel d’une ligne de démarcation.

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    Grotte de Lascaux

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    La vue en contre-jour permet de mettre en évidence le dessin.



    Le dessin linéaire est donc le moyen le plus rapide et efficace pour représenter les choses ou pour composer un ensemble d’objets. En fonction de l’allure de la ligne, les objets représentés prendront une allure tour à tour rude, sévère, douce, immobile ou mouvante, bref, elle sera le vecteur d’une émotion, d’une expressivité immédiate.

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    Mais la ligne peut rapidement devenir un signe sémantique. Si on peut concevoir qu’elle provient toujours du souci de représenter des choses concrètes, on observe rapidement que lorsqu’elle devient une figure abstraite, elle est bien souvent la stylisation du concret. Les hiéroglyphes, par exemple, et encore bien plus les pictographies anciennes, avant l’apparition de l’écriture développèrent une véritable fonction sémantique abstraite. La ligne ondulée, par exemple, donne une impression visuelle de mouvement, d’écoulement. Elle nous rappelle donc le mouvement de l’eau. Mais par extension, cette même ligne ondulée est devenue le signe de la vie. Ce qui coule, c’est la vie, l’eau est indispensable à la vie, … Une simple ligne fait langage… au point de devenir parfois un symbole archétypal.

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    C’est cette étude des lignes en tant que signes fondamentaux que des peintres comme Vassili Kandinsky ou  Paul Klee vont étudier au XXème siècle la valeur expressive de la ligne et en tirer de nombreuses applications dans leurs travaux. Une ligne, diversement modulée devient descriptive. Elle représente quelque chose que nous voulons décrire.

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    Paul Klee, Le Danseur de corde, 1923




    Mais ce qui est le plus interpellant, c’est de voir comme la ligne relève autant de la représentation figurative que de l’abstraite. Lorsque nous écrivons, nous ne faisons que tracer des lignes. Chaque lettre est une ligne, chaque mot est formé en reliant la ligne des chaque lettre en une ligne unique qui prend alors non pas le sens du dessin, mais le sens du signe conventionnel que nous avons appris. Ainsi, la ligne qui dessine le contour du chien n’a rien à voir avec celle qui écrit le mot chien… ! Fascinant, non ?

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    Écriture liée

     

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    Le mot "chien" ne ressemble pas à l'image de l'objet qu'il désigne...

     

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    ... sauf peut-être ainsi...

     

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    Mais c'est déjà une vue d'artiste...!




    Nous avons donc, en créant le langage écrit, inventé une autre utilisation de la ligne, plus abstraite, certes, mais plus rapide et plus efficace que le dessin de l’objet lui-même trop lié au talent du dessinateur et à son interprétation affective.

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    La Gare Calatrava des Guillemins à Liège

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    Lignes droites et lignes courbes...



    Amusant également, le fait d’observer un paysage en fonction de ses lignes. Regardez cette vue de la Gare des Guillemins à Liège. Vous y verrez de nombreuses lignes droites, celles de certains objets, celles qui semblent désigner la perspective. Mais vous y verrez aussi une grande variété de lignes courbes. La réalité du visible nous propose une variété exceptionnelle de lignes d’expressions très variées. Pas surprenant que toutes ces lignes que nous offre la réalité du monde, deviennent l’objet des quêtes expressives des artistes.

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    La ligne mélodique, entre dessin et écriture, la musique!


     
    Leur traitement, leur présence, leur sens pourrait équivaloir à la mélodie dans le domaine de la musique. Ne parle-t-on d’ailleurs pas de « ligne mélodique ». Il serait bien passionnant de mettre en rapport l’usage de la ligne chez les artistes picturaux et celui de la ligne mélodique chez les compositeurs. Je suis sûr que l’une et l’autre subissent les mêmes métamorphoses en fonction du temps et des esthétiques. Ce sera peut-être l’objet d’un autre billet… qui sait ?

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