lindberg

  • En forme…Jean-Luc Votano !

     

    Le concert de l’Orchestre philharmonique de Liège de vendredi, diffusé en direct sur Musiq’3, a été un des grands moments de la saison. Jean-Luc Votano interprétait la première liégeoise du concerto pour clarinette du compositeur finlandais Magnus Lindberg (né en 1958).

     

    Le redoutable concerto fut composé entre 2001 et 2002. Pour ma part, je découvrais cette œuvre avec beaucoup de curiosité. Vous savez que j’ai une faiblesse toute particulière pour les compositeurs finlandais. Elève de Rautavaara à l’Académie Sibelius d’Helsinki, Magnus Lindberg semble regrouper en ses œuvres des influences très diverses et éclectiques. Le monde du rock ne lui est pas étranger, la musique par ordinateur l’a occupé longtemps, dans la lignée de la musique spectrale, il a suivi les cours de G. Grisey à Paris, mais revendique également une forte appartenance aux courants de son pays. Il est, avec Esa Pekka Salonen, l’un des compositeurs finlandais les plus représentatifs de sa génération.

    Magnus Lindberg

     

    J’avais déjà entendu les œuvres orchestrales de Lindberg dans le cadre du festival Ars Musica et j’avais été séduit par la force et l’énergie de son écriture orchestrale. Je m’attendais donc à une musique proche des ces grandes masses sonores en mouvement, rapides dans leurs progressions harmoniques parfaitement atonales, mais toujours émouvantes dans leur grandeur qui m’avaient beaucoup impressionnées. Et bien, en première analyse et sous le coup d’une première écoute qui ne peut générer qu’une forme de spontanéité émotionnelle importante pour la découverte future d’une œuvre, j’ai trouvé ici un style radicalement différent. Tonale dans l’emploi d’un thème fondamental inspiré d’une mélodie populaire mais atonale dans le traitement orchestral, la construction semble le déstructurer dans une débauche de sons particulièrement impressionnants et une virtuosité éblouissante du soliste pour le reconstruire quelques fois au cours des quelques vingt cinq minutes de l’œuvre. Son ultime apparition, dans le registre suraigu de la clarinette, lui offre une métamorphose expressive particulièrement émouvante. La matière orchestrale est continuellement bousculée et les moindres harmonies sont truffées de dissonances qui rappellent, en plus évolué, les masses sonores transitoires de Sibelius et de Rautavaara. Séduit par l’œuvre, j’en ai déjà commandé dès samedi le cd et Jean-Luc m’a promis de me montrer la partition directrice pour que je puisse l’étudier un peu…et peut-être un jour la présenter lors d’un cours de musique.

    votano_jeanluc

     

    Jean-Luc Votano, on s’en doutait, était l’homme de la situation. Les moindres sons, perceptibles quels que soient les registres et la dynamique, étaient sentis non seulement individuellement, mais dans de larges phrases impeccables techniquement, mais d’une rare intensité expressive. Un grand coup de chapeau à ce musicien dont la passion déborde sur chaque son, chaque attitude et pour qui la clarinette n’a déjà plus de secret. Je crois que nous tenons là l’un des plus grands espoirs belges en matière de soliste instrumental. Quant au chef, Christian Arming, il semblait parfaitement à l’aise avec cette musique difficile. Bravo.

     

    Le concerto était entouré du fameux Cygne de Tuonela de Sibelius tiré des Quatre légendes de Lemminkainen (1893). Superbe pièce funèbre avec son long solo de cor anglais, que notre soliste, le chef et tout l’orchestre ont voulu intime, implacable et tout en finesse. Présence de la mort, dignité du cygne régnant sur les eaux noires du Styx finlandais, l’esprit de Sibelius était là.


     OPL

    Enfin, « last but not least », la troisième symphonie de Beethoven « Héroïque » dans une version solide mais « dégraissée » (pour reprendre le très juste qualificatif de Jean-Pierre Rousseau). J’aurais, pour ma part préféré une marche funèbre un peu plus lente (on doit tout de même pouvoir la marcher lentement) et un côté un peu plus viennois dans le final. Outre ces minimes remarques, l’interprétation de Christian Arming se tenait remarquablement et, dans sa perspective totale, générait ce sentiment prométhéen si typique de l’œuvre qui fit basculer la musique du classicisme au romantisme. Un superbe concert… !


    Christian Arming
     

    Et pour finir, puisque c’est aujourd’hui la fête des mères en Belgique, je souhaite de tout cœur à toutes les mamans (celle de ma fille qui est aussi mon épouse et la mienne en premier lieu) mes meilleurs vœux de bonheur…Bonne fête les mamans !

     
     Bouquet de roses
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